Editorial

S. Jean-Baptiste : une figure de feu

Nous fêtons aujourd’hui la Nativité de S. Jean-Baptiste, le Précurseur par excellence du Christ, le plus grand des enfants des hommes, le nouvel Elie qui se situe à la charnière des deux Testaments, le défenseur par excellence de la sainteté du mariage, en ce jour qui est pour moi le 29e anniversaire de mon sacerdoce.

Si Jean a accompli sa mission, et surabondamment puisqu’il l’a, lui aussi, scellée de son sang en se faisant le champion de l’indissolubilité de l’alliance de l’homme et de la femme, reflet de celle du Christ et de l’Église, et donc de celle de Dieu et de l’homme, il peut continuer d’inspirer notre attitude, et peut-être plus que jamais alors que la pression du « monde », par la voix des médias, s’accentue sur la liberté de parole des chrétiens, confrontés à toutes sortes de défis anthropologiques : sur la famille, la sainteté de la vie, de son commencement à sa fin naturelle.

Comme l’a magistralement représenté Matthias Grünwald sur son retable d’Issenheim, Jean est un index tendu vers le Christ. Il est tout décentrement de soi. Il faut qu’il croisse et que moi, je diminue (Jn 3, 30) explique-t-il à ses propres disciples. Et en désignant l’Agneau de Dieu, lui que l’on prend pour le Messie, il s’efface au profit de cet inconnu sur qui est venu descendre l’Esprit. Jean nous apprend la pauvreté spirituelle. A l’image de Jésus qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté (2 Cor 8, 9). De même que Jean s’efface pour nous faire connaître Jésus, Jésus s’efface pour nous faire connaître le Père. En se décentrant ainsi de soi, Jean nous enseigne ce qu’est l’amour, il nous invite à imiter Jésus dans son attitude de Fils.

Jean est aussi un champion de la vérité. Non, je ne suis pas le Messie, ou encore : Il ne t’est pas permis de prendre la femme de ton frère. Il est même capable de violence devant l’injustice et l’hypocrisie : Engeance de vipères, qui vous a inspiré de fuir la colère qui vient ? Jean nous apprend à risquer quelque chose de notre vie, sinon notre vie elle-même, pour la justice et la vérité. Il est droit comme un i. Il rappelle celui dont le Siracide disait : alors le prophète Elie se leva et sa parole brûlait comme une torche (Sir 48, 1). La parole de Jean annonce celle de Jésus. Son oui est oui, son non est non.

Que dire de plus de Jean sinon qu’il était aussi l’ami de l’Epoux (Jn 3, 29) ?

Abbé Eric Iborra
Dimanche 24 juin 2018

Foule des fidèles, succès et grâce

En méditant ce dimanche, il semble que le Seigneur Jésus veuille nous consoler en nous annonçant les succès de son peuple parole à travers les siècles : cèdre magnifique, pêche miraculeuse. Lorsque les apôtres, les missionnaires, les hommes et les femmes ont parcouru le monde pour proclamer la Bonne Nouvelle de l’Incarnation du Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, crucifié et ressuscité pour notre salut, nous avons entendu parler de leur succès. Nous nous réjouissons de lire que des foules entières ont été touchées par la grâce en Arménie, en Grèce, en Europe, en Inde, en Europe saxonne et slave, en Asie, en Afrique…

Nous sommes sensibles au succès, à la majorité, à l’unanimité. Nous voulons aussi constater la puissance de Dieu dans le nombre de convertis et de baptisés. Les miracles ont accompagné ces succès.

Or, en 2018, malgré l’espérance d’un relèvement futur, nous sommes gênés par la crise de la foi, par la diminution du nombre de baptisés spécialement en Occident. Nous sommes inquiets de savoir s’il y a du monde à l’église, s’il y a des vocations nombreuses. Les chrétiens, comme tout groupe humain, ne veulent pas être trop seuls ou isolés. De plus, Dieu est Dieu et la grâce de Dieu est la même depuis toujours. Alors que se passe-t-il ? Doit-on suivre le monde et admettre les arrangements depuis la conception jusqu’à la mort naturelle pour être mieux intégrés au sein de la pensée ambiante ? Tous d’abord Jésus lui-même ne fit pas beaucoup de miracles dans le village de Nazareth où on l’avait vu grandir. De même, nos pays chrétiens sont trop habitués au message évangélique bien connu : Dieu est amour, aimez-vous les uns les autres. Nous ne réagissons même plus au miracle historique de la Vierge qui enfante, ou du Corps crucifié qui reprend vie. Nous ne voyons pas les miracles contemporains, le saint Curé d’Ars, le saint Padre Pio, la vénérable Marthe Robin, le Saint Suaire…

