Editorial

Neuvaine de la Vierge Marie et des Apôtres

L’origine même d’une intention de prière renouvelée durant neuf jours de suite se trouve dans ces neuf jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte. La Vierge Marie, des saintes femmes et les apôtres ont prié en attendant la venue particulière de l’Esprit Saint qui devait intensifier son œuvre de sanctification. Certes, la Sainte Trinité, Dieu Père, Fils et Saint Esprit, vient habiter dans l’âme lorsque les mérites de la mort et de la Résurrection du Christ sont appliqués au baptême. Cependant le sacrement de confirmation enracine et intensifie les dons de l’Esprit du Père et du Fils. L’invocation de l’Esprit Saint est liée à l’état de grâce, l’inhabitation de Dieu, de la Sainte Trinité qui habite et demeure en nous par un amour authentique et constant.

La grâce des grâces est bien l’état habituel de la présence divine dans l’âme qui aime son Dieu et son prochain. Faire une neuvaine pour être éclairé sur une décision à prendre, réussir un examen, obtenir une guérison, un emploi, un logement, cela est important pour la confiance dans la Providence divine qui ne méprise pas nos besoins. Demandez et vous recevrez… frappez et l’on vous ouvrira… Et pourtant combien de fois nous avons manqué de foi pour prier neuf jours de suite et insister pour obtenir une grâce.

Il est vrai que le fait de ne pas être exaucé nous décourage. L’explication des prêtres qu’une autre grâce, qu’un don meilleur a été accordé ne nous console pas toujours. Et pourtant cela est bien vrai. Dieu préfère souvent nous donner un progrès dans la bonté paisible et la bienveillance pour nous élever sur le chemin du salut. Ainsi, Notre-Dame demande surtout la conversion, le changement de vie, du temps consacré au moins au chapelet. Même si le Carême est maintenant lointain, que la neuvaine à l’Esprit Saint nous donne sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, et crainte d’offenser un Dieu si bon. Qu’elle soit la Neuvaine de la Vierge Marie et des Apôtres pour l’Eglise, les pays, la France, les familles, les amis et les ennemis afin que nous nous convertissions en vérité.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 28 mai 2017

« Aujourd’hui, notre Seigneur Jésus-Christ monte au ciel ; que notre coeur y monte avec lui » (Saint Augustin)

Pendant quarante jours, le Seigneur ressuscité s’est montré vivant à ses disciples pour enraciner en eux la foi et planter son Église sur la terre. Au jour de l’Ascension, il quitte les siens sous sa forme corporelle, il reste avec eux sous sa forme sacramentelle et donc ecclésiale. Le cierge pascal est désormais éteint : le Seigneur disparu dans les nuées n’est plus à rechercher jusqu’à la consommation des siècles ailleurs que dans son Église. Composée au 10e siècle, l’hymne Optatus votis omnium chante ainsi le mystère de l’Ascension (traduction de l’hymnaire de Solesmes) :

Nous l’appelions de tous nos vœux , ce jour rayonnant de lumière, où le Christ, espoir du monde, s’élève jusqu’au sommet des cieux.

Comme trophée du grand combat où il terrassa le prince de ce monde, il présente aux regards du Père la gloire de son corps victorieux.

Porté par la nuée lumineuse il devient l’espoir des croyants ; il ouvre enfin le paradis fermé par nos premiers parents.

Quelle immense joie pour tous : le Fils que la Vierge enfanta , après les crachats, les fouets, la croix, monte s’asseoir auprès du Père.

Louange donc et gratitude au vainqueur qui nous sauve tous ; notre corps fut porté bien haut jusqu’au palais du roi du ciel.

Avec les habitants des cieux, exultons d’une même joie : il va se montrer à eux, il ne s’éloigne pourtant pas de nous.

Maintenant, Christ, en montant au ciel, élève jusqu’à toi notre cœur, et envoie-nous d’en-haut l’Esprit qui précède du Père et de toi. Amen.

Cet Esprit, les confirmés de dimanche dernier en connaissent une actuation nouvelle : puissent-ils rester toute leur vie fidèles à la mission que le Seigneur leur confie aujourd’hui dans la ligne de leur baptême.

  • pour prendre sa part à la mission de l’Église : répandre la foi. Tâche offensive, pourrait-on dire : réveiller la foi des catholiques et attirer à l’Église ceux qui ne le sont pas.

  • Pour répondre de l’espérance qui a été mise en nous (1 P 3, 15) : défendre la foi. Tâche défensive qui suppose que l’on soit toujours prêt.

  • par la parole : il faut former son intelligence pour avoir un discours juste et cohérent sur la foi. C’est la dimension intellectuelle.

  • par l’action : il faut mettre en œuvre sa volonté pour agir conformément à la loi évangélique. C’est la dimension morale.

Cette action offensive et défensive, qui implique tant la tête que le cœur, doit être exercée en vrais témoins du Christ, c’est-à-dire à la manière dont le Christ s’y est pris… et qui passe par la croix. Témoin vient en effet d’un mot grec qui a aussi donné martyr…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 21 mai 2017

Enfants de Dieu

Lorsque nous entendons le Seigneur Jésus nous dire : « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des cieux », il nous arrive de nous décourager ou d’admirer de loin la candeur des âmes simples et pures. Nous sommes devenus des adultes, nous avons grandi. Il nous semble que la complexité des choix entre le vrai et le faux, le bien et le mal, le beau et le laid, entre Dieu et le monde, donne à la vie terrestre un poids particulier que les enfants ne portent pas encore.

Et pourtant, en 1916, à Fatima, l’Ange du Portugal va apparaître à trois enfants, Lucie Dos Santos, 9 ans, Francisco Marto, 8 ans, et sa petite sœur Jacinta Marto, 6 ans, pour leur apprendre des prières d’adultes… : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne Vous aiment pas.

Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, Je Vous adore profondément et je Vous offre les Très Précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ présent dans tous les tabernacles de la terre en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels Il est Lui-même offensé. Par les mérites infinis de Son Très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je Vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »

De plus, l’ange leur donne la première communion. Cela est bien fort pour des enfants. Enfin, du 13 mai au 13 octobre 1917, voir la Vierge Marie et recevoir la responsabilité d’arrêter une guerre d’adultes par le chapelet, voir l’Enfer et appeler à empêcher les âmes d’y aller par un esprit de prière et de sacrifice, demander la consécration de la Russie au Cœur Immaculé, cela est bien sérieux pour des enfants. Pourtant, cela est vrai. Le Pape a canonisé Francisco et Jacinta hier, enfants emmenés au Ciel par Marie en avril 1919 et février 1920, à 10 ans et 9 ans. Comme saint Michel avait préparé le cœur de sainte Jeanne d’Arc pour la mission de sauver la France en s’offrant à 19 ans, Dieu a envoyé des enfants confirmer des adultes dans la force de la grâce du Saint Esprit. Que nous puissions ouvrir nos intelligences et nos cœurs d’adultes à ces messages.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 14 mai 2017

Un enjeu de civilisation

Le 25 mars dernier, le card. Sarah, dans une conférence à la mémoire du Pr. Lejeune, prononçait ces paroles particulièrement prophétiques parce qu’allant à la racine même du mal :

« Face à l’arrogance des puissances financières et médiatiques (Goliath), lourdement armées et protégées par la cuirasse de leurs fausses certitudes et par les nouvelles lois contre la vie, l’Église catholique du 21e siècle, au moins en Occident, ressemble au petit reste dont parlent les Saintes Écritures. En effet, l’Église catholique, tel David, dispose seulement du petit caillou de l’Évangile de la Vie et de la Vérité, et pourtant elle va frapper le géant, Goliath en pleine tête et l’abattre. En effet, nous le savons bien, il s’agit d’une bataille, à la fois très âpre et décisive, qui sera longue et s’apparente à celle des fins dernières décrites dans le dernier livre de la Bible. Ainsi, il en va de la survie de l’humanité elle-même. Le « dragon infernal rouge-feu à sept têtes », prototype de cette culture de mort dénoncée par S. Jean Paul II dans son enseignement, se tient devant la femme enceinte, prêt à dévorer l’enfant à sa naissance, et à « nous » dévorer également (Ap 12, 4).

