Les homélies de l’abbé Gabriel Grodziski

Abbé Gabriel Grodziski

Dimanche 13 octobre 2019, 28ème du Temps ordinaire, année C, Forme ordinaire, Lc 17, 11-19

              Les Évangiles ont ceci de merveilleux, qu’au-delà des faits historiques qu’ils nous rapportent, ils contiennent toujours un enseignement spirituel qui nous dévoile un aspect des mœurs de Dieu et nous donne une leçon pour notre salut et notre vie éternelle.

Ainsi, les commentateurs en conviennent, comment ne pas voir dans les 10 lépreux de l’Évangile de ce dimanche, l’évocation de notre humanité pécheresse, atteinte par cette maladie spirituelle, cette lèpre de l’âme qu’est le péché, et que le Christ est venu guérir et sauver ?

            Mais il y a aussi un autre point important évoqué par notre Évangile : c’est celui de l’ingratitude de l’homme vis-à-vis de l’immense bonté de Dieu. En fait, ce thème de l’ingratitude traverse toute la Bible qui est le récit de la miséricorde divine face à l’indifférence et à l’infidélité constantes de l’homme.

            Un ingrat, qu’est-ce que c’est ? Un ingrat, on pourrait dire que c’est celui qui confisque l’amour, le garde pour lui-même et ne le rend pas. Il le met à son service pour satisfaire son bien-être personnel, le considère comme quelque chose qui lui est dû et donc qu’il n’a pas à rendre. Son égoïsme est tel qu’il est incapable d’admettre que dans son essence l’amour est don mutuel et en refusant d’entrer dans ce flux réciproque, en fin de compte il tue cet amour. Nous avons là, depuis le péché originel, tout le drame de la condition humaine dans sa relation au Créateur.

            En ce sens, l’ingratitude peut réellement nous apparaître comme le contraire de la charité. Aussi, si la charité est la vie par excellence de l’âme, l’ingratitude est une maladie mortelle de l’âme, comme une lèpre du cœur. Et justement, si l’on essaye d’exploiter la symbolique de notre récit évangélique, on peut dire que la peau d’un être humain est l’élément corporel par lequel il entre en contact avec le monde qui l’entoure, elle est le point de contact et d’échange physique avec l’extérieur et en particulier avec les autres personnes. La lèpre détruit la peau et isole, coupe le lépreux de la société des hommes, le faisant vivre en reclus dans les léproseries : cette maladie est donc bien l’image de la lèpre de l’âme que constitue l’égoïsme qui nous sépare des autres et dont l’ingratitude est l’une des formes de manifestation la plus dramatique.

            On comprend ainsi que Jésus conclut l’Évangile d’aujourd’hui en affirmant au lépreux reconnaissant : « Ta foi t’a sauvé ». En effet, quand celui-ci se rend compte de la guérison physique dont il vient de bénéficier, son amour de Dieu devient tel, que son 1er réflexe irrésistible est de venir remercier le Seigneur. Non seulement il est guéri de la lèpre corporelle, comme les neuf autres lépreux, mais en plus, en venant remercier le Seigneur et rendre gloire à Dieu, il est entré dans l’échange de l’amour filial avec le Père céleste par le Fils et dans l’Esprit-Saint : la grâce de Dieu habite et demeure dans son âme, il entre dans la communion avec Dieu et obtient le salut éternel. Cette gratitude spontanée et débordante qui le comble de la vie surnaturelle, n’est pas sans nous rappeler celle de Naaman le Syrien, dans la 1ère lecture, qui plein de reconnaissance pour sa guérison miraculeuse, décide de se convertir au Dieu d’Israël, et obtient ainsi après sa guérison physique, le salut de son âme.

