Editorial

Victoire et Gloire des chrétiens

Les 40 jours qui nous conduisent de la Résurrection à l’Ascension laissent un temps de recul nécessaire à la Vierge Marie, aux saintes femmes, aux apôtres et aux disciples. Après un évènement violent ou durant une longue attente, le temps s’allonge. Cela permet de continuer à vivre et de réfléchir. Ce temps est celui de la patience, de la purification avant le dénouement, l’accomplissement, une révélation, une élévation spirituelle par une nouvelle étape vers la récompense et la gloire. Et la gloire pour l’homme, c’est partager la Vie divine dans la Lumière de Gloire.

Le déluge de Noé dura 40 jours (Gn 7,4). Élie marcha 40 jours et 40 nuits avant d’atteindre le mont Horeb. Il jeûna pendant 40 jours avant de commencer son ministère public et il resta 40 jours sur le mont Carmel. (1 R 19,8). Moïse demeura 40 jours et 40 nuits au sommet du mont Sinaï avant de recevoir les tables de la Loi (Ex 24,18). Les Hébreux ont erré 40 ans dans le désert (Nb 32,13). Les 40 jours de jeûne de Jésus dans le désert nous ont portés durant le Carême (Mt 4,2).

Que faisons-nous de notre temps ? Entre la paresse, la procrastination et l’activisme, l’homme se disperse et tue le temps. Or nous devons nous aimer les uns les autres. Nous avons tout juste le temps d’obéir à ce commandement que déjà les 40 jours, les 40 ans sont écoulés. Au soir de notre vie, nous serons jugés sur cet amour exigeant mêlé de justice et de miséricorde. Nous avons fait le bien et défendu la vérité ; nous avons éduqué dans la douceur et nous avons puni pour corriger et sauver ; nous avons pardonné mais pas assez de fois, 77 fois 7 fois. Nous avons commis des péchés ; nous avons reconnu nos torts, nous avons demandé pardon, nous nous sommes relevés, nous avons espéré. La vie humaine, en famille, en société, est salut individuel et collectif. La communion des saints porte le temps et le transforme en grâces à la suite du Crucifié. Le Premier né d’entre les morts, le Ressuscité a couronné le temps de sa victoire. La patience de la Vierge Marie a été couronnée de gloire.

Dans l’attente de la Pentecôte, le cinquantième jour après Pâques, après la Grande Neuvaine à l’Esprit Saint après l’Ascension, demandons à la Vierge Marie sa force et sa patience. Demandons-lui d’user de son influence sur le Cœur Sacré de son divin Fils. Le temps passe, le temps lasse alors que Notre-Dame peut transformer nos sacrifices, nos offrandes de joies et de peines, nos chapelets pour faire pression sur la Miséricorde de Dieu, avec tous les saints et saintes du Ciel. Quel dommage de ne pas en profiter. Soyons persévérants, ne désespérons pas. Si nous avons la foi, nous pourrons sauver Vincent Lambert. Il est le symbole du duel entre la vie et la mort. Comme le dirent les trois Enfants hébreux face à la fournaise : « Notre Dieu, que nous servons, … nous délivrera de la fournaise de feu ardent et de ta main, ô roi. Et même s’il ne le fait pas, sois-en bien sûr, ô roi : nous ne servirons pas tes dieux, nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as érigée (Daniel 3, 17-18). »

La Victoire finale appartient toujours au Christ.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 19 mai 2019

Jeanne d’Arc et la Chrétienté

Dans le transept gauche de la cathédrale catholique de Westminster, à Londres, on trouve un étonnant monument à la gloire de S. Jeanne d’Arc. Signe que la mission de Jeanne ne saurait se réduire à une entreprise de libération purement nationale, où le spirituel serait soumis au temporel. S’il y a eu une intention politique – en faisant sacrer le Dauphin Charles, on signifiait aux Lancastre qu’il n’avaient aucun droit à régenter la France –, cette intention politique relevait d’une mission au sens le plus élevé du terme, à cette altitude où le politique se fait l’instrument d’un dessein spirituel, universel comme l’est le catholicisme.