Soyons conscients que, une nouvelle fois, et c’est arrivé bien souvent dans sa longue histoire bimillénaire, l’Église constitue le dernier rempart contre la barbarie : il ne s’agit plus d’Attila et de ses Huns, que S. Geneviève arrêta devant Paris en 451, ni du combat des papes du 20e siècle — de Pie XI à Jean Paul II — contre les divers totalitarismes qui ont ensanglanté l’Europe et le reste du monde, il s’agit d’une barbarie aseptisée en laboratoire, terriblement efficace, que l’opinion publique ne perçoit pratiquement pas, puisqu’elle est anesthésiée par les Goliath des puissances financières et médiatiques. Oui, il s’agit bien d’un combat… à la vie et à la mort : si ce n’était pas le cas, les pouvoirs publics, en France, tenteraient-ils en ce moment de faire taire les sites internet dits « pro-vie », en inventant un délit d’entrave numérique à l’avortement ? Lors de la discussion de ce projet de loi aberrant au Parlement français, les défenseurs de la vie ont été verbalement lynchés pour avoir osé rappeler que l’avortement n’est pas un droit, mais un crime, et donc le plus grand drame de notre temps… »

Aujourd’hui, 7 mai, nous devons prendre conscience plus que jamais qu’une bonne politique ne peut se construire que sur des bases anthropologiques saines. Il nous faudra un long combat – comme le souligne le cardinal – pour désintoxiquer les esprits et les ramener au respect des exigences du droit naturel, expression de la loi divine, véritable « mode d’emploi » de l’être humain. Sans respect du droit naturel – et donc du droit de Dieu –, il n’y pas de justice possible, et donc pas d’ordre social légitime. Notre engagement va loin : par-delà le christianisme, il touche au bien de notre société, à la survie de notre patrie, à l’avenir de la civilisation. Le Christ nous a promis la victoire finale ; il ne nous a pas dispensés du combat de chaque jour !

Abbé Eric Iborra
Dimanche 7 mai 2017

Marie dans la lumière de la Croix glorieuse

Pour vivre pleinement l’espérance et la joie pascales, il ne faut pas oublier la Semaine sainte mais recueillir les eaux fécondes de cette source jaillissante en victoire sur le péché et la mort.

Ainsi, à l’ombre de la Croix douloureuse, la Vierge Marie est devenue la mère de tous les vivants par la volonté de son divin Fils. « Voici ta mère » dit le Christ Jésus avec l’autorité du Bon Pasteur qui établit la mission de la prière maternelle. Il confie aussi sa mère à saint Jean, l’apôtre vierge, l’image même du Christ qui continue à être présent par les prêtres qui offrent la sainte messe et célèbrent les sacrements pour illuminer et guider les brebis.

La Vierge Marie est Mère de l’Église mais aussi trésor des prêtres qui doivent la chérir comme leur mère pour transmettre cet amour filial à toutes les âmes. Notre-Dame a gardé l’espérance du vendredi au matin de Pâques. Le samedi saint lui est consacré en toute humilité.

C’est donc bien 9 vendredi de passion et de cœur ouvert, 9 premiers vendredi de 9 mois consécutifs que le Sacré Cœur a demandé en réparation des péchés commis contre sa miséricorde divine (à sainte Marguerite-Marie comme finalement à sainte Faustine), avec communion réparatrice et confession.

C’est donc bien 5 samedi de foi et d’espérance, 5 premiers samedi de 5 mois consécutifs que Notre-Dame de Fatima a demandé en réparation des péchés commis contre son Cœur Immaculé (aux bienheureux François et Jacinthe, et à la servante de Dieu Lucie, en attendant la canonisation du 13 mai 2017 pour les deux petits enfants de Dieu), avec communion réparatrice, confession, chapelet et 15 minutes de silence, méditation des mystères du Rosaire.

Prions donc le Roi des Rois et Marie Reine pour que spécialement les habitants de la France puissent connaître l’Incarnation, l’Amour du Père, l’œuvre de l’Esprit Saint, notre filiation divine. Qu’ils vivent en paix non seulement matériellement avec un toit, de la nourriture et un travail comme saint Joseph, mais surtout qu’ils se tournent vers leur Créateur et Père. Que chaque personne vivant en France puisse vivre selon les 10 commandements qui prennent vie par le Sacrifice de l’Agneau de Dieu et sa Résurrection. Que le mois de Marie soit le plus beau, que le soleil de Fatima brille en nos âmes.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 30 avril 2017

Petit rappel sur la patrie et la nation

En ce dimanche in albis qui clôt l’octave de Pâques – la victoire définitive de la Vérité et du Bien, bref de la Vie, véritable et bonne, sur la mort et sa cause, le péché – nous célébrons aussi, depuis S. Jean-Paul II, la fête de la miséricorde divine. C’est justement au dernier livre du pape polonais, Mémoire et identité (2005), que j’emprunte ces réflexions qui peuvent être éclairantes en un jour d’élection.

Après avoir relevé que nous sommes débiteurs de nos parents, Jean-Paul II souligne que « la patrie est pour chacun, d’une manière particulièrement vraie, une mère. Le patrimoine spirituel qui nous est transmis par notre patrie nous parvient par notre père et notre mère, et il fonde en nous le devoir correspondant de la pietas. Patriotisme signifie amour pour tout ce qui fait partie de la patrie : son histoire, ses traditions, sa langue, sa conformation naturelle elle-même ; c’est un amour qui s’étend aux actions des citoyens et aux fruits de leur génie. Tout danger qui menace le grand bien de la patrie devient une occasion pour vérifier cet amour. […] La patrie est le bien commun de tous les citoyens et, comme telle, elle est aussi un grand devoir. […] On peut dire qu’elle est la réalité au service de laquelle se sont développées et se développent au long du temps les structures sociales, en commençant par les premières traditions tribales.

On peut cependant se demander si ce développement de la vie sociale de l’humanité a atteint son objectif définitif. Le 20e siècle ne témoigne-t-il pas d’une incitation diffuse à avancer dans la direction de structures supranationales, ou même du cosmopolitisme ? Et cette incitation n’est-elle pas aussi la preuve que, pour survivre, les petites nations doivent se laisser absorber par des structures politiques plus grandes ? Ce sont des interrogations légitimes. Il semble toutefois que, comme la famille, la nation et la patrie demeurent des réalités irremplaçables. La doctrine sociale catholique parle en ce cas de sociétés « naturelles », pour indiquer le lien particulier de la famille ou de la nation avec la nature de l’homme, qui a une dimension sociale. Les voies fondamentales de la formation de toute société passent par la famille : sur ce point il ne peut y avoir aucun doute. Mais il semble qu’une observation analogue s’applique aussi à la nation. L’identité culturelle et historique des sociétés est sauvegardée et entretenue par ce qui est inclus dans le concept de nation.

Naturellement, un risque devra être absolument évité : que la fonction irremplaçable de la nation dégénère en nationalisme. A ce sujet, le 20e siècle nous a fourni des expériences extrêmement éloquentes, même à la lumière de leurs conséquences dramatiques. Comment peut-on se libérer d’un tel péril ? Je pense que la manière la plus appropriée est le patriotisme. La caractéristique du nationalisme est en effet de ne reconnaître et de ne rechercher que le bien de sa propre nation, sans tenir compte des droits des autres. A l’inverse le patriotisme, en tant qu’amour pour sa patrie, reconnaît à toutes les autres nations des droits égaux à ceux qui sont revendiqués pour sa patrie et il constitue donc la voie vers un amour social ordonné. » (pp. 83-85)

Domine, salvam fac Galliam et exaudi nos in die qua invocaverimus te !