Comment ne pas voir à travers ces merveilleux mouvements d’action de grâce, l’image, le reflet du grand cantique d’action de grâce qu’est le chant du Magnificat de la Vierge Marie ? Le magnificat est resté dans la Tradition chrétienne comme le cantique par excellence parce qu’il rend grâce à Dieu pour les merveilles qu’Il a réalisées en son humble servante. Si l’action de grâce est si importante, ce n’est pas simplement parce qu’elle fait partie de la morale la plus élémentaire de la bienséance, de la politesse de base qui caractérise tout être bien élevé qui sait dire merci. Non, l’action de grâce est infiniment plus que cela car elle n’est autre que l’activité même des élus dans l’éternité. Comme nous le montre les passages de l’Apocalypse qui nous décrivent la merveilleuse Liturgie du Ciel, la grande joie des bienheureux dans le Ciel est de remercier éternellement Dieu pour les merveilles qu’Il a réalisées gratuitement dans sa Création. En effet, en réponse aux merveilles que Dieu a accomplies en ses créatures et qui est comme un grand mouvement descendant partant du Créateur vers les créatures, l’action de grâce est le grand mouvement de retour, remontant de la créature vers son Créateur. Et tout comme le mouvement descendant était un mouvement d’amour totalement gratuit, de même le mouvement de retour doit être, lui aussi, pour s’inscrire dans le même élan qui part de Dieu, chargé de l’amour qui sort du cœur de l’être humain pour retourner au Père de tout Don gratuit.

L’action de grâce est donc la réponse libre de l’homme qui reconnait humblement que ce qu’il reçoit de Dieu ne lui est pas dû mais est le fruit de son amour infini pour ses enfants. Par l’action de grâce nous renforçons et affermissons notre relation à Dieu qui constitue en ce monde notre vie spirituelle et qui constituera dans l’autre notre vie éternelle. C’est pour cela que l’action de grâce est fondamentale dans le Salut de l’homme et que c’est uniquement au lépreux qui est revenu se prosterner aux pieds de Jésus pour Le remercier que le Sauveur peut dire : « Ta Foi t’a sauvé ».                                            

                                           

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Fête de Notre Dame du Rosaire, dimanche 6 octobre 2019, forme extraordinaire

La fête de ND du rosaire a été instituée par le Pape saint Pie V pour remercier le Ciel d’une grande victoire navale, remportée le 7 octobre 1571, qui permit de desserrer l’étau par lequel la flotte mahométane tentait d’encercler l’Europe tout particulièrement en prenant possession du bassin méditerranéen, menaçant par-là la civilisation chrétienne. Au préalable, pour remporter cette victoire décisive, le Pape avait préparé le terrain en déployant ses efforts dans 2 directions : sur le plan politique, il avait œuvré à la constitution d’une « Sainte Ligue » regroupant plusieurs états chrétiens qui unirent leurs forces militaires puis, surtout, et ce qui fut déterminant, il organisa une grande campagne du Rosaire comme arme surnaturelle dans ce combat aux arrière-fonds civilisationnels. Il ordonna un jubilé solennel et des prières publiques centrées sur la prière du Rosaire. Ce sursaut spirituel porta ses fruits car la défaite de la flotte turque, qui subit de très lourdes pertes, permit de contenir et limiter sa suprématie à l’est de la méditerranée. Aussi à l’origine, avant de s’appeler ND du Rosaire, cette fête s’intitulait « ND de la Victoire », d’où le titre des églises se mettant sous le patronage de « ND des victoires ».

