Editorial

Adieux

Après avoir fêté mes 30 années d’ordination le lundi 24 juin dernier, solennité de S. Jean-Baptiste, c’est aujourd’hui – un aujourd’hui qui se prolongera tout l’été, y compris sur cette feuille paroissiale, la dernière avant la rentrée – que je prends congé de vous, après 12 années de service à S. Eugène. Nous fêtons en ce dimanche 30 juin la solennité reportée du martyre des saints Apôtres Pierre et Paul. Un beau patronage pour une mutation : Pierre et Paul se sont faits itinérants pour annoncer l’Évangile, passant de communauté en communauté pour achever leur course en celle de Rome qui les récapitule toutes.

Je voudrais rappeler ce que Mgr de Germiny a dit en apprenant mon départ, il y a quelques semaines, à la messe qui a suivi les confirmations :

Pour un prêtre, quitter une communauté qu’il aime, c’est un peu mourir. Des liens multiples se sont liés, qui devront désormais être vécus autrement. C’est aussi mourir à un certain style, que je retrouverai en partie à S. Roch, ma nouvelle paroisse.

Le prêtre, même en ces temps chahutés pour l’Église, demeure toujours un instrument de grâce. Il est bon de le rappeler en ces jours où plusieurs dizaines de jeunes aussi bien dans les diocèses que dans les fraternités reçoivent l’ordination sacerdotale. C’est bien sûr dans la célébration des sacrements, et par-dessus tout de l’Eucharistie, que ce service culmine. Prions pour que ceux que le Seigneur appelle à travailler à sa vigne répondent avec générosité.

Il ne me reste plus qu’à vous dire merci pour la joie que vous m’avez procurée par votre assiduité dans cette paroisse, que vous participiez à des groupes particuliers ou non, et à souhaiter que la belle aventure de S. Eugène se poursuive ad multos annos, autrement dit encore très longtemps !

Abbé Eric Iborra, vicaire

Quartiers d’été

Après ces belles fêtes de la fin de l’année pastorale – la nativité de S. Jean-Baptiste lundi, le Sacré Cœur de Jésus vendredi, les ordinations à S. Sulpice samedi et ce dimanche la solennité des SS. Pierre & Paul – la paroisse Saint-Eugène va prendre ses quartiers d’été. Les offices de la semaine et du dimanche seront assurés comme à l’accoutumée (voir tableau). Seul le chapelet ne sera pas assuré pendant les vacances.

A tous nous souhaitons des vacances reposantes et reconstructrices, sous le regard du Seigneur, dont nous fêterons la Transfiguration, et sous celui de sa sainte Mère, que nous aurons à cœur de fêter dignement le jour de son Assomption et qui nous accueillera le samedi 28 septembre en sa cathédrale de Chartres pour la journée de rentrée paroissiale.

Les activités reprendront leur cours normal à partir du dimanche 1er septembre, avec un nouveau vicaire, l’abbé Gabriel Grodziski. Nous ne manquerons pas d’accompagner de notre prière ceux de nos jeunes paroissiens qui rejoindront à la rentrée un institut de formation sacerdotal ou religieux.

Chanoine Marc Guelfucci et Abbé Eric Iborra
Dimanche de l’été 2019

Réellement présent

A Akita, au Japon, le vendredi 6 Juillet 1973, c’était déjà la nuit profonde quand, vers trois heures du matin…Soeur Agnès était en train de prier. C’est alors qu’elle a entendu une voix : “Ne crains pas. Ne prie pas seulement à cause de tes péchés, mais en réparation de ceux de tous les hommes. Le monde actuel blesse le Très Saint Cœur de Notre-Seigneur par ses ingratitudes et ses injures. La blessure de Marie est beaucoup plus profonde et douloureuse que la tienne. Allons prier ensemble à la chapelle.”

Son ange gardien l’y conduisit puis disparut. Se trouvant devant la statue de la Vierge, elle sentit que le bois prenait vie, baigné d’une lumière éblouissante. Une voix d’une beauté indescriptible a frappé ses oreilles totalement sourdes: «  Ma fille, ma novice, tu m’as bien obéi en abandonnant tout pour me suivre. L’infirmité de tes oreilles est-elle pénible ? Elles guériront, sois-en sûre. Sois patiente. C’est la dernière épreuve. La blessure de la main te fait-elle mal ? Prie en réparation des péchés de l’humanité. Chaque personne de cette communauté est ma fille irremplaçable. Dis-tu bien la Prière des Servantes de l’Eucharistie ? Allons, prions ensemble.”