« Tel est le sens du patriotisme de Jeanne d’Arc, écrit l’historien Daniel-Rops. C’est en Dieu qu’elle aimait la France, comme les saints ont aimé en Dieu les pauvres et les pécheurs, et, précisément, elle l’aimait parce qu’elle la voyait misérable, déchirée, pécheresse, elle l’aimait d’un amour de rédemption. Il n’y avait, dans cet amour, rien d’orgueilleux ni d’agressif ; elle n’a jamais parlé d’aller conquérir l’Angleterre, ni d’imposer à quiconque sa domination. Elle n’a jamais non plus pensé qu’en faisant ce qu’elle faisait, elle couvrait de gloire sa patrie et que ses prouesses lui donneraient des droits à commander aux autres. Tout ce qu’elle réclamait pour son pays, pour son roi, comme pour elle-même, c’était une vie simple et humble, où il serait rendu à chacun selon son droit. Elle se battait pour faire régner la justice de Dieu et pour nulle autre cause : ‘Dieu hait-il donc les Anglais ?’ lui demandera-t-on pour lui tendre un piège. Nullement. Il les aime autant que tout autre peuple, mais chez eux, selon l’équité, et non pas quand ils attentent aux libertés des autres. Ce n’était pas tant les Anglais que Jeanne combattait que l’injustice.

Ainsi, par-delà le but immédiat qu’elle visait, la libération de la France et la restauration du royaume en sa dignité, il y en avait un autre plus essentiel. A plusieurs reprises, elle l’a désigné. Quand, par exemple, elle écrivait aux Anglais de Bedford sa fameuse lettre du mardi saint 1429 pour les inviter à quitter la France avant d’en être boutés hors, ou quand elle s’adressait au duc de Bourgogne le 17 juillet de la même année, ou encore – ce qui est plus étonnant – quand elle tançait dans une véhémente épître les hussites de Bohême, parce qu’elle avait entendu dire que leur guerre impie, née d’un sentiment patriotique exacerbé, déchirait l’Église. En toutes circonstances, sa conclusion était la même : il faut mettre fin aux luttes entre baptisés ; il faut unir toutes les forces chrétiennes en un seul faisceau pour servir le Christ ; il faut que tous travaillent d’un même cœur à la même entreprise. Laquelle ? A cette unité reconstituée, Jeanne proposait comme but formel la croisade, en quoi elle demeurait de son temps. Mais à travers le rêve du ‘grand passage’, ce qu’elle concevait, c’était en réalité un nouvel ordre de la chrétienté, où chaque nation aurait sa mission propre à accomplir, mais où toutes seraient associées en une intention supérieure, celle dont tout chrétien formule quotidiennement le souhait : l’avènement du règne de Dieu ».

Clairvoyance de Jeanne, nostalgique de la Chrétienté comme projet politique pour l’Europe, qui anticipait celle qu’auraient ces Papes qui, au lendemain du Grand Schisme d’Occident, s’efforceraient, mais trop tard et en vain, de fédérer les princes chrétiens face à la menace turque : 22 ans plus tard Constantinople tombait et la domination ottomane s’imposait pour des siècles dans les Balkans et en Asie Mineure tandis que le schisme d’Orient, lui, achevait de se durcir. Jeanne voyait plus grand et plus haut que les hommes de son temps…

Abbé Eric Iborra
Dimanche 12 mai 2019

Pasteur et Agneau.

En ressuscitant, Jésus nous donne le miracle le plus important de l’histoire humaine. Les hommes sont frappés de leur faiblesse finale, accident, maladie, vieillesse. Leurs chefs ont vainement demandé à être considérés comme des dieux pour tenter d’étendre leur vie et leur pouvoir. Seul le Christ réalise ce désir d’immortalité. En vérité, il le réalise pour tous par sa puissance unie à l’humilité et à la faiblesse.

Les hommes, les femmes et les enfants veulent vivre. Les agneaux veulent être protégés. Mais voici que le Pasteur est aussi l’Agneau. Les hommes n’y avaient pensé.