Dans sa Lettre encyclique sur le Rosaire du 1er septembre 1883, le Pape Léon XIII, pour inciter les catholiques à réciter le chapelet, rappelait avec émotion ce fait historique : « L’efficacité et la puissance de cette prière ont été aussi expérimentées au XVIe siècle, alors que les armées innombrables des Turcs étaient à la veille d’imposer le joug de la superstition et de la barbarie à presque toute l’Europe. Dans ce temps, le Souverain Pontife saint Pie V, après avoir réveillé chez tous les princes chrétiens le sentiment de la défense commune, s’attacha surtout et par tous les moyens à rendre propice et secourable au nom chrétien la toute-puissante Mère de Dieu, en l’implorant par la récitation du Rosaire. Ce noble exemple, offert en ces jours à la terre et aux cieux, rallia tous les esprits et persuada tous les cœurs. Aussi les fidèles du Christ, décidés à verser leur sang et à sacrifier leur vie pour le salut de la religion et de leur patrie, marchaient sans souci du nombre aux ennemis massés non loin du golfe de Corinthe ; pendant que les invalides, pieuse armée de suppliants, imploraient Marie, saluaient Marie, par la répétition des formules du Rosaire et demandaient la victoire de ceux qui combattaient.

La Souveraine ainsi suppliée ne resta pas sourde, car l’action navale s’étant engagée auprès des îles Echinades la flotte des chrétiens, sans éprouver elle-même de grandes pertes, remporta une insigne victoire et anéantit les forces ennemies. »

 Alors, en ce dimanche comment ne pas faire le parallèle avec d’autres combats qui menacent actuellement la culture chrétienne : la grande manifestation de ce jour nous a rappelé d’autres dangers et d’autres enjeux tout aussi cruciaux qui menacent notre société, notre civilisation. Comme en 1571, le combat revêt plusieurs dimensions qui se complètent. Aujourd’hui nous retrouvons des enjeux politiques comparables : par la marche de cet après-midi, les citoyens ont pu mobiliser pacifiquement leurs forces pour exprimer leurs désaccords afin de repousser les tentatives de légaliser des pratiques qui continuent le travail de sape des fondements de la civilisation chrétienne.

Et puis, pour nous catholiques, nous le savons, il y a l’arme décisive de la prière. Quand tout semble être emporté comme dans un mouvement irréversible et irrésistible, alors il ne reste que Dieu qui puisse retourner miraculeusement la situation en stoppant la débandade culturelle et la déchéance civilisationnelle. Dans ce cas la prière peut d’autant plus être efficace qu’elle implore le Ciel pour une cause légitime et grave qu’est la défense de l’Évangile et de la société chrétienne.

En ce mois du Rosaire, face aux grandes menaces, les chrétiens doivent de nouveau, comme autrefois, non seulement regrouper leurs forces politiques en manifestant, comme ils l’ont fait cet après-midi, devant toute la société leur angoisse et leur réprobation de lois qui remettent en cause les fondements naturels de la société tels que voulus et posés par le Créateur, mais surtout aussi ils doivent parallèlement redoubler de zèle et d’ardeur spirituels en profitant du mois du Rosaire pour dire avec fidélité et ferveur cette prière bénie par le Ciel et qui a autrefois permis d’obtenir de si grandes et manifestes victoires sur des forces qui semblaient l’emporter, pour ne pas dire, tout emporter dans leurs assauts.

Profitons de ce mois d’octobre, de ce mois du saint Rosaire pour nous réapproprier cette arme divine qui a sauvée dans le passé notre société chrétienne pour gagner de nouveau ces batailles cruciales pour l’avenir de notre nation. La sainte Vierge est au centre des grands combats contre les forces des enfers et par la récitation du Rosaire nous nous engageons dans cette « armée rangée en ligne de bataille » dont elle est à la tête. Sous un tel commandement, même si le combat est rude et humainement, politiquement en notre défaveur, nous ne pouvons qu’être certains de l’issue favorable.