Alors qu’Elle commençait la prière, l’ange qui m’avait conduit à la chapelle réapparut à côté de moi et se joignit à nos voix. 

Toujours prosternée et l’esprit vide de toute autre pensée, je venais d’entamer la phrase “Jésus présent dans l’Eucharistie” quand la voix m’interrompit: “réellement présent”, et comme pour mieux l’imprégner dans mon esprit troublé, la voix compléta: “Dorénavant, tu ajouteras réellement”, dit-elle en insistant sur le mot réellement.”

” Ô Jésus qui êtes réellement présent dans l’Eucharistie, je joins mon cœur à Votre Cœur adorable immolé en perpétuel sacrifice sur tous les autels du monde, dans la louange du Père, implorant la venue de votre Règne, et je vous fait l’oblation totale de mon corps et de mon âme. Daignez agréer cette humble offrande comme il vous plaira, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Sainte Mère du Ciel, ne permettez pas que je sois jamais séparée de votre Divin Fils et gardez-moi toujours comme votre propriété. Amen. “

En cette Fête-Dieu du Saint Corps et du Très précieux sang de Notre Sauveur Jésus, prions pour les intentions du Souverain Pontife :

la mission de l’Eglise catholique d’enseigner la foi en l’Incarnation, la Crucifixtion et la Résurrection de Jésus, Fils de Dieu, le baptême offert à tous, la fin des hérésies, la conversion des pécheurs, la paix des peuples au nom du Christ Sauveur.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 23 juin 2019

« Je te signe du signe de la croix
et je te confirme du chrisme du salut »

Une quarantaine de jeunes et d’adultes reçoivent aujourd’hui, solennité de la Sainte Trinité, le sacrement de la confirmation des mains de Mgr de Germiny, évêque émérite de Blois, déjà familier de cette célébration annuelle à S. Eugène.

La confirmation est un « sacrement vrai et spécifique » (concile de Trente, 1547), distinct du baptême et cependant intimement lié à lui. La pratique orientale manifeste leur liaison : il est aussitôt administré par le prêtre au néophyte ; la pratique occidentale manifeste le lien de la confirmation à l’évêque : elle est ordinairement conférée par celui qui signifie l’unité de l’Église, l’évêque. Il faut tenir les deux vérités à la fois, en évitant aussi bien la séparation que la confusion des sacrements.

En 1204 Innocent III déclarait : « Par la confirmation le Saint-Esprit est donné pour la croissance et pour la force ». Pour S. Thomas d’Aquin, la confirmation est le sacrement du combat parce qu’elle est celui de l’âge adulte dans la vie spirituelle. La confirmation est au baptême ce que la croissance est à la naissance : développement et maturation, tant au plan spirituel que moral.

Le concile de Florence (1439) affirme que « le confirmand reçoit une onction sur le front, où la honte se manifeste, pour ne pas rougir de confirmer le nom du Christ et surtout sa croix. C’est pourquoi on le marque aussi du signe de la croix ». S. Charles Borromée, dans le Catéchisme Romain (1566), écrit : « La confirmation a d’abord ceci de particulier qu’elle perfectionne la grâce du baptême. Ceux qui sont devenus chrétiens par le baptême demeurent encore faibles et sans énergie, comme des enfants nouvellement nés, mais ensuite le sacrement du saint chrême les rend forts pour résister aux attaques de la chair, du monde et du démon ; il fortifie la foi dans leurs cœurs pour qu’ils puissent confesser et glorifier le Nom de notre Seigneur Jésus Christ ».

Comme le dit enfin le Catéchisme de l’Église catholique, « Par le sacrement de la confirmation, le lien des baptisés avec l’Église est rendu plus parfait, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et obligés ainsi plus strictement à répandre et à défendre la foi par la parole et par l’action, en vrais témoins du Christ » (CEC 1285). Répandre et défendre la foi : de manière offensive, c’est la mission ; de manière défensive, c’est l’apologie. Par la parole et par l’action : c’est-à-dire par le discours, qui sollicite l’intelligence ; par l’agir, qui sollicite la volonté. Et en vrais témoins du Christ, c’est-à-dire en imitant la charité du Christ, lui rendant témoignage comme lui-même a rendu témoignage au Père. Comme le dit S. Pierre, et comme s’en souviennent tous les scouts, qui en portent l’inscription gravée sur leur ceinturon : « Soyez toujours prêts – semper parati – à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15).