Pourtant il n’est pas déraisonnable mais surnaturel que Dieu s’abaisse pour s’unir à notre nature blessée par le péché et par la mort. Seul Dieu pouvait nous donner le pouvoir de réparer l’orgueil, seul un homme devait le mériter pour ses frères et sœurs.

Ainsi Jésus est à la fois Pasteur et Agneau. Aux Colossiens, Saint Paul révèle que Jésus est «la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.»

Jésus a voulu rendre présent son sacrifice à toutes les générations. Ses prêtres réalisent cette présence eucharistique et sacramentelle.  Le prêtre catholique donne sa personne au Christ pour agir et parler en son nom. Il est donc aussi pasteur et victime. Il devrait être un saint et il est bien dommage qu’il ne le soit pas toujours. Quand il est converti, il doit confirmer ses frères comme tout évêque mais particulièrement le Pape qui est assisté par l’infaillibilité de Pierre, le Vicaire du Christ. La mission pontificale est inscrite dans le catéchisme universel, l’enseignement, le magistère qui nous confortent dans la Vérité de l’Incarnation, la Crucifixion, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte. Le Pape est vicaire du Bon Pasteur et Agneau victime.

En ce mois de mai, le mois le plus beau car consacré à la Très Sainte Vierge Marie, c’est l’Immaculée Conception qui protège cette transmission de la foi. Elle est médiatrice de la grâce. Marie est le canal, elle est le cou du Corps mystique de son Fils Tête, Pasteur et Agneau. Ce cou porte le collier précieux du chapelet des mystères de son Fils. Que par la prière de ces mystères,  Marie nous mène à son Fils pour que nous vivions et ressuscitions déjà avec Lui dans la communion pascale à la Sainte Hostie.

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche 5 mai 2019

Après l’épreuve, l’espérance divine.

Le dimanche qui clôt l’octave de Pâques est riche de sens. Tout d’abord il achève cet arrêt sur image qu’est l’octave, cette prolongation sur 8 jours de la joie du matin de Pâques, pivot de l’histoire du salut, fondation de la foi, espérance de la gloire à venir, manifestation de la charité divine, le Père relevant le Fils par la puissance du Saint-Esprit, cette dextera Domini si bien chantée par la liturgie.

C’est encore le dimanche in albis deponendis : les catéchumènes, devenus néophytes (petites pousses) déposent aujourd’hui le vêtement blanc qu’ils ont revêtu la nuit de Pâques et prennent place dans la communauté des vieux baptisés. Cela ne nous empêchera pas de veiller sur eux, qui se préparent désormais à recevoir la confirmation.

Enfin, depuis Jean-Paul II, c’est le dimanche de la Miséricorde divine. Si l’évangile met en valeur l’acte de foi, à travers l’histoire de l’apôtre Thomas, c’est la miséricorde du Père et du Fils qu’a voulu souligner le pape polonais.

Nous avons eu peut-être un signe éclatant de cette miséricorde dans la nuit du lundi saint où finalement la structure de la cathédrale a été épargnée par les flammes. On a souligné, au lendemain de la catastrophe, l’émotion qui semblait avoir gagné tous les milieux. Des donations généreuses, appuyées par l’argent public, vont contribuer à réparer l’édifice endommagé. Et déjà les polémiques – celles dont la France a hélas le secret – se font jour. Il y a ceux qui se réjouissent de voir disparaître ces signes ostensibles du christianisme que sont nos églises et qui critiquent l’afflux des dons ; il y a ceux qui voudraient reconstruire en signant des marques du nihilisme de leur époque le vieil édifice sacré ; il y a ceux enfin qui s’offusquent de voir cet argent aller aux pierres plutôt qu’aux hommes.

Ces derniers ne sont pas sans rappeler Judas, critiquant le geste gratuit de Marie de Béthanie, répandant un nard précieux sur les pieds de Jésus en vue de sa sépulture (Jn 12, 1-8). Il y a des gestes gratuits – comme l’édification d’une cathédrale – qui auront toujours valeur de symbole et qui servent plus profondément les hommes que n’importe quele nourriture : ils fondent l’identité propre d’un peuple, préservent sa cohésion religieuse et culturelle, ils lui rappellent qu’ici-bas, nous ne sommes que des étrangers et des voyageurs. J’ajouterais que dans l’histoire ce que les riches ont financé – œuvres d’art, châteaux, palais, églises surtout – est devenu le bien commun de tous… Combien de centaines de millions de gens ont profité de la munificence des rois qui ont édifié Notre-Dame ou Versailles ! N’oublions pas la beauté : c’est un fondement de notre civilisation européenne !

