L’Eglise

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L’église Saint-Eugène fut l’œuvre de l’architecte Louis-Auguste Boileau. Bâtie sur l’emplacement de l’hôtel des menus plaisirs du roi dans le IXè arrondissement (quartier en pleine expansion à l’époque), sa principale caractéristique est sa construction dans le style du XIIIè siècle, ais en employant la fonte et le fer pour les piliers et les nervures. Ceci pour la première fois en France, en particulier s’agissant d’un édifice religieux, en prélude aux œuvres de Baltard.

Sa façade se compose d’une haute muraille, divisée en cinq parties par des contreforts et dessinant exactement la forme de l’édifice. Au centre une porte avec voussure et tympan sculpté ; en dessus d’elle un gâble bordé de crochets, puis une rose et enfin le pignon de la grande nef que domine une statue d’ange. Deux petites portes flanquent, à droite et à gauche, la porte principale ; elles sont surmontées, à la hauteur de la voussure de celle-ci, par une galerie à jour. Les compartiments qui suivent sont ornés d’arcatures, de statues et de deux longues fenêtres. Les côtés de l’église présentant toute une suite de pignons. Chacun de ces pignons est percé de deux fenêtres et d’une rosace.

En entrant dans l’église, on est d’abord frappé par l’abondance des lumières et la richesse des couleurs. De très beaux lustres, tout à fait second empire, enrichissent la vue générale. Quel que soit l’endroit où l’on se place, l’œil embrasse la totalité du volume qui l’environne.

Le plan de l’église présente trois nefs et deux collatéraux surmontés de tribunes en fonte peintes et dorées ; les tris nefs se terminent par trois absides ; l’abside centrale pour le maître-autel et les deux autres pour les chapelles de la Vierge et de Saint-Eugène.

Les fenêtres et les roses sont toutes occupées par des verrières œuvres de Lusson et de Laurent et Gsell. Les quatorze stations du Chemin de Croix, situées dans la partie inférieure de l’église, sont de Oudinot d’après les cartons de Gérard-Séguin. Au-dessus, dans les tribunes, se déroulent, du côté gauche, la vie privée de Jésus et, de l’autre, sa vie publique.

Les trois grandes verrières de l’abside centrale représentent la Cène, Jésus au jardin des oliviers et la Transfiguration et les verrières des absides latérales, d’un côté la vie de la Vierge, de l’autre celle de Saint-Eugène.

A l’éclat des verrières se joint celui des peintures qui recouvrent toutes les parties de l’église ; les colonnes sont bleu d’acier et bronze florentin, les arcs, les nervures sont également riches de teintes, les voûtes sont semées d’étoiles.

La longueur de l’église est de 50 mètres sa largeur de 25 mètres ; la hauteur de la nef principale est de 23 mètres ; celles des nefs latérales de 15 mètres. Les colonnes de la nef en fonte creuse sont de 30 centimètres de diamètre et de 2 centimètres d’épaisseur. L’ameublement : l’orgue ( de Merklin et Schültze), la chaire, les stalles, les confessionnaux, les escaliers des tribunes se distinguent par leur élégance. Le maître-autel est décoré de treize niches trilobées, garnies de statuettes et surmonté d’un retable à jour dans lequel les chandeliers sont remplacées par des ornements d’architecture. Sa réalisation s’inspire de celui de la cathédrale de Clermont-Ferrand.

Quelques mots sur Saint Eugène.

Il a certainement existé un saint homme nommé Eugène qui a vécu au VIe siècle au Nord de Paris, à côté de Deuil-la-Barre où il est mort martyr . Le nom d’Eugène est étranger à la Gaule : Eugène est de culture grecque . Il est de ces chrétiens d’Orient venus au VIe siècle en Gaule lorsque l’empire byzantin repousse énergiquement les païens et les ariens .

Ces chrétiens d’Orient ont été rapidement assimilés, sans doute parce que leur foi chrétienne en la divinité du Christ coïncidait avec la foi de la monarchie franque depuis le baptême de Clovis et son rejet de l’arianisme .

Eugène fut envoyé pour évangéliser le Nord de Paris peut-être contre l’arianisme qui niait la divinité du Christ, mais plus certainement contre le paganisme . Car il y avait un culte païen bien installé depuis des siècles à l’endroit aujourd’hui appelé Deuil, c’est-à- dire en latin Divo-ialum qui signifie « clairière sacrée » ou « Lieu saint » . Tout près de ce lieu, il y avait un étang, un marais, appelé aujourd’hui Lac Marchais, où l’on vénérait un dieu qui semblait faire des guérisons grâce aux eaux du lac, à la fois rougeâtres, pures et profondes . Eugène est mort martyr en ce lieu, et la coloration rouge des eaux du lac est rapidement devenue le symbole de son sang . Nous ignorons la cause précise de son martyre1 . La légende de « Saint Eugène premier évêque de Tolède », connue sous le nom de « Passion de Saint-Eugène » a été créée en parallèle de la légende de Saint-Denis écrite par Hilduin abbé de Saint-Denis au IXe siècle2 : de même que Saint-Denis, premier évêque de Paris, martyrisé au IIIe siècle, a été, 6 siècles plus tard, identifié à son prestigieux ancêtre homonyme Denys l’Aréopagite, athénien du premier siècle converti par Saint Paul (Ac 17), de même Saint-Eugène de Deuil, martyrisé au VIe siècle, a été identifié à un prestigieux ancêtre homonyme du premier siècle, Eugène de Tolède, disciple présumé de Denys l’Aréopagite, et fondateur de l’Église en Espagne .