Abbé Eric Iborra
Dimanche 23 Avril 2017

 

La victoire du Dieu fait Homme,
Vérité et Vie

Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a dit :  « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». La Résurrection est l’accomplissement de cette parole. Un Homme est ressuscité des morts, un Homme est revenu vraiment de la mort et pour vivre éternellement. Il mange devant ses apôtres pour prouver qu’il a un vrai corps constitué de chair et d’os. Il a gardé les cinq plaies, des mains et des pieds, et du coup de lance.

Ses disciples n’avaient pas cru les saintes femmes. Ils voient maintenant et vont témoigner avec 500 autres qui verront le Christ avant l’Ascension. Ces 500 témoins ont été chargés de le dire. A nous de  le croire. La grâce nous est offerte.  Ne la rejetons pas : croire au-delà d’un témoignage historique que Dieu s’est fait homme et qu’il a pris sur lui la peine du péché. Croire que la mort est entrée dans le monde par le refus d’aimer et de suivre notre Père en se détournant du chemin de la Vie. Croire en la victoire par la Croix et la Résurrection.

Après avoir parlé tant de fois, Dieu  a envoyé son Fils. Que peut faire de plus un Père ? Puisque le péché a encore tué le Fils du Roi, le maître de la vigne, seule sa résurrection pouvait briser le cercle. Un deuxième péché originel nous aurait perdu. La souffrance injuste du Fils a un mérite infini que la Sainte Trinité nous offre. Le baptême dans la Mort et la Résurrection du Christ est sacrement, signe efficace de la victoire de la puissance paternelle de Dieu.

Toute espérance, toute vie tournée vers le futur devient possible. Transformée par l’humilité de la confession, la prière donne au pécheur la grâce certaine du pardon. Il est relevé pour vivre comme son Sauveur. Et par la communion eucharistique au Christ vivant, chacun  peut devenir lui-même une source de nouvelles grâces pour ses frères et sœurs.

L’homme ne cesse d’essayer de trouver la vérité sur ses origines. L’homme invente de nombreuses petites vérités pour donner un sens à sa vie. Et pourtant seul Jésus est la réponse du Père : le Chemin, la Vérité et la Vie.

Que Notre-Dame de Fatima nous obtienne de transformer nos efforts de Carême en vie paisible pour qu’ils puissent s’épanouir dans une vie quotidienne de foi, d’espérance et de charité.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 16 avril 2017, Pâques

L’entrée triomphale à Jérusalem
et la liturgie

La liturgie, par ces raccourcis dont elle a le secret, unit en une même célébration l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem au milieu des acclamations d’une foule en liesse et sa passion sous les quolibets d’une (autre) foule dont la haine est attisée par les chefs du peuple. Les jours qui viennent nous permettront de méditer plus profondément la passion, puisque l’antique liturgie romaine en lit aussi les recensions de S. Marc et de S. Luc pendant la Semaine Sainte. Arrêtons-nous un instant à l’entrée triomphale, telle que la voit Benoît XVI, avec la perspective liturgique que nous lui connaissons, dans son livre sur Jésus.

C’est avec raison que l’Église naissante pouvait voir dans cette scène la représentation anticipée de ce qu’elle fait dans la liturgie. Dans le texte liturgique post-pascal le plus ancien que nous connaissons – la Didachè, vers l’an 100 –, avant la distribution des dons sacrés apparaît déjà l’Hosanna avec le Maranatha : « Que la grâce vienne et que ce monde passe ! Hosanna au Dieu de David ! Celui qui est saint, qu’il vienne ! Celui qui ne l’est pas, qu’il se convertisse ! Maranatha. Amen ».

Le Benedictus a aussi été très vite inséré dans la liturgie : pour l’Église naissante, le dimanche des rameaux n’était pas une chose du passé. De même que le Seigneur était alors entré dans la Ville sainte, montant l’ânon, ainsi l’Église le voyait arriver à nouveau toujours sous les humbles apparences du pain et du vin.

L’Église salue le Seigneur dans la sainte Eucharistie comme celui qui vient maintenant, qui est entré au milieu d’elle. Et, en même temps, elle le salue comme celui qui demeure toujours, celui qui vient et nous prépare à sa venue. Comme pèlerins, nous allons vers lui ; comme pèlerin, il vient à notre rencontre et il nous associe à sa montée vers la Croix et la Résurrection, vers la Jérusalem définitive qui, dans la communion à son Corps, est déjà en train de croître au milieu de ce monde.

L’entrée triomphale à Jérusalem est ainsi présente en chaque messe. Ne faisant qu’un avec le Sanctus du prophète Isaïe, elle constitue en quelque sorte le porche qui donne accès à la Passion et à la Résurrection, dans le Canon qui suit. La liturgie fait de cet événement du passé un événement du présent, dans l’humilité du sacrement, tout en contemplant sa signification future, eschatologique, lorsque le Seigneur viendra comme Roi récapituler tout l’univers, entrant dans la Jérusalem céleste pour ceindre ce diadème royal qu’il avait refusé sur la terre.

En nous rappelant aussi la versatilité des foules, nous aurons une pensée dans les jours qui viennent pour cette humble patrie terrestre qui est la nôtre, et à sa mission spirituelle, au service de la Cité céleste…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 9 avril 2017

Passion de Dieu, le pouvoir de sauver

Le temps du Carême avance et la tension se fait toujours plus forte entre le Christ et ceux qui cherchent à le faire mourir, les pécheurs hypocrites qui savent confusément qu’il est le Messie et le Sauveur. Le Seigneur Jésus accomplit toujours plus de miracles jusqu’à la résurrection publique de la jeune fille, du jeune homme et de son ami Lazare. Mais sa condition humaine, sa vie simple et pure semble en contradiction avec l’importance de son pouvoir royal et sa mission divine de Fils de Dieu venu en ce monde.

Nous-mêmes, nous avons du mal à admettre que Dieu est le Tout-Puissant alors que la vie demande des efforts, du courage pour construire et planter nos bonheurs et surmonter les épreuves. Dieu donne la vie mais alors pourquoi la reprend-il ? Il promet le bonheur mais alors pourquoi devons-nous quitter les êtres aimés ? La promesse d’une vie éternelle après la mort corporelle est difficile à admettre. Combien de fois entendons-nous : « Personne n’est revenue de la mort » ? C’est pourtant le cœur de notre foi.

En effet toutes les générations humaines ont été conscientes que la mort était liée au péché et qu’il fallait demander le pardon du Dieu Créateur pour vivre maintenant et après la vie terrestre. Les sacrifices et les offrandes sont comme des présents que nous ferions pour rendre favorable une personne puissante. Mais ce n’est pas toujours dans la crainte. Les paroles, les gestes et les cadeaux que nous offrons pour conserver ou rétablir la paix sont des preuves d’amour. Abraham a accepté de redonner son Fils Isaac dans l’espérance de la résurrection et pas seulement dans le respect de la puissance divine qui peut tout demander et tout rétablir.

Ceux qui croient en Jésus vrai Dieu et vrai Homme ont la foi d’Abraham. Il a tressailli de joie en voyant de loin ce jour de la victoire sur le péché et la mort. Jésus nous dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fut, JE SUIS. » Jésus est bien celui qui est apparu à Moïse dans le buisson ardent de la montagne du Sinaï en lui donnant pour nom « JE SUIS ». Il est l’Agneau offert et mangé pour le Passage, pour la Pâque de la mort à la vie. Alors nous pouvons continuer dans la grâce le combat spirituel, préparer une confession sincère, poursuivre nos efforts pour être bon et bienveillant, être présent pour défendre la justice et l’innocence, être des instruments de pardon et de paix dans la vérité. Que la Vierge Marie, debout pour offrir son Fils au pied de la Croix, choisie pour être notre mère, puisse nous soutenir, elle qui est la vraie Reine de France.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 2 avril 2017

La joie chrétienne :
Paul VI s’adressant aux jeunes en 1975

En ce dimanche de Laetare, à l’heure où en France le chaos intérieur et l’insignifiance politique n’ont jamais été aussi grands, il est essentiel de ne pas nous laisser voler notre joie par les soucis des temps. En 1975 Paul VI s’adressait ainsi aux jeunes :

De la rencontre entre l’être humain qui a, pour quelques années décisives, la disponibilité de la jeunesse, et l’Eglise en sa jeunesse spirituelle permanente, surgit nécessairement, de part et d’autre, une joie de haute qualité et une promesse de fécondité. L’Eglise, comme Peuple de Dieu pérégrinant vers le Royaume à venir, doit pouvoir se perpétuer, et donc se renouveler à travers les générations humaines: c’est pour elle une condition de fécondité, et même simplement de vie. Il importe donc qu’en chaque moment de son histoire, la génération qui se lève exauce, en quelque sorte, l’espérance des générations précédentes, l’espérance même de l’Eglise, qui est de transmettre sans fin le don de Dieu, Vérité et Vie. C’est pourquoi, en chaque génération, des jeunes chrétiens ont à ratifier, en pleine conscience et inconditionnellement, l’alliance contractée par eux dans le sacrement du baptême, et renforcée dans le sacrement de confirmation.