Mais suivre le monde, ce serait vivre uniquement pour la parfaite santé, le loisir et le plaisir sans gêne : surtout éliminer les enfants malades ou trop nombreux en Irlande ou en Argentine, ou dans les pays où ils seraient trop nombreux. Thomas Malthus estimait en effet que Dieu ne voulait pas trop de familles ni trop d’enfants et que cela épuiserait les ressources terrestres. Ce manque de foi en la providence divine a créé la société pseudo-religieuse moderne jusqu’à lui faire perdre la foi. Il faudrait alors vivre sans défi, sans effort, sans mérite, sans difficulté, sans croix. Ce serait nier la présence de Dieu à toute vie. Ce serait nier le prix du péché, les conséquences de mort du péché et la lutte dans l’espérance de la récompense de la charité. Le bonheur, c’est la vraie bonne conscience sur terre en union avec Notre Père, son Fils et l’Esprit Saint. C’est le bonheur éternel après la vie terrestre. Mais s’il faut des succès pour authentifier la vraie religion, demandons au Sacré Cœur de les renouveler, réclamons l’intervention du Cœur immaculé de Marie, mobilisons les saints anges gardiens. En un mot, prions.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 17 juin 2018

« Je te signe du signe de la croix
et je te confirme du chrisme du salut »

Une quarantaine de jeunes et d’adultes reçoivent aujourd’hui le sacrement de la confirmation des mains de Mgr de Germiny, évêque émérite de Blois, déjà familier de cette célébration annuelle à S. Eugène.

La confirmation est un « sacrement vrai et spécifique » (concile de Trente, 1547), distinct du baptême et cependant intimement lié à lui. La pratique orientale manifeste leur liaison : il est aussitôt administré par le prêtre au néophyte ; la pratique occidentale manifeste le lien de la confirmation à l’évêque : elle est ordinairement conférée par celui qui signifie l’unité de l’Église, l’évêque. Il faut tenir les deux vérités à la fois, en évitant aussi bien la séparation que la confusion des sacrements.

En 1204 Innocent III déclarait : « Par la confirmation le Saint Esprit est donné pour la croissance et pour la force ». Pour S. Thomas d’Aquin, la confirmation est le sacrement du combat parce qu’elle est celui de l’âge adulte dans la vie spirituelle. La confirmation est au baptême ce que la croissance est à la naissance : développement et maturation, tant au plan spirituel que moral.

Le concile de Florence (1439) affirme que « le confirmand reçoit une onction sur le front, où la honte se manifeste, pour ne pas rougir de confirmer le nom du Christ et surtout sa croix. C’est pourquoi on le marque aussi du signe de la croix ». S. Charles Borromée, dans le Catéchisme Romain (1566), écrit : « La confirmation a d’abord ceci de particulier qu’elle perfectionne la grâce du baptême. Ceux qui sont devenus chrétiens par le baptême demeurent encore faibles et sans énergie, comme des enfants nouvellement nés, mais ensuite le sacrement du saint chrême les rend forts pour résister aux attaques de la chair, du monde et du démon ; il fortifie la foi dans leurs cœurs pour qu’ils puissent confesser et glorifier le Nom de notre Seigneur Jésus Christ ».

A cela s’ajoute la doctrine des sept dons du Saint Esprit : la confirmation perfectionne les vertus infusées par le baptême (les trois théologales) et les vertus surnaturalisées par lui (les quatre cardinales). Les dons du Saint Esprit sont ainsi des « dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre les impulsions du Saint Esprit » (CEC 1830). Ils permettent de percevoir d’instinct ce que Dieu veut et d’accomplir sa volonté avec aisance.

Confions donc nos confirmands d’aujourd’hui à la maternelle intercession de la Vierge Marie que couvrit l’ombre de l’Esprit aussi bien à Nazareth au moment de l’Annonciation qu’au Cénacle à Jérusalem au moment de la Pentecôte…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 10 juin 2018

Présence réelle de Jésus-Christ Sauveur

 La Fête du Corps et du Sang de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, est appelée la Fête-Dieu car depuis Noël et l’Incarnation du Verbe de Dieu du sein de la Vierge Marie, il a habité parmi nous. Et il a voulu resté auprès de nous dans l’union de sa divinité et de sa nature humaine. Pour cela, Jésus-Christ a institué le sacrement de la sainte Eucharistie  le Jeudi Saint, la première Messe, sacrifice non sanglant la veille de sa mort sur la Croix. Ainsi, quand le prêtre redit les paroles de la consécration sur le pain et le vin, Jésus vient sur l’autel pour perpétuer son sacrifice consommé le Vendredi Saint.

Chaque messe rend présent ce sacrifice de son Corps et de son Sang. Et, après la Résurrection et l’Ascension, Jésus a ainsi voulu resté en tout tabernacle où il attend spécialement notre adoration et notre amour.

Ainsi, durant la Semaine Sainte, l’Église adore Jésus Hostie, autant que les circonstances peuvent le lui permettre mais elle est alors principalement occupée  de la Passion du Sauveur, l’Agneau pascal. Elle a ainsi transféré la fête de l’institution du Saint Sacrement, afin qu’elle fût célébrée avec toute la joie et l’éclat qui lui conviennent. 