1 . D’après Michel ROBLIN, Saint Eugène et l’étang sacré de Deuil (Seine-et-Oise), extrait de Paris et Ile-de-France – Mémoires, tome 2, 1950, Les Périodiques des sociétés savantes, Édition électronique, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et Île-de-France
2 . Cf . Compte-rendu de la séance de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres du 26 novembre 1965, 109e Année, n°2 . Formation de la légende de Saint-Eugène de Deuil, par le R .P . de Gaiffier d’Hestroy, correspondant de l’Académie .

La paroisse

Fondée en 1854/55, la paroisse St-Eugène (devenue plus tard paroisse St-Eugène – Ste-Cécile) répondait, comme beaucoup d’autres de la même période, au besoin des nouveaux quartiers d’alors, les Faubourgs de Paris : Faubourg Montmartre, Faubourg Poissonnière, Faubourg Saint-Denis pour ce qui la concerne. L’église de la paroisse, inaugurée à Noël 1955, est la première en France à avoir été bâtie en employant la fonte et le fer pour les piliers et les nervures. Son style inspiré du XIIIe siècle lui donne cette chaleur colorée caractéristique et très unique, rehaussée encore par de grands vitraux de très belle facture.

En 1985, après que Jean-Paul II eût donné le premier indult le permettant, le Cardinal Archevêque de Paris demandait qu’y soit célébrée aussi la liturgie latine selon les normes antérieures à la réforme issue du Concile. Confirmée dans cette mission en 89, la paroisse recevait alors deux curés ” in solidum ” : l’Abbé Veuillez pour la Messe de St Pie V et le Père de Monteynard pour la Messe de Paul VI, chacun étant chargé plus particulièrement d’une des deux communautés liturgiques.

Depuis 98, pour permettre et manifester l’unité, au-delà même des spécificités liturgiques, c’est un curé unique qui est nommé, célébrant lui-même indifféremment (tout comme son vicaire) selon les Livres antérieurs et postérieurs au Concile de Vatican II.

Chronologie

  • 1852 : Monseigneur Sibour, cardinal archevêque de Paris, demande la concession du terrain situé à l’emplacement de l’hôtel des menues plaisirs du roi, disparu en 1830.
  • 6 mars 1854 : décret de création et de délimitation de la paroisse.
  • Juin 1854 : pose et bénédiction de la première pierre
  • 27 décembre 1855 : inauguration de la nouvelle église (l’impératrice Eugénie est la marraine) et installation de l’abbé Coquand par Monseigneur Sibour.
  • 14 janvier 1856 : installation du premier conseil de fabrique, interlocuteur de l’administration pur les biens affectés au culte.
  • 10 janvier 1857 : mariage de Jules Verne avec Honorine de Viane à l’âge de 29 ans.
  • 28 avril 1859 : achat de l’église Saint-Eugène par la ville de Paris, en raison de problèmes financiers.
  • 1952 : le chanoine Bony, curé de la paroisse, demande à Rome l’autorisation de donner à l’église un second vocable, celui de Sainte Cécile patronne des musiciens, en raison de la proximité du conservatoire de musique et de déclamation.
  • 1980 : institution d’une grand-messe en latin par l’abbé Maréchal, avec l’approbation de S.E. le cardinal Marty.
  • 1987 : restauration de l’église.
  • 1989 : En application du motu proprio Ecclesia Dei, S.E. le cardinal Lustiger autorise la liturgie selon le missel de 1962.
  • 2000 : la rue Sainte-Cécile, sur  laquelle s’ouvre le porche principal
    de l’église, a fini par donner son nom  à l’église Saint-Eugène. Au point que dans le quartier – ainsi d’ailleurs que sur certains plans de Paris – on connaît
    plus souvent « l’église Sainte-Cécile » que l’église Saint-Eugène…
    C’est pour cette raison que, par décision de Monsieur le Cardinal
    Archevêque de Paris, la Paroisse porte désormais le double nom de
    « Saint-Eugène-Sainte-Cécile », alors que l’église elle-même demeure sous l’unique patronage de Saint- Eugène.
  • 1er octobre 2000 consécration de l’église. Elle n’était toujours pas
    dédicacée : au siècle dernier, on ne consacrait encore que les églises de
    pierre.
  • 10 décembre 2005 : Messe du Cent Cinquantenaire célébrée par Monseigneur André Vingt-Trois, Archévêque de Paris. Bénédiction de l’orgue.