A cet égard, notre époque de profonde mutation ne va pas sans graves difficultés pour l’Eglise. Mais Nous considérons en même temps, dans la foi et dans l’espérance qui ne déçoit pas, que la grâce ne manquera pas au Peuple chrétien. Et Nous souhaitons que ce dernier ne manque pas à la grâce, et ne renie pas, comme certains sont aujourd’hui tentés de le faire, l’héritage de vérité et de sainteté parvenu jusqu’à ce moment décisif de son histoire séculaire. Il Nous semble en effet que la crise présente du monde, caractérisée par un grand désarroi de beaucoup de jeunes, dénonce, pour une part, un aspect sénile, définitivement anachronique, d’une civilisation mercantile, hédoniste, matérialiste, qui tente encore de se donner pour porteuse d’avenir. Cette génération est en attente d’autre chose. Privée soudain de traditions tutélaires, puis amèrement déçue par la vanité et le vide spirituel des fausses nouveautés, des idéologies athées, de certains mysticismes délétères, n’en viendra-t-elle pas à découvrir ou à retrouver la nouveauté sûre et inaltérable du mystère divin révélé en Jésus-Christ ? Celui-ci n’a-t-il pas, selon la belle formule de S. Irénée, (Contre les hérésies), apporté toute nouveauté en apportant sa propre personne ?

Et c’est pourquoi il Nous plaît de vous dédier plus expressément, à vous, jeunes chrétiens de ce temps, promesse de l’Eglise de demain, cette célébration de la joie spirituelle. Nous vous convions cordialement à vous rendre attentifs aux appels intérieurs qui vous visitent. Nous vous pressons de lever vos yeux, votre cœur, vos énergies neuves, vers les sommets, d’accepter l’effort des ascensions de l’âme. Et Nous voulons vous donner cette assurance : autant peut être débilitant le préjugé, aujourd’hui partout répandu, de l’impuissance où serait l’esprit humain de rencontrer la Vérité permanente et vivifiante, autant est profonde et libératrice la joie de la Vérité divine reconnue enfin dans l’Eglise : gaudium de Veritate (S. Augustin, Confessions). Cette joie-là vous est proposée. Elle se donne à qui l’aime assez pour la chercher obstinément. En vous disposant à l’accueillir et à la communiquer, vous assurerez ensemble votre propre accomplissement selon le Christ, et la prochaine étape historique de l’Eglise.

Abbé Eric Iborra : extraits de l’exh. apost. Gaudete in Domino du Bx Paul VI
Dimanche 26 mars 2017

La preuve que le Père nous aime,
c’est que le Fils s’est livré pour nous

Saint Joseph a été appelé avant que le Christ ne se révèle à son peuple Israël. Il a quitté le monde terrestre avant la révélation publique du Messie qu’il avait protégé. Les villageois le reconnaissaient comme le père de Jésus de Nazareth. Mais saint Joseph aurait-il pu supporter de voir son fils adoptif et Fils du Père éternel, être arrêté par haine et par jalousie ? Aurait-il pu suivre son fils le long du chemin de la Croix sans intervenir avec force ? Cette âme de père a été épargnée. Mais Dieu le Père ne s’est pas épargné. Il a donné son Fils, il a livré son Fils au péché de ses frères et sœurs.

Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve par Dieu lui-même, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses. Il pensait que Dieu est capable même de ressusciter les morts. Mais son fils lui fut rendu, et un bélier le remplaça : il y a là une annonce du sacrifice de l’Agneau de Dieu qui ira jusqu’au bout. Comment réparer autrement ?

Pour faire un saint Carême, il faut bien saisir que Dieu veut être aimé en esprit et en vérité pour le bien éternel de ses enfants. Il ne s’agit pas d’être descendant d’Abraham, samaritain, oriental, européen, africain, américain, asiatique ou australien. Il s’agit de reconnaître que Notre Père a tout donné pour nous racheter, sa Parole, son Fils. Prix infini pour nous sauver du pouvoir du péché et de la mort alors que Satan est homicide, meurtrier des hommes dès le commencement du monde.

La Vierge Marie et son époux saint Joseph ont été fidèles, et sont fidèles à leur mission, associés étroitement à l’œuvre du Salut, attentifs à la volonté du Père. Justice et miséricorde se sont embrassées. Participons-nous à ce salut pour nous-même et pour le plus grand nombre d’âmes possible ? Sommes-nous vraiment généreux ? Ne pouvons-nous pas faire mieux pour être des instruments solides de vérité, de patience et de paix ? La vraie paix est dans la force d’âme et le courage de canaliser notre tempérament et nos envies. Reconnaître ses qualités et ses torts par la lumière de l’Esprit Saint, c’est déjà le salut. Relevons-nous toujours sans nous lasser mais aussi pour relever nos frères et sœurs dans le partage des mérites. Marie et Joseph ne nous abandonneront jamais auprès du Christ et de son Père.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 19 mars 2017

La Transfiguration de Jésus
vue par Benoît XVI dans son livre sur Jésus de Nazareth

L’épisode de la Transfiguration, cher aux paroissiens de Saint-Eugène puisque la grande verrière qui la représente domine notre chœur, s’inscrit dans le cadre de la fête juive des Tentes. Benoît XVI en a donné une interprétation bien documentée dans le premier tome de son livre sur Jésus (pp. 333-346). En voici un extrait que nous pouvons méditer en ce début de carême qui nous achemine vers l’actualisation du geste nous faisant entrer dans les temps messianiques : Pâques.

La manifestation de la gloire de Jésus apparaît à Pierre comme le signe que les temps messianiques sont arrivés. Or l’un des caractères des temps messianiques était l’habitation des justes dans les cabanes qui figuraient les huttes de la fête des Tabernacles. L’expérience de la Transfiguration vécue par Pierre pendant le fête des Tentes lui a permis de comprendre dans son extase que les réalités préfigurées par les rites de la fête étaient accomplies. Ainsi la scène de la Transfiguration marque que les temps messianiques sont arrivés. C’est seulement en descendant de la montagne que Pierre devra s’ouvrir à une nouvelle évidence : l’époque messianique est tout d’abord l’époque de la croix, et la Transfiguration – devenir lumière en vertu du Seigneur et avec lui – implique que notre être soit transformé par la lumière de la Passion.

C’est à partir de ce contexte qu’une nouvelle signification peut être donnée à la parole fondamentale du prologue de Jean, par laquelle l’évangéliste résume le mystère de Jésus : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité (littéralement : il a campé) parmi nous » (Jn 1, 14). Oui, le Seigneur a « campé », dressé la tente de son corps parmi nous, inaugurant ainsi l’époque messianique. Dans ce sillage, S. Grégoire de Nysse a médité ensuite, dans un texte magnifique, le rapport entre la fête des Tentes et l’Incarnation. Il dit que la fête des Tentes a certes toujours été célébrée, mais qu’elle n’a pas été accomplie : « Le véritable constructeur des tabernacles n’était pas encore là. C’est pour accomplir cette fête, conformément à la parole prophétique (allusion au Ps 118, 27), que le Dieu et Seigneur de tout s’est manifesté à nous pour accomplir la reconstruction de la tente détruite de la nature humaine ».