A cela s’ajoute la doctrine des sept dons du Saint Esprit : la confirmation perfectionne les vertus infusées par le baptême (les trois théologales) et les vertus surnaturalisées par lui (les quatre cardinales). Les dons du Saint-Esprit sont ainsi des « dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre les impulsions du Saint Esprit » (CEC 1830). Ils permettent de percevoir d’instinct ce que Dieu veut et d’accomplir sa volonté avec aisance.

Abbé Eric Iborra
Dimanche  16  juin  2019

L’Esprit Saint, âme de l’Église

Si l’Église est notre mère, si cette même Église a pour Mère celle qui fut comblée de la grâce du Saint-Esprit, elle qui conçut la Tête du Corps au jour de l’Annonciation et qui enfanta ses membres lorsque ce même Esprit descendit sur les Apôtres, futures colonnes de l’Église, réunis en prière autour d’elle au 50e jour de Pâques, c’est que l’Esprit Saint est en quelque sorte l’âme de ce grand Corps dont la stature domine les siècles et qui traverse l’histoire en pèlerin vers la Jérusalem céleste où le Christ ressuscité, sa Tête, est déjà parvenu en vainqueur. L’Esprit Saint est l’âme de l’Église, c’est lui qui la vivifie de l’intérieur et la conduit comme l’écrivait S. Jean-Paul II dans son encyclique Dominum et vivificantem. Voici un extrait de la Conclusion :

« L’Esprit Saint, dans son lien mystérieux de divine communion avec le Rédempteur de l’homme, est celui qui assure la continuité de son œuvre : il reçoit ce qui est du Christ et le transmet à tous, il entre sans cesse dans l’histoire du monde en venant dans le cœur de l’homme. Il devient là, comme le proclame la Séquence liturgique de la solennité de la Pentecôte, le véritable père des pauvres, dispensateur des dons, lumière de nos cœurs ; il y devient l’hôte très doux de nos âmes que l’Église salue sans cesse au seuil de l’intériorité de tout homme. Il apporte, en effet, repos et réconfort au milieu des fatigues, du travail des bras et du travail de l’esprit humain ; il apporte repos et soulagement au milieu de la chaleur du jour, au milieu des préoccupations, des luttes et des dangers de toute époque ; il apporte enfin la consolation, lorsque le cœur humain pleure et connaît la tentation du désespoir.

C’est le sens de la Séquence qui proclame : Sans ta puissance divine il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Seul l’Esprit Saint, en effet, met en lumière le péché, le mal, dans le but de rétablir le bien dans l’homme et dans le monde humain, pour renouveler la face de la terre. C’est pourquoi il purifie tout ce qui souille l’homme, ce qui est sordide ; il soigne les blessures, même les plus profondes de l’existence humaine ; il change l’aridité intérieure des âmes et les transforme en champs fertiles de grâce et de sainteté. Ce qui est rigide, il l’assouplit, ce qui est froid, il le réchauffe, ce qui est faussé, il le rend droit sur les chemins du salut.

En priant ainsi, sans cesse l’Église professe sa foi : il y a dans notre monde créé un Esprit qui est un Don incréé. C’est l’Esprit du Père et du Fils: comme le Père et le Fils, il est incréé, immense, éternel, tout-puissant, Dieu, Seigneur. L’Esprit de Dieu remplit l’univers, et tout ce qui est créé reconnaît en lui la source de sa propre identité, découvre en lui son expression transcendante, se tourne vers lui et l’attend, l’invoque de tout son être. Vers lui, Paraclet, Esprit de vérité et d’amour, se tourne l’homme qui vit de vérité et d’amour, et qui, sans la source de la vérité et de l’amour, ne peut pas vivre. Vers lui se tourne l’Église, qui est au cœur de l’humanité, afin d’implorer pour tous et de dispenser à tous les dons de l’Amour qui, par lui, a été répandu dans nos cœurs. Vers lui se tourne l’Église sur les chemins escarpés du pèlerinage de l’homme sur la terre ; et elle demande, elle demande sans se lasser, la rectitude des actes humains, car elle est son œuvre ; elle demande la joie et la consolation que lui seul, le vrai Consolateur, peut apporter en descendant au plus profond des cœurs humains ; elle demande la grâce des vertus qui méritent la gloire céleste ; elle demande, par la communication plénière de la vie divine, le salut éternel auquel le Père a éternellement prédestiné les hommes, créés par amour à l’image et à la ressemblance de la très Sainte Trinité ».