Pour terminer, je reprends la mise en garde de Monsieur le Chanoine Guelfucci dimanche dernier : si vous voulez contribuer à la reconstruction de la cathédrale, privilégiez les circuits ecclésiaux, celui du diocèse en particulier. Le plus simple est de donner au Denier. S. Eugène n’oubliera pas Notre-Dame quand il s’agira de dépenser à bon escient !

Abbé Eric Iborra
Dimanche 28 avril 2019

Alleluia
En trois jours il a relevé le Temple de son corps

En cette fête des fêtes, en cette solennité des solennités, Jésus-Christ Notre-Seigneur a accompli sa promesse : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Il a vaincu le péché et la mort. Notre joie doit être parfaite car fondée sur la Foi et l’Espérance.
Le Temple de Jérusalem avait été construit selon le désir du Roi David par son fils Salomon. Il donnait une habitation de pierre à la présence divine manifestée par l’Arche d’Alliance, réceptacle des preuves des miracles du Seigneur pour son peuple tiré de l’esclavage de l’Égypte par le sacrifice du petit agneau pascal d’un an, sans tâche.
Cet agneau et le temple étaient une figure, une annonce, une prophétie du véritable Agneau de Dieu. Dieu veut habiter des cœurs doux et humbles, pas des cœurs de pierre mais des cœurs de chair (Éz. 36). Le prophète Jérémie avait averti : « Quoi ! Voler, tuer, commettre l’adultère, suivre des dieux étrangers, puis – comme si de rien n’était – venir se présenter devant moi et dire: ‘ Nous voilà en sûreté ! ‘ À vos yeux, est-ce un repaire de brigands, ce Temple qui porte mon nom ? » (Jr. 7). Il ne suffit pas de vociférer «Temple du Seigneur, temple du Seigneur, temple du Seigneur», encore faut-il vivre d’une manière qui corresponde à la sainteté de la Présence divine en ce Lieu : « Ce n’est pas en me disant: ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père » (Mt, 7, 21), « La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée, est devenue la pierre d’angle » (Ps 118, 22).
Au Calvaire, sur la Croix, le Temple du Corps de Jésus semble anéanti. Ressuscité, le Temple véritable, le lieu sacré, c’est Jésus en personne, lui qui l’annonçait à la Samaritaine : « Ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem » que les véritables adorateurs adoreront le Père (Jn 4, 21). Aujourd’hui, la sainte humanité du Sauveur Jésus est le temple de cette Présence même, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Présence substantielle dans la Sainte Hostie du Verbe qui s’est fait chair, en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité (Col 2, 9).
Ainsi, une église, une cathédrale, c’est Jésus-Christ Notre-Sauveur, mort et ressuscité, qui rassemble les membres de son Corps et enseigne de son siège royal, de sa cathèdre. En effet, ce mot de cathèdre vient du grec ἕδρα, hédra, « siège », du verbe ἕζομαι, hézomai, « asseoir ». En sa cathédrale, l’évêque enseigne et offre le Saint Sacrifice de la victoire sur le péché et la mort. Jésus est assis à la droite du trône de la majesté divine de son Père et nous parle : « C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie, » (Jn 6, 63) et « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14, 23).
Ô Notre-Dame, vous qui étiez debout au pied de la Croix et qui vous êtes réjouie avec les anges lors de la victoire pascale, ayez pitié de vos enfants qui sont meurtris. Redéployez votre manteau pour ramener à votre divin Fils les pauvres pécheurs que nous sommes : Qu’Il augmente en nous la Foi ! Qu’il puisse faire sa demeure en nos âmes !
Chanoine Marc Guelfucci, curé

Chanoine Marc Guelfucci, curé
Dimanche  21 avril 2019, Pâques