« La tente détruite de la nature humaine ». Au cours du carême, ouvrons-nous par la prière et la pénitence, à l’action de Celui qui vient patiemment raccommoder notre nature et transfigurer notre vêtement sali par le péché en lumière de gloire pour que soit restaurées en nous l’image et la ressemblance originelles…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 12 mars 2017

La confiance et l’obéissance
d’enfant de Dieu

En ce premier dimanche de Carême, nous voyons Jésus-Christ face à Lucifer. L’ange déchu est agacé par l’Homme nouveau, le nouvel Adam, celui qui va lui écraser la tête. Qui est-il vraiment ? Homme ou Fils de Dieu, ou Dieu lui-même ? Le Diable, le diviseur, va lui proposer trois péchés.

Le premier est très humain : se tourner résolument vers les nécessités corporelles et terrestres. Ordonner que des pierres deviennent des pains, c’est exiger avec démesure la richesse et la santé comme seuls buts de la vie. C’est oublier la parole de Dieu qui nous appelle à la confiance et à l’obéissance. La bonté gratuite de l’âme, qui n’exclue pas l’espérance de la récompense céleste, soulagent et consolent des maladies et des détresses.

Le deuxième péché, se jeter du haut du Temple de Jérusalem par provocation, c’est se moquer de l’amour et de la providence de Notre Père. C’est gâcher nos forces à agir de manière capricieuse en se détournant de notre devoir de travailler à construire la vraie paix dans la vérité et la justice.

Ces deux péchés méprisent et défient Dieu en ridiculisant ses vrais bienfaits et ses grâces. Notre Père nous a créés pour être ses enfants et partager son bonheur. Son Verbe, son Fils vient porter le péché du monde. Notre Père nous a créé pour être à l’image de son Fils, pour faire de ce Fils l’aîné d’une multitude de frères [Epître aux Romains, ch. 8, v. 30], le premier né d’entre les morts [Epître aux Colossiens, ch.. 1, v. 18], la Voie, la Vérité et la Vie qui nous rachète par son innovence..

Mais le troisième péché va au-delà du mépris de Dieu. Se prosterner devant Satan, l’Adversaire, le Serpent ancien, c’est vouloir obtenir le pouvoir et participer à son gouvernement universel, c’est s’associer à la jalousie, à l’envie et à la haine. C’est vouloir éliminer Dieu de sa vie. Lucifer est le père du mensonge. Il nous avait promis d’être des dieux immortels en traitant Dieu de menteur. Désobéir et faire le mal, faire l’expérience du mal nous rendraient libres. C’était faux.

L’obéissance de Christ Jésus envoyé par le Père nous offre la grâce du salut. Que la Vierge Marie, que saint Joseph, honoré en ce mois de mars, que notre ange gardien participent à notre conversion en ce nouveau carême. Eux vivent déjà dans la vision divine. Qu’ils nous accompagnent vers le matin victorieux de Pâques. N’y faisons pas obstacle.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 5 mars 2017

Quarante

Après les quarante heures d’adoration du Saint-Sacrement vont venir les quarante jours de pénitence du carême…

On pourrait dire : 40 heures pour découvrir le sens de 40 jours ! Car ce qui nous conduit à la pénitence, c’est ce que nous aurons pu contempler dans le flamboiement des chandeliers, à la lueur tremblante des cierges : le Christ eucharistique, dont l’image irradiante dans l’ostensoir se superposera à nos yeux pour quelques heures à l’habituelle croix du ciborium. Le Christ dans l’acte sacrificiel de son offrande au Père pour notre salut. Le Christ qui n’a pas rougi de nous appeler ses frères, selon l’épître aux Hébreux, lui pourtant que personne n’a pu convaincre de péché. Le Christ dont l’évangéliste nous rapporte qu’au soir de l’institution de l’eucharistie il déclara « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). Dieu, venu se faire proche de nous, pour déclarer à ses créatures ingrates qu’il veut faire d’elles ses « amis », ceux à qui il partage tout de son mystère ! « Voici l’homme », voici aussi l’amour dont nous sommes aimés ! Pretio magno, commente S. Paul, « à grand prix »…

Dans la rédemption, Dieu fait le premier pas. Dans l’Incarnation, il enjambe l’infini pour s’enfermer dans ces limites de l’espace et du temps qui le rendent vulnérable, tangible, manipulable, mortel… Habeas corpus ! Incroyable nouvelle que tous les impies des airs, de la terre et des enfers vont mettre à profit pour piétiner Dieu dans la chair, et avec lui l’homme dont il veut restaurer la dignité. Ce Dieu descendu si bas, venu si près, pour nous arracher au pouvoir du Mauvais, le voici crucifié. Mais ce meurtre, voici qu’il en fait un sacrifice qui nous sauve. Marie, dans l’obscurité de son « pèlerinage de foi » (S. Jean-Paul II), l’avait pressenti.

La pénitence que nous avons à développer tout au long du carême ne serait-elle pas alors notre réponse à cette offre d’amitié ? Souffrir un peu avec celui qui a tant souffert pour nous, souffrir un peu pour épouser son désir de racheter le monde par la croix, souffrir un peu pour apprendre à être libre comme lui le fut face aux pièges du Tentateur ? Oui, la pénitence (jeûne, privations, mortifications) nous arrache à ce confort dont nous pensons y avoir un droit. Mais en même temps, elle nous dispose à cette pauvreté d’esprit qui seule peut induire en nous l’esprit d’enfance, la prise de conscience que le Père seul peut nous combler. Ce qui, corrélativement, nous rend libre de tout ce qui n’est pas lui, ou reçu de lui. Apprentissage de toute une vie. Et après ces 40 heures, alors que nous allons nous souvenir de tout cela pendant 40 jours, nous ne sommes pas loin de penser qu’il faudra bien 40 ans, la grâce et l’âge aidant, pour commencer à y arriver.

Par son intercession maternelle, la Vierge Marie, médiatrice des grâces, nous y aide. Nous aurons l’occasion de méditer son association au mystère de la rédemption tout au long de ce carême, en ce centenaire des apparitions si dramatiques de Fatima.

Bon et fructueux carême…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 26 février 2017

Se sauver et sauver son frère

A nouveau, après cet hiver bien froid, nous allons être invités à nous réveiller, à nous relever ou plutôt à nous laisser saisir par la main secourable du Christ. Notre Frère aîné, vrai Dieu et vrai Homme, engendré éternellement par le Père, né d’une Femme dans le temps, va nous parler, nous encourager et nous porter finalement par sa puissance, sa force, la grâce de sa Croix glorieuse. Si nous l’écoutons, si nous suivons sa parole, il n’y aura pas d’obstacle à son action. La sainteté est à portée de l’homme s’il laisse la révélation éclairer son cœur. Tel le grain de blé donné à la terre, la vérité est donnée à l’âme qui ne doit pas l’étouffer. Le Seigneur Jésus parle en parabole, en exemple, en image pour attirer notre attention capricieuse. La nature humaine a besoin d’être reconduite dans le bon usage de la puissance de son intelligence, de la maîtrise de son corps et des biens terrestres afin de revenir à son Père. Mais les sages et les moralistes ont échoué à discerner la volonté profonde de Dieu. Le bonheur est vécu comme une réussite personnelle et individuelle. Seul son Fils a révélé la richesse du sacrifice pour ses frères et sœurs. La Vérité, c’est de donner sa vie pour sauver son frère.