Que ces jours de la Pentecôte nous habituent à la présence du Saint-Esprit en nous et dans l’Église. Que nous sachions nous mettre docilement à son école, comme les pèlerins de Chartres qui offrent leurs souffrances pour la diffusion du règne du Christ dans les cœurs et en particulier dans ceux de la cinquantaine de jeunes qui recevront dimanche prochain une nouvelle effusion de l’Esprit par le sacrement de la confirmation…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 9 juin 2019

La puissante neuvaine de la Pentecôte

Dieu le Père nous donne sa Parole éternelle, son Verbe qui se fait chair et assume notre nature humaine. Après l’accomplissement de sa mission en naissant de la Vierge Marie et en offrant sa vie innocente, il promet d’envoyer l’Esprit Saint. Cet Amour éternel agit dans la Création, dans la sanctification, pour la Vérité et le Salut éternel.

Il nous faut mieux connaître l’Esprit Saint car la Sainte Trinité n’est pas trois dieux mais l’Unité, l’Éternité de trois liens personnels. Notre-Seigneur Jésus-Christ répondait à Philippe : “Qui me voit, voit le Père” (Jean ch 14, 9). De même, l’Esprit Saint Avocat, Paraclet, Consolateur, est l’Amour du Père, l’Amour du Fils. Si nous croyons que Jésus est la Bonté même, nous devrions croire en son Amour, parler à son Amour, prier son Amour.

La dévotion au Sacré-Cœur est une dévotion à un amour compatissant et miséricordieux de Jésus Dieu et Homme. Mais cet organe humain qu’est le cœur, siège des émotions humaines par ses réactions aux élans de notre âme, c’est l’Esprit Saint qui l’a tissé en Marie. La bonté féminine et maternelle de Marie qui a entouré l’Enfant-Jésus est aussi le fruit de la puissance de l’Esprit Saint.

Alors, nous devrions parler aussi directement à l’Esprit Saint, le prier directement comme nous prions le Père qui engendre le Fils, miroir de son être, de sa substance.

Et la plus belle neuvaine, de l’Ascension à la Pentecôte est le Veni Sancte Spiritus :

Venez, Esprit-Saint, et envoyez du haut du ciel un rayon de votre lumière. Venez en nous, Père des pauvres, Venez, dispensateur des dons, Venez, lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos, dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort. O Lumière bienheureuse, Venez remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous vos fidèles. Sans votre puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lavez ce qui est souillé, baignez ce qui est aride, guérissez ce qui est blessé. Assouplissez ce qui est raide, réchauffez ce qui est froid, rendez droit ce qui est faussé. A tous ceux qui ont la foi et qui en Vous se confient donnez vos sept dons sacrés. Donnez mérite et vertu, donnez le salut final, donnez la joie éternelle !

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 2 juin 2019

« Aujourd’hui, notre Seigneur Jésus-Christ monte au ciel ; que notre coeur y monte avec lui » (Saint Augustin)

Pendant quarante jours, le Seigneur ressuscité s’est montré vivant à ses disciples pour enraciner en eux la foi et planter son Église sur la terre. Au jour de l’Ascension, il quitte les siens sous sa forme corporelle, il reste avec eux sous sa forme sacramentelle et donc ecclésiale. Le cierge pascal est désormais éteint : le Seigneur disparu dans les nuées n’est plus à rechercher jusqu’à la consommation des siècles ailleurs que dans son Église. Composée au 10e siècle, l’hymne Optatus votis omnium chante ainsi le mystère de l’Ascension (traduction de l’hymnaire de Solesmes) :

Nous l’appelions de tous nos vœux , ce jour rayonnant de lumière, où le Christ, espoir du monde, s’élève jusqu’au sommet des cieux.

Comme trophée du grand combat où il terrassa le prince de ce monde, il présente aux regards du Père la gloire de son corps victorieux.

Porté par la nuée lumineuse il devient l’espoir des croyants ; il ouvre enfin le paradis fermé par nos premiers parents.