La solennité a été préparée par le réveil de la dévotion eucharistique survenu après les hérésies qui niait la présence réelle du Christ dans l’Hostie consacrée. Ce réveil s’accompagnait d’un désir de pouvoir la contempler pendant la messe : C’est à Paris, en 1200, que l’existence de ce rite de “l’élévation”, au moment de la consécration, est attestée.

La Fête-Dieu a été célébrée d’abord à Liège en 1246 en considération d’une révélation privée du Christ à sainte Julienne transmise à son évêque qui deviendra le pape Urbain IV qui l’ordonnera pour tout l’Occident  en 1264 avant Jean XXII en 1318.

C’est la coutume de l’Eglise de défendre la foi par la prière liturgique, par des fêtes, des usages, des processions. C’est aussi  pour réparer les offenses que Jésus-Christ reçoit dans le Sacrement de son amour. C’est pour sanctifier nos places publiques, nos rues et nos maisons par la présence divine  de Jésus-Christ.

En ce mois de juin consacré au Sacré Coeur de Jésus, que nous puissions adorer avec l’ange du Portugal, l’ange de la paix selon la prière qu’il a enseignée aux saints enfants de Fatima en 1916  : 

“Très Sainte TrinitéPèreFils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquelles il est Lui-même offensé. Par les mérites infinis de son Cœur Sacré et du Cœur immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs”

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 3 juin 2018

La Trinité de Dieu,
condition de la primauté ici-bas de la charité

Le temps de Pâques se prolonge par un chapelet de fêtes lumineuses qui s’achèveront avec la célébration le 29 juin du martyre des apôtres Pierre et Paul, les « deux colonnes de l’Église ». Dimanche dernier nous avons vécu une Pentecôte exceptionnelle, avec d’un côté le pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté, par un temps magnifique, rehaussé lundi à Chartres par les paroles fortes du cardinal Sarah, et de l’autre la venue de la relique du cœur de S. Padre Pio, qui a attiré des centaines d’autres pèlerins dans notre église.

Aujourd’hui, voici la fête de la Sainte Trinité. La Trinité : une notion bien abstraite semble-t-il, après la ferveur populaire qui a entouré la vénération de la relique. Ce genre de dogmes dont certains disent « qu’ils ne nous rejoignent pas dans notre vie ». Quelle erreur ! L’affirmation de la tri-unité de Dieu est la lumière la plus vive qui puisse être jetée pour éclairer le mystère de la nature humaine.

Dieu est une communion de Personnes à ce point unies dans l’amour qu’elles ne font qu’un. C’est parce qu’il est communion d’amour que Dieu veut entrer en relation avec les hommes : pour établir avec eux ce qui existe déjà en lui. Et c’est bien ce qu’enseigne S. Paul : l’Esprit Saint nous est donné pour nous intégrer à l’une de ces Personnes, celle du Fils. Pour que justement nous puissions appeler Dieu notre Père. Ainsi, sans cesser d’être le Dieu saint, transcendant, absolu, Dieu devient pour nous un proche, notre Père. Et cela par Celui qui s’est rapproché de nous au point de revêtir notre nature : le Fils qui s’est fait homme et qui nous incorpore à lui par le baptême. Nous sommes donc inclus dans l’être même de Dieu. Telle est la magnifique destinée qui s’offre à nous par la révélation du mystère de la Trinité : parce que Dieu est Trinité, chacun de nous est appelé à entrer dans cette communion d’amour et à y occuper la place du Fils pour vivre du Père par l’action de l’Esprit Saint.

La tri-unité de Dieu nous concerne donc au premier chef. Et elle nous explique le pourquoi de notre existence : si Dieu n’était qu’un monolithe – ce qu’enseigne le monothéisme des juifs ou des musulmans –, il n’y aurait aucune raison pour qu’il crée quelque chose hors de lui. Car la perfection résiderait dans l’Un qu’il est. Mais si la perfection réside dans l’Unité de plusieurs, alors il y a place pour autre chose que Dieu, pour une Création librement voulue par Lui. En somme, nous existons comme êtres uniques, substantiels, différenciés, comme véritables vis-à-vis de Dieu, et en même temps comme êtres sociaux, désireux de communion, appelés à l’unité, parce que Dieu intègre en lui l’altérité et qu’il la ressaisit dans l’unité de sa nature. C’est parce que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de la Trinité que l’amour est au cœur de notre vocation humaine, que la charité, selon les dires de S. Paul, est la voie la plus haute, celle qui ne passera pas.

Une occasion magnifique de manifester notre fierté d’être chrétiens et notre unité autour de l’Eucharistie nous est offerte par la procession du Saint-Sacrement qui aura lieu dimanche prochain en lien avec la paroisse S. Elisabeth de Hongrie. Venons-y nombreux, dans un esprit de prière pour ce monde qui se fait tant de mal en ne voulant pas reconnaître son origine en Dieu, en ce Dieu qui s’est fait si proche de nous dans l’eucharistie.

Abbé Eric Iborra
Dimanche 27 mai 2018

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