Le Christ est le seul homme qui ait réalisé cette volonté du Père. Aimer véritablement, être présent, donner son temps à ceux qui nous aiment, c’est la vie juste et honnête. Mais conquérir les pécheurs, les égoïstes, les paresseux qui s’ennuient en ce monde, insatisfaits et nuisibles contre eux-mêmes et leur prochain, quel sage s’est fatigué à le faire ? Nous sommes tous en danger de vivre de manière superficielle, nous risquons tous de considérer que nous n’avons pas à faire d’efforts surtout envers ceux qui font le mal. Nous devons nous défendre selon Dieu et les empêcher de nuire mais nous devons participer aux grâces qui feront cesser leur malice dès maintenant et pour l’éternité. C’est même de notre intérêt terrestre. Persécuteur converti, saint Paul n’a cessé de prier pour les pécheurs, lui-même faible sans la grâce du Christ.

Le Sauveur est venu réparer nos péchés et ceux de nos ennemis. Il s’est épuisé à marcher avec nous, il a mangé avec les justes et les pécheurs, il a pris soin de tous. Il a finalement été crucifié par haine et jalousie. Heureusement, Jésus n’est pas qu’un homme. La valeur de sa vie humaine innocente est unie à sa dignité divine. Le sacrifice de la Croix victorieuse dans la Résurrection a un mérite infini. L’Amour du Père et du Fils, l’Esprit Saint, distribue cette grâce. La Vierge Marie, pleine de grâce, a reçu ces dons dans un Cœur immaculé. Elle ne cesse d’appeler à la prière pour la conversion des pécheurs afin qu’ils évitent la haine éternelle. Puissions-nous recevoir toutes les grâces de force, de générosité et de pardon afin de nous sauver mais aussi d’obtenir la conversion et le salut de notre prochain.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 19 février 2017

Au lendemain de la Journée mondiale
de prière pour les malades

Il n’est pas trop tard pour entourer ceux que nous connaissons de notre sollicitude et de notre prière, en particulier ceux de nos familles et de notre communauté paroissiale. Voici des extraits du message adressé par le Pape le 8 décembre dernier en vue de cette Journée du 11 février.

Me plaçant dès à présent spirituellement près de la Grotte de Massabielle, devant l’effigie de la Vierge Immaculée, en qui le Tout-Puissant a fait de grandes choses pour la rédemption de l’humanité, je désire exprimer ma proximité à vous tous, frères et sœurs qui vivez l’expérience de la souffrance, et à vos familles ; comme aussi mon appréciation à tous ceux qui, dans leurs différents rôles et dans toutes les structures sanitaires répandues dans le monde, agissent avec compétence, responsabilité et dévouement pour votre soulagement, votre traitement et votre bien-être quotidien. Je désire vous encourager tous, malades, personnes qui souffrent, médecins, infirmières, proches, volontaires, à contempler en Marie, Salut des malades, la garante de la tendresse de Dieu pour chaque être humain et le modèle de l’abandon à sa volonté ; et à trouver toujours dans la foi, nourrie par la Parole et par les Sacrements, la force d’aimer Dieu et les frères aussi dans l’expérience de la maladie.

Comme sainte Bernadette, nous sommes sous le regard de Marie. L’humble jeune fille de Lourdes raconte que la Vierge, qu’elle a appelée “la Belle Dame”, la regardait comme on regarde une personne. Ces simples paroles décrivent la plénitude d’une relation. Bernadette, pauvre, analphabète et malade, se sent regardée par Marie comme une personne. La Belle Dame lui parle avec grand respect, sans prendre un air supérieur. Cela nous rappelle que chaque malade est et reste toujours un être humain, et doit être traité comme tel. Les infirmes, comme les porteurs de handicaps même très lourds, ont leur inaliénable dignité et leur mission dans la vie, et ne deviennent jamais de simples objets, même si parfois ils peuvent sembler seulement passifs, mais en réalité, ce n’est jamais ainsi.

Bernadette, après être allée à la Grotte, grâce à la prière transforme sa fragilité en soutien pour les autres, grâce à l’amour devient capable d’enrichir son prochain, et surtout, elle offre sa vie pour le salut de l’humanité. Le fait que la Belle Dame lui demande de prier pour les pécheurs nous rappelle que les infirmes, les personnes qui souffrent, ne portent pas seulement en eux le désir de guérir mais aussi celui de vivre chrétiennement leur vie, en arrivant à la donner comme d’authentiques disciples missionnaires du Christ. Marie donne à Bernadette la vocation de servir les malades et l’appelle à être Sœur de la Charité, une mission qu’elle exprime dans une mesure si haute qu’elle devient un modèle auquel chaque agent de santé peut se référer. Demandons donc à l’Immaculée Conception la grâce de savoir nous mettre toujours en relation avec le malade comme avec une personne qui, certainement, a besoin d’aide, parfois aussi pour les choses les plus élémentaires, mais qui porte en elle un don personnel à partager avec les autres.

Souvenons nous en particulier du pape Benoît XVI qui renonça à sa charge en cette journée du 11 février et qui s’achemine vers ses 90 ans…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 12 février 2017

Agir en toute conscience et en toute liberté
selon l’Evangile

Le Seigneur Dieu tout-puissant apprend à l’homme la loi de la nature humaine, résumée et rappelée dans les 10 Commandements. Créé par la volonté divine, et non par le hasard et le temps, l’être humain doit suivre cette nature. Son intelligence lui permet de comparer ses actions passées et futures avec ce qu’il sait de la vérité et du bien à accomplir. C’est sa conscience. Voici un texte assez simple qui l’explique :

« Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela ». Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain. Par fidélité à la conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. Plus la conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes s’éloignent d’une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité. Toutefois, il arrive souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité. Ce que l’on ne peut dire lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l’habitude du péché rend peu à peu sa conscience presque aveugle.

Mais c’est toujours librement que l’homme se tourne vers le bien. Cette liberté, nos contemporains l’estiment grandement et ils la poursuivent avec ardeur. Et ils ont raison. Souvent cependant ils la chérissent d’une manière qui n’est pas droite, comme la licence de faire n’importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal. Mais la vraie liberté est en l’homme un signe privilégié de l’image divine. Car Dieu a voulu le laisser à son propre conseil pour qu’il puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à lui, s’achever ainsi dans une bienheureuse plénitude. La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son ingéniosité.

Ce n’est toutefois que par le secours de la grâce divine que la liberté humaine, blessée par le péché, peut s’ordonner à Dieu d’une manière effective et intégrale. Et chacun devra rendre compte de sa propre vie devant le tribunal de Dieu, selon le bien ou le mal accomplis. » (nom de l’auteur à demander à la sortie de la messe…)

Le salut par le Sacrifice de la Croix et la Résurrection ne nous dispense pas de la loi, connaître et aimer Dieu, aimer son prochain. Le salut vient de l’aide divine, de la grâce qui jaillit du Cœur du Christ. Le Cœur Immaculé de Marie est plein de grâces car elle n’a jamais fait obstacle à la volonté divine. Mais si, contrairement à elle, nous sommes tombés dans le péché, que notre conscience et notre liberté ne fassent pas obstacle à la grâce du Christ Jésus, Notre-Seigneur.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 5 février 2017

La chandeleur

Des mystères de la fête de la Chandeleur, jeudi prochain, je dirai deux choses : ils sont une épiphanie en même temps qu’une prophétie.

Une épiphanie, parce qu’ils manifestent le mystère de Jésus. « Trois événements sont liés au 40e jour, rappelle Benoît XVI : la purification de Marie, le rachat du fils premier-né par un sacrifice prescrit par la loi et la présentation de Jésus au Temple ».

Le sacrifice qui est offert est celui de la réintégration de Marie dans la communauté liturgique d’Israël, celui de la purification, et c’est le sacrifice des pauvres qui est décrit : en acceptant de se soumettre à la loi, alors qu’en tant qu’Immaculée elle n’en a pas besoin, Marie nous donne le signe de la plus grande pauvreté, celle de l’obéissance, obéissance qui caractérisera toute la vie de son Fils, en tout soumis au Père.

Curieusement, si S. Luc parle du rachat de l’enfant, il ne mentionne pas le sacrifice qui l’accompagne : à l’évidence, il veut dire que l’enfant n’est pas soustrait à Dieu, racheté, mais tout au contraire laissé et même offert à son service. Service sacerdotal, puisque la scène a lieu au Temple, comme jadis Samuel ; offrande sacrificielle, car le terme employé, présenter, se disait des offrandes déposées pour y être offertes en sacrifice.