Quelle immense joie pour tous : le Fils que la Vierge enfanta , après les crachats, les fouets, la croix, monte s’asseoir auprès du Père.

Louange donc et gratitude au vainqueur qui nous sauve tous ; notre corps fut porté bien haut jusqu’au palais du roi du ciel.

Avec les habitants des cieux, exultons d’une même joie : il va se montrer à eux, il ne s’éloigne pourtant pas de nous.

Maintenant, Christ, en montant au ciel, élève jusqu’à toi notre cœur, et envoie-nous d’en-haut l’Esprit qui précède du Père et de toi. Amen.

Cet Esprit dont nos confirmands de cette année recevront bientôt une nouvelle actuation dans deux semaines, le 16 juin, des mains de Mgr de Germiny. Au terme du Temps pascal, soumettons-nous à l’emprise de l’Esprit qui nous mènera là où le Père veut nous mener, sur la route sûre (et parfois sinueuse) que trace pour nous le Fils bien-aimé…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 26 mai 2019

Victoire et Gloire des chrétiens

Les 40 jours qui nous conduisent de la Résurrection à l’Ascension laissent un temps de recul nécessaire à la Vierge Marie, aux saintes femmes, aux apôtres et aux disciples. Après un évènement violent ou durant une longue attente, le temps s’allonge. Cela permet de continuer à vivre et de réfléchir. Ce temps est celui de la patience, de la purification avant le dénouement, l’accomplissement, une révélation, une élévation spirituelle par une nouvelle étape vers la récompense et la gloire. Et la gloire pour l’homme, c’est partager la Vie divine dans la Lumière de Gloire.

Le déluge de Noé dura 40 jours (Gn 7,4). Élie marcha 40 jours et 40 nuits avant d’atteindre le mont Horeb. Il jeûna pendant 40 jours avant de commencer son ministère public et il resta 40 jours sur le mont Carmel. (1 R 19,8). Moïse demeura 40 jours et 40 nuits au sommet du mont Sinaï avant de recevoir les tables de la Loi (Ex 24,18). Les Hébreux ont erré 40 ans dans le désert (Nb 32,13). Les 40 jours de jeûne de Jésus dans le désert nous ont portés durant le Carême (Mt 4,2).

Que faisons-nous de notre temps ? Entre la paresse, la procrastination et l’activisme, l’homme se disperse et tue le temps. Or nous devons nous aimer les uns les autres. Nous avons tout juste le temps d’obéir à ce commandement que déjà les 40 jours, les 40 ans sont écoulés. Au soir de notre vie, nous serons jugés sur cet amour exigeant mêlé de justice et de miséricorde. Nous avons fait le bien et défendu la vérité ; nous avons éduqué dans la douceur et nous avons puni pour corriger et sauver ; nous avons pardonné mais pas assez de fois, 77 fois 7 fois. Nous avons commis des péchés ; nous avons reconnu nos torts, nous avons demandé pardon, nous nous sommes relevés, nous avons espéré. La vie humaine, en famille, en société, est salut individuel et collectif. La communion des saints porte le temps et le transforme en grâces à la suite du Crucifié. Le Premier né d’entre les morts, le Ressuscité a couronné le temps de sa victoire. La patience de la Vierge Marie a été couronnée de gloire.

Dans l’attente de la Pentecôte, le cinquantième jour après Pâques, après la Grande Neuvaine à l’Esprit Saint après l’Ascension, demandons à la Vierge Marie sa force et sa patience. Demandons-lui d’user de son influence sur le Cœur Sacré de son divin Fils. Le temps passe, le temps lasse alors que Notre-Dame peut transformer nos sacrifices, nos offrandes de joies et de peines, nos chapelets pour faire pression sur la Miséricorde de Dieu, avec tous les saints et saintes du Ciel. Quel dommage de ne pas en profiter. Soyons persévérants, ne désespérons pas. Si nous avons la foi, nous pourrons sauver Vincent Lambert. Il est le symbole du duel entre la vie et la mort. Comme le dirent les trois Enfants hébreux face à la fournaise : « Notre Dieu, que nous servons, … nous délivrera de la fournaise de feu ardent et de ta main, ô roi. Et même s’il ne le fait pas, sois-en bien sûr, ô roi : nous ne servirons pas tes dieux, nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as érigée (Daniel 3, 17-18). »

La Victoire finale appartient toujours au Christ.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 19 mai 2019

Jeanne d’Arc et la Chrétienté

Dans le transept gauche de la cathédrale catholique de Westminster, à Londres, on trouve un étonnant monument à la gloire de S. Jeanne d’Arc. Signe que la mission de Jeanne ne saurait se réduire à une entreprise de libération purement nationale, où le spirituel serait soumis au temporel. S’il y a eu une intention politique – en faisant sacrer le Dauphin Charles, on signifiait aux Lancastre qu’il n’avaient aucun droit à régenter la France –, cette intention politique relevait d’une mission au sens le plus élevé du terme, à cette altitude où le politique se fait l’instrument d’un dessein spirituel, universel comme l’est le catholicisme.

« Tel est le sens du patriotisme de Jeanne d’Arc, écrit l’historien Daniel-Rops. C’est en Dieu qu’elle aimait la France, comme les saints ont aimé en Dieu les pauvres et les pécheurs, et, précisément, elle l’aimait parce qu’elle la voyait misérable, déchirée, pécheresse, elle l’aimait d’un amour de rédemption. Il n’y avait, dans cet amour, rien d’orgueilleux ni d’agressif ; elle n’a jamais parlé d’aller conquérir l’Angleterre, ni d’imposer à quiconque sa domination. Elle n’a jamais non plus pensé qu’en faisant ce qu’elle faisait, elle couvrait de gloire sa patrie et que ses prouesses lui donneraient des droits à commander aux autres. Tout ce qu’elle réclamait pour son pays, pour son roi, comme pour elle-même, c’était une vie simple et humble, où il serait rendu à chacun selon son droit. Elle se battait pour faire régner la justice de Dieu et pour nulle autre cause : ‘Dieu hait-il donc les Anglais ?’ lui demandera-t-on pour lui tendre un piège. Nullement. Il les aime autant que tout autre peuple, mais chez eux, selon l’équité, et non pas quand ils attentent aux libertés des autres. Ce n’était pas tant les Anglais que Jeanne combattait que l’injustice.

Ainsi, par-delà le but immédiat qu’elle visait, la libération de la France et la restauration du royaume en sa dignité, il y en avait un autre plus essentiel. A plusieurs reprises, elle l’a désigné. Quand, par exemple, elle écrivait aux Anglais de Bedford sa fameuse lettre du mardi saint 1429 pour les inviter à quitter la France avant d’en être boutés hors, ou quand elle s’adressait au duc de Bourgogne le 17 juillet de la même année, ou encore – ce qui est plus étonnant – quand elle tançait dans une véhémente épître les hussites de Bohême, parce qu’elle avait entendu dire que leur guerre impie, née d’un sentiment patriotique exacerbé, déchirait l’Église. En toutes circonstances, sa conclusion était la même : il faut mettre fin aux luttes entre baptisés ; il faut unir toutes les forces chrétiennes en un seul faisceau pour servir le Christ ; il faut que tous travaillent d’un même cœur à la même entreprise. Laquelle ? A cette unité reconstituée, Jeanne proposait comme but formel la croisade, en quoi elle demeurait de son temps. Mais à travers le rêve du ‘grand passage’, ce qu’elle concevait, c’était en réalité un nouvel ordre de la chrétienté, où chaque nation aurait sa mission propre à accomplir, mais où toutes seraient associées en une intention supérieure, celle dont tout chrétien formule quotidiennement le souhait : l’avènement du règne de Dieu ».

Clairvoyance de Jeanne, nostalgique de la Chrétienté comme projet politique pour l’Europe, qui anticipait celle qu’auraient ces Papes qui, au lendemain du Grand Schisme d’Occident, s’efforceraient, mais trop tard et en vain, de fédérer les princes chrétiens face à la menace turque : 22 ans plus tard Constantinople tombait et la domination ottomane s’imposait pour des siècles dans les Balkans et en Asie Mineure tandis que le schisme d’Orient, lui, achevait de se durcir. Jeanne voyait plus grand et plus haut que les hommes de son temps…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 12 mai 2019

Pasteur et Agneau.

En ressuscitant, Jésus nous donne le miracle le plus important de l’histoire humaine. Les hommes sont frappés de leur faiblesse finale, accident, maladie, vieillesse. Leurs chefs ont vainement demandé à être considérés comme des dieux pour tenter d’étendre leur vie et leur pouvoir. Seul le Christ réalise ce désir d’immortalité. En vérité, il le réalise pour tous par sa puissance unie à l’humilité et à la faiblesse.