Jésus nous est donc révélé : comme nouvel Adam, répondant à la désobéissance du premier par son obéissance filiale ; comme prêtre n’ayant d’autre victime à offrir que sa propre humanité, « son corps », dira l’épître aux Hébreux.

C’est alors que l’épiphanie tourne à la prophétie : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre ». La prophétie est accompagnée d’un signe : « Toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ».

Si Jésus est manifesté, c’est parce qu’il a une mission à accomplir. Une mission à l’allure, elle aussi, paradoxale. Syméon attendait la « Consolation d’Israël » et voici qu’il la reconnaît sous les traits d’un enfant qui deviendra bientôt « signe de division » pour son peuple. « Consolation » et « division » : deux termes plutôt antinomiques !

La mission que vient accomplir Jésus inaugure en effet une « crise », c’est-à-dire, étymologiquement, un jugement. Il faudra prendre parti, se déterminer, choisir, engager sa vie. La mission de Jésus se situe bien dans la ligne de ce qu’annonçait Malachie : « Il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs ». D’une certaine manière, il est implacable, Celui qui porte la miséricorde du Père aux hommes, eux « dont il ne rougit pas de les appeler ses frères », comme le dit encore l’épître aux Hébreux…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 29 janvier 2017

La Paix des consciences éclairées par le Christ

Depuis Noël et l’Épiphanie, le temps est passé très vite. L’Enfant-Jésus est déjà le Fils de l’Homme, le Messie qui appelle les Apôtres et les peuples de l’Orient et de l’Occident. Mais comment unir vraiment l’humanité ? L’unité du genre humain ne peut se faire que dans la Vérité.

Or Jésus est la Voie, la Vérité et la Vie. Jusqu’au 2 février et la fête de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple de Jérusalem, nous garderons la crèche pour contempler la venue terrestre du Roi des Juifs, le Sauveur du monde, vrai Dieu et vrai Homme. Il sera la gloire d’Israël, la lumière des Nations. Le vieillard Siméon annoncera à la Vierge Marie que son Cœur Immaculé sera transpercé par une épée de douleur. C’est la lumière de la Résurrection qui rendra la Croix victorieuse et glorieuse et consolera celle qui est devenue notre Mère au pied de cette Croix.

Abordons donc franchement la manière dont le don de Dieu illumine les âmes. La lumière de la Vérité du Dieu fait homme, source de Bonté et de Salut, éclaire le jugement intérieur, la conscience de chaque être qui n’y fait pas obstacle. Les mérites de la mort et de la résurrection du Christ, la grâce du baptême illumine et marque l’âme de ceux qui ne peuvent pleinement choisir en conscience, petits enfants et personnes dont un handicape ne permet pas une pleine connaissance et restent indécis dans leur volonté. Parmi eux, ceux qui meurent sans baptême sont recommandés à la miséricorde de Dieu car nul ne sait par quelle aide divine ils ont pu choisir la Bonté. Mystère qui montre l’importance de la grâce.

Pour tout personne consciente, enfants, préadolescents, adultes, la grâce est donnée de recevoir ou de rejeter la lumière divine, baptisés ou non. L’Esprit Saint inspire à tout être d’attendre de Dieu l’aide pour aimer et faire le bien, reconnaître ses torts, pardonner et être pardonné pour recevoir le bonheur éternel. En 2017, la révélation chrétienne a été diffusée dans le monde entier. L’unité des chrétiens devrait être un signe de la Vérité qui apporte la sainteté de vie et la paix. Même si des personnes ne connaissent qu’une religion inventée par les hommes et n’ont pas été évangélisés, ou ont été scandalisés par de mauvais chrétiens, ils sont toujours appelés à suivre leur conscience éclairée par le vrai Dieu. A leur mort, c’est Jésus qu’ils verront tous et qui les jugera. Ceux qui auront attendu en vérité le salut et le pardon de leurs fautes reconnaîtront ce moyen merveilleux de l’Incarnation. Que la Sainte Église catholique, Épouse du Christ, illumine les consciences par la Vérité du Christ, du premier instant de la conception à la mort naturelle, appel pour l’éternité.

Chanoine Marc Guelfucci, curé

L’urgence de l’unité des chrétiens

Dans quelques jours commence la « semaine de prière pour l’unité des chrétiens ». Son thème en est : « Nous réconcilier. L’amour du Christ nous y presse (cf. 2 Cor 5, 14-20) ». Les circonstances aussi, peut-être… Le « choc des civilisations » auquel nous assistons n’épargne pas les chrétiens que ce soit en Afrique, en Asie et maintenant même en Europe. D’un bout à l’autre de notre continent anglicans, catholiques, protestants et orthodoxes se trouvent confrontés au double défi islamique et libertaire. L’heure est certainement à l’unité. Au début du millénaire, jetant un regard rétrospectif sur le 20e siècle, S. Jean-Paul II constatait un « œcuménisme du martyre » : les chrétiens de toutes dénominations avaient mêlé leur sang sous les coups des totalitarismes païens, surtout marxistes. S’y ajoute aujourd’hui l’idéologie islamiste.

Cette urgence rencontre celle qui s’était fait jour à la fin du 19e siècle sur la nécessité de tendre vers l’unité. En 1894 le pape Léon XIII avait encouragé la pratique de l’octave de prière pour l’unité, alors parallèle à celle de la Pentecôte. En 1908, au moment de se convertir au catholicisme, le P. Wattson, propose de situer cette octave à la date que nous lui connaissons aujourd’hui : de la fête de la Chaire de S. Pierre à Rome (18 janvier) à la celle de la Conversion de S. Paul (25 janvier). Pierre et Paul, les « deux colonnes de l’Église », mais aussi – souvenons-nous en – ceux qui se sont affrontés notamment à l’occasion des observances à imposer aux convertis du paganisme (Ac 15) et qui ont su surmonter leur différend pour le bien de tous, dans la charité.

Une unité à rechercher non pas de manière volontariste, à la manière des institutions internationales qui visent avant tout le consensus par le biais du compromis, mais, selon l’abbé Couturier (1935), « l’unité que Dieu voudra, par les moyens qu’il voudra, quand il voudra », une unité donc fondée sur la Vérité révélée. L’unité est un don de Dieu et non une conquête de l’homme, même de bonne volonté. Et c’est probablement un don eschatologique comme l’avait entrevu, au début du 20e siècle, Mgr Benson, converti lui aussi, dans son magistral « Maître de la Terre », apprécié par le pape actuel, où la chrétienté est confrontée à l’Antéchrist.

Les temps sont-ils mûrs pour cette unité ? Bien malin qui pourrait le dire. En cette année du centenaire des apparitions de Fatima, notre regard se tourne peut-être vers la Russie et son étonnant réveil spirituel et ecclésial. En tout cas cette tension vers l’unité n’a rien à voir avec le syncrétisme interreligieux d’un quelconque « Parlement des religions ». La déclaration Dominus Iesus Christus, du cardinal Ratzinger (2000), affirme de manière définitive que le salut est une grâce qui ne peut passer que par la médiation exclusive du Christ et de son Église. Et le dernier Concile nous l’a rappelé : l’Église du Christ subsiste en sa forme achevée dans l’Église catholique, avec ses deux poumons, occidental et oriental…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 15 janvier 2017

Une année sainte 2017
sous le signe de l’Etoile du Matin

Y-aurait-il une nouvelle année sainte ? Une nouvelle année de la Miséricorde ? Que veut dire donc souhaiter une bonne et sainte année ? Souhaiter l’année nouvelle selon le temps de la vie terrestre, de la vie civile, de la vie sociale, c’est tout d’abord reconnaître cette vie comme première dans l’ordre chronologique. Nous naissons à une heure précise, à un jour précis, à une année précise. Et nous avançons, nous parcourons l’année, des années, souhaitant les anniversaires. La racine indo-européenne signifierait l’aller, le déplacement, la progression, d’où le cercle décrit par les astres dans le ciel. Le cycle de la rotation de la Terre a été nommé un cercle, une année. Tous les savants, les mages, les astronomes ont décrit ces mouvements. Mais quel est le but de ces astres errants ? L’harmonie de l’Univers, la puissante loi de la gravité… mais surement pas le hasard…