Les hommes, les femmes et les enfants veulent vivre. Les agneaux veulent être protégés. Mais voici que le Pasteur est aussi l’Agneau. Les hommes n’y avaient pensé.

Pourtant il n’est pas déraisonnable mais surnaturel que Dieu s’abaisse pour s’unir à notre nature blessée par le péché et par la mort. Seul Dieu pouvait nous donner le pouvoir de réparer l’orgueil, seul un homme devait le mériter pour ses frères et sœurs.

Ainsi Jésus est à la fois Pasteur et Agneau. Aux Colossiens, Saint Paul révèle que Jésus est «la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.»

Jésus a voulu rendre présent son sacrifice à toutes les générations. Ses prêtres réalisent cette présence eucharistique et sacramentelle.  Le prêtre catholique donne sa personne au Christ pour agir et parler en son nom. Il est donc aussi pasteur et victime. Il devrait être un saint et il est bien dommage qu’il ne le soit pas toujours. Quand il est converti, il doit confirmer ses frères comme tout évêque mais particulièrement le Pape qui est assisté par l’infaillibilité de Pierre, le Vicaire du Christ. La mission pontificale est inscrite dans le catéchisme universel, l’enseignement, le magistère qui nous confortent dans la Vérité de l’Incarnation, la Crucifixion, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte. Le Pape est vicaire du Bon Pasteur et Agneau victime.

En ce mois de mai, le mois le plus beau car consacré à la Très Sainte Vierge Marie, c’est l’Immaculée Conception qui protège cette transmission de la foi. Elle est médiatrice de la grâce. Marie est le canal, elle est le cou du Corps mystique de son Fils Tête, Pasteur et Agneau. Ce cou porte le collier précieux du chapelet des mystères de son Fils. Que par la prière de ces mystères,  Marie nous mène à son Fils pour que nous vivions et ressuscitions déjà avec Lui dans la communion pascale à la Sainte Hostie.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 5 mai 2019

Après l’épreuve, l’espérance divine.

Le dimanche qui clôt l’octave de Pâques est riche de sens. Tout d’abord il achève cet arrêt sur image qu’est l’octave, cette prolongation sur 8 jours de la joie du matin de Pâques, pivot de l’histoire du salut, fondation de la foi, espérance de la gloire à venir, manifestation de la charité divine, le Père relevant le Fils par la puissance du Saint-Esprit, cette dextera Domini si bien chantée par la liturgie.

C’est encore le dimanche in albis deponendis : les catéchumènes, devenus néophytes (petites pousses) déposent aujourd’hui le vêtement blanc qu’ils ont revêtu la nuit de Pâques et prennent place dans la communauté des vieux baptisés. Cela ne nous empêchera pas de veiller sur eux, qui se préparent désormais à recevoir la confirmation.

Enfin, depuis Jean-Paul II, c’est le dimanche de la Miséricorde divine. Si l’évangile met en valeur l’acte de foi, à travers l’histoire de l’apôtre Thomas, c’est la miséricorde du Père et du Fils qu’a voulu souligner le pape polonais.

Nous avons eu peut-être un signe éclatant de cette miséricorde dans la nuit du lundi saint où finalement la structure de la cathédrale a été épargnée par les flammes. On a souligné, au lendemain de la catastrophe, l’émotion qui semblait avoir gagné tous les milieux. Des donations généreuses, appuyées par l’argent public, vont contribuer à réparer l’édifice endommagé. Et déjà les polémiques – celles dont la France a hélas le secret – se font jour. Il y a ceux qui se réjouissent de voir disparaître ces signes ostensibles du christianisme que sont nos églises et qui critiquent l’afflux des dons ; il y a ceux qui voudraient reconstruire en signant des marques du nihilisme de leur époque le vieil édifice sacré ; il y a ceux enfin qui s’offusquent de voir cet argent aller aux pierres plutôt qu’aux hommes.