De même le Créateur n’a pas fait de ses créatures humaines des astres tournants mais des enfants d’adoption. Si nous nous souhaitons une bonne et sainte année, c’est qu’une famille humaine nous a été donnée dans la bienveillance paternelle de Dieu pour les retrouvailles de la vie éternelle. Le Père éternel a confié son divin Fils à saint Joseph pour protéger l’Enfant-Jésus et la Vierge Marie, sa mère. Quelle bonne nouvelle, quelle bonne année, quelle année de grâce…

Ainsi le compte des années a été remis à zéro pour la naissance de cet Enfant-Jésus, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, Vrai Dieu né du Vrai Dieu. Et quand bien même la vie civile oublierait le sens de l’an de grâce 2017, c’est bien ce chiffre qui s’affiche pour tous les pays du monde, pour tous les savants. Le témoignage historique est impressionnant.

Que nous puissions prendre la résolution de nous laisser éclairer par l’Étoile de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. La Vierge Marie, la belle Dame de Fatima nous mène vers le Soleil de Justice. Elle est l’Étoile du matin, Stella matutina, l’Étoile de la mer, Stella maris, qui nous guide vers la plénitude des temps.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 8 janvier 2017

Combattre la violence d’abord en soi
pour être artisans de paix

En ce jour où nous célébrons l’octave de la Nativité du « Prince de la Paix », la guerre continue de ravager la Syrie et l’Irak, deux contrées bibliques, tandis que des conflits larvés couvent à travers toute la planète. Faut-il désespérer de l’humanité, après deux mille ans de christianisme ? Le pape nous invite à l’espérance dans son message pour la Journée mondiale de la paix (1er janvier), rendu public le 8 décembre, en la fête de l’Immaculée, matrice de « l’homme nouveau » que selon S. Paul nous nous efforçons de devenir. Cette année, après la canonisation de Mère Teresa – à qui la Reine d’Angleterre a rendu publiquement hommage dans son message de Noël – , il est axé sur la non-violence.

En voici un extrait :

 Jésus aussi a vécu en des temps de violence. Il a enseigné que le vrai champ de bataille, sur lequel s’affrontent la violence et la paix, est le cœur de l’homme :
« C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses » (Mc 7, 21). Mais le message du Christ, face à cette réalité, offre la réponse radicalement positive : il a prêché inlassablement l’amour inconditionnel de Dieu qui accueille et pardonne et il a enseigné à ses disciples à aimer les ennemis (cf. Mt 5, 44) et à tendre l’autre joue (cf. Mt 5, 39). Lorsqu’il a empêché ceux qui accusaient la femme adultère de la lapider (cf. Jn 8, 1-11) et lorsque, la nuit d’avant sa mort, il a dit à Pierre de remettre son épée au fourreau (cf. Mt 26, 52), Jésus a tracé la voie de la non-violence, qu’il a parcourue jusqu’au bout, jusqu’à la croix, par laquelle il a réalisé la paix et détruit l’inimitié (cf. Ep 2, 14-16). C’est pourquoi, celui qui accueille la Bonne Nouvelle de Jésus sait reconnaître la violence qu’il porte en lui-même et se laisse guérir par la miséricorde de Dieu, en devenant ainsi, à son tour, un instrument de réconciliation, selon l’exhortation de saint François d’Assise : « La paix que vos bouches annoncent, ayez-la plus encore en vos cœurs ».

Être aujourd’hui de vrais disciples de Jésus signifie adhérer également à sa proposition de non-violence. Comme l’a affirmé mon prédécesseur Benoît XVI, elle « est réaliste, car elle tient compte du fait que dans le monde il règne trop de violence, trop d’injustice, et que par conséquent, on ne peut surmonter cette situation qu’en lui opposant un supplément d’amour, un supplément de bonté. Ce ‘‘supplément’’ vient de Dieu ». Et il ajoutait avec une grande force : « Pour les chrétiens, la non-violence n’est pas un simple comportement tactique, mais bien une manière d’être de la personne, l’attitude de celui qui est tellement convaincu de l’amour de Dieu et de sa puissance, qu’il n’a pas peur d’affronter le mal avec les seules armes de l’amour et de la vérité. L’amour de l’ennemi constitue le noyau de la ‘‘révolution chrétienne’’ ». Justement, l’évangile du aimez vos ennemis (cf. Lc 6, 27) est considéré comme « la magna charta de la non-violence chrétienne » ; il ne consiste pas « à se résigner au mal […] mais à répondre au mal par le bien (cf. Rm 12, 17-21), en brisant ainsi la chaîne de l’injustice ».

En espérant que son message sera entendu, nous vous adressons nos vœux les plus sincères pour cette nouvelle année à S. Eugène !

Abbé Eric Iborra
Dimanche 1er janvier 2017

Jésus, Fils de Dieu le Père et Homme,
Agneau Sauveur

L’Enfant-Jésus est un petit bébé nouveau-né.  Il est innocent,  doux comme un agneau. Il est l’image la plus touchante que Dieu a voulu donner de lui-même.  En attendant son futur sacrifice d’un prix infini en mourant innocent pour les hommes, l’Enfant-Jésus est le grand signe de cette innocence divine, du désir de paix et de bonheur. La Résurrection confirmera cette promesse de victoire de la vie bienheureuse. 

Quand les hommes refusent de croire en la divinité de cet enfant, ils préfèrent un Dieu lointain, dans sa puissance et son éternité. Cette distance permet à l’homme de mieux vivre un bonheur égoïste ou de mieux se plaindre de la dureté de la vie, ou encore de s’habituer au péché. 

L’Incarnation du Verbe, de la Sagesse éternelle, du Fils engendré par le Père, oblige à vivre en sa présence toute proche . La venue du Dieu Amour trinitaire redonne le sens profond de la vie humaine.  Nous avons été appelés à la vie, à l’existence pour être enfants d’un Père plein d’attention qui nous donne son Fils comme Frère aîné. 

Mais pourquoi alors le péché originel a-t-il eu des effets si dévastateurs du bonheur de ces enfants d’un si bon Père ? Comment un bon Père peut-il lancer dans l’existence des êtres qui ne seront pas parfaits, avec des tentations, des jalousies et des haines ? Pourquoi le corps humain peut-il être malade, déformé,  douloureux, parfois même dès la conception et jusqu’à la mort ?

C’est bien parce que nous sommes enfants de Dieu,  créés à son image et à sa ressemblance.  Notre vie est liée à notre intelligence,  à notre volonté,  à notre liberté.  Nous sommes bienheureux de ne pas être des animaux vivant par pur instinct. Nous sommes responsables de nos choix, de notre amour.  

Il fallait bien que le choix de la haine soit arrêté par la punition et la mort. Tous les êtres humains sont unis, du plus innocent au plus coupable. C’est pourquoi nous partageons la même faiblesse originelle même dans notre corps. Mais nous pouvons la vaincre. Et le moyen de cette victoire est que Dieu soit venu lui-même nous sauver en assumant notre humanité et en détruisant la mort par son sacrifice et sa résurrection. 

La Vierge Marie et saint Joseph vivent cette proximité de Dieu. Quand nous nous préparons à la communion eucharistique en reconnaissant que nous ne sommes pas dignes de recevoir Jésus en personne, l’Agneau de Dieu, nous finissons bien par oser le recevoir. C’est Noël à chaque communion, c’est l’Enfant-Jésus qui vient reposer en nous pour nous transformer toujours plus profondément en véritables enfants de son Père. Croyons-le de toute notre âme.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Noël, Dimanche 25 décembre 2016

Archives Editoriaux