Ces derniers ne sont pas sans rappeler Judas, critiquant le geste gratuit de Marie de Béthanie, répandant un nard précieux sur les pieds de Jésus en vue de sa sépulture (Jn 12, 1-8). Il y a des gestes gratuits – comme l’édification d’une cathédrale – qui auront toujours valeur de symbole et qui servent plus profondément les hommes que n’importe quele nourriture : ils fondent l’identité propre d’un peuple, préservent sa cohésion religieuse et culturelle, ils lui rappellent qu’ici-bas, nous ne sommes que des étrangers et des voyageurs. J’ajouterais que dans l’histoire ce que les riches ont financé – œuvres d’art, châteaux, palais, églises surtout – est devenu le bien commun de tous… Combien de centaines de millions de gens ont profité de la munificence des rois qui ont édifié Notre-Dame ou Versailles ! N’oublions pas la beauté : c’est un fondement de notre civilisation européenne !

Pour terminer, je reprends la mise en garde de Monsieur le Chanoine Guelfucci dimanche dernier : si vous voulez contribuer à la reconstruction de la cathédrale, privilégiez les circuits ecclésiaux, celui du diocèse en particulier. Le plus simple est de donner au Denier. S. Eugène n’oubliera pas Notre-Dame quand il s’agira de dépenser à bon escient !

Abbé Eric Iborra
Dimanche 28 avril 2019

Alleluia
En trois jours il a relevé le Temple de son corps

En cette fête des fêtes, en cette solennité des solennités, Jésus-Christ Notre-Seigneur a accompli sa promesse : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Il a vaincu le péché et la mort. Notre joie doit être parfaite car fondée sur la Foi et l’Espérance.
Le Temple de Jérusalem avait été construit selon le désir du Roi David par son fils Salomon. Il donnait une habitation de pierre à la présence divine manifestée par l’Arche d’Alliance, réceptacle des preuves des miracles du Seigneur pour son peuple tiré de l’esclavage de l’Égypte par le sacrifice du petit agneau pascal d’un an, sans tâche.
Cet agneau et le temple étaient une figure, une annonce, une prophétie du véritable Agneau de Dieu. Dieu veut habiter des cœurs doux et humbles, pas des cœurs de pierre mais des cœurs de chair (Éz. 36). Le prophète Jérémie avait averti : « Quoi ! Voler, tuer, commettre l’adultère, suivre des dieux étrangers, puis – comme si de rien n’était – venir se présenter devant moi et dire: ‘ Nous voilà en sûreté ! ‘ À vos yeux, est-ce un repaire de brigands, ce Temple qui porte mon nom ? » (Jr. 7). Il ne suffit pas de vociférer «Temple du Seigneur, temple du Seigneur, temple du Seigneur», encore faut-il vivre d’une manière qui corresponde à la sainteté de la Présence divine en ce Lieu : « Ce n’est pas en me disant: ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père » (Mt, 7, 21), « La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée, est devenue la pierre d’angle » (Ps 118, 22).
Au Calvaire, sur la Croix, le Temple du Corps de Jésus semble anéanti. Ressuscité, le Temple véritable, le lieu sacré, c’est Jésus en personne, lui qui l’annonçait à la Samaritaine : « Ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem » que les véritables adorateurs adoreront le Père (Jn 4, 21). Aujourd’hui, la sainte humanité du Sauveur Jésus est le temple de cette Présence même, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Présence substantielle dans la Sainte Hostie du Verbe qui s’est fait chair, en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité (Col 2, 9).
Ainsi, une église, une cathédrale, c’est Jésus-Christ Notre-Sauveur, mort et ressuscité, qui rassemble les membres de son Corps et enseigne de son siège royal, de sa cathèdre. En effet, ce mot de cathèdre vient du grec ἕδρα, hédra, « siège », du verbe ἕζομαι, hézomai, « asseoir ». En sa cathédrale, l’évêque enseigne et offre le Saint Sacrifice de la victoire sur le péché et la mort. Jésus est assis à la droite du trône de la majesté divine de son Père et nous parle : « C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie, » (Jn 6, 63) et « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14, 23).
Ô Notre-Dame, vous qui étiez debout au pied de la Croix et qui vous êtes réjouie avec les anges lors de la victoire pascale, ayez pitié de vos enfants qui sont meurtris. Redéployez votre manteau pour ramener à votre divin Fils les pauvres pécheurs que nous sommes : Qu’Il augmente en nous la Foi ! Qu’il puisse faire sa demeure en nos âmes !
Chanoine Marc Guelfucci, curé

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche  21 avril 2019, Pâques