Car ainsi que l’écrivait saint Louis-Marie Grignon de Montfort : « Le Rosaire est l’arme la plus puissante pour toucher le Cœur de Jésus, Notre Rédempteur, qui aime tellement Sa Mère. »

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Dimanche 29 septembre 2019
26ème du Temps ordinaire, selon la forme ordinaire, Lc 16, 19-31.
Messe de rentrée du groupe Scout Unitaire de France

L’Évangile de ce dimanche nous rappelle avec force le véritable défi de notre vie terrestre : cheminer vers le Ciel, vers la Vie éternelle. Si dans une société chrétienne comme celle des siècles passés, cet enjeu était bien présent, bien ancré dans l’esprit des chrétiens où la culture profondément imprégnée des valeurs de l’Évangile leur rappelait régulièrement cette vérité fondamentale que le seul but, la seule ambition de notre existence terrestre est de gagner notre Ciel ; dans notre société actuelle c’est exactement le contraire qui est mis en avant, pour ne pas dire mis en valeur : comment jouir au maximum de notre vie terrestre : « Buvons et mangeons, demain nous mourrons » (ICor. 15,33) selon la devise de ceux qui ne croient pas en la vie éternelle : c’est ce que nous pourrions appeler, en référence à la 1ère lecture : la culture des vautrés et c’est là le drame du riche de notre parabole, et je pense, fort de mon expérience d’aumônier d’hôpital en unité de soins palliatifs, que nous avons là également l’un des drames de notre société et l’une des racines principales de sa crise actuelle: tout est fait pour nous faire vivre comme si l’homme n’avait pas d’âme spirituelle, comme si ses seuls besoins étaient d’ordre matériel, psychologique et intellectuel en nous faisant oublier que notre existence terrestre nous est donnée par Dieu uniquement pour nous préparer à la Vie éternelle . Nous avons là le pire, oui on peut le dire, le pire des négationnismes, le négationnisme étant cette attitude idéologique qui consiste à nier la réalité, car comme nous l’enseigne Jésus lui-même dans notre Évangile de ce dimanche, ce négationnisme peut mener, si nous n’y prenons garde, à la damnation éternelle, qui est la pire des malédictions qui puisse arriver à un être humain.  

Alors dans cette ambiance négationniste généralisée de notre société, comme nous voulons tous, au moins implicitement, être heureux éternellement, et, comme Lazare, aller auprès de Jésus dans l’éternité, et comme c’est là le souhait le plus profond de tout parent vis-à-vis de ses enfants, le rôle du scoutisme dans l’éducation de la jeunesse de notre pays apparaît non seulement comme un plus, mais comme une réelle chance à saisir et même comme un élément qui devient irremplaçable pour  parfaire l’éducation de leurs enfants et contribuer à former en eux une personne équilibrée en ses différentes dimensions et qui puisse vraiment s’épanouir en ce monde afin de vivre dans la plénitude du bonheur dans l’autre. Oui, la culture scoute est aux antipodes de la culture des vautrés.

Les différentes dimensions de l’être humain font que tout enfant a besoin d’être aidé dans son développement physique et intellectuel mais surtout moral et spirituel car ce sont ces 2 dernières dimensions qui conditionneront son bonheur éternel. Ayons le courage de voir la situation en face : qu’est-ce qui distingue fondamentalement le bienheureux Lazare du malheureux riche : Lazare avait développé la dimension morale et spirituelle de sa personnalité durant sa vie terrestre, vivant les valeurs de l’Évangile, ce qui lui a donné accès au sein d’Abraham alors que le riche avait négligé son âme spirituelle et c’est cela qui l’a mené à sa perte.

Le scoutisme est donc là pour aider l’enfant et l’adolescent à développer toutes les potentialités que Dieu lui a données. Si les dimensions morales et spirituelles sont essentielles pour le Salut éternelle, il est évident que la santé de l’âme dépend aussi de la santé du corps et de notre intelligence : anima sana in corpore sano » (Juvenal, 10ème Satyre). Le scoutisme a pour ambition de développer la dimension physique de la personne par toutes les activités manuelles et sportives qui sont proposées à ses membres, et la dimension culturelle en complétant leur instruction intellectuelle par la connaissance de la nature i.e. de la réalité telle que Dieu l’a voulue et créée comme cadre dans lequel l’homme peut s’épanouir. Comme Dieu est Amour et qu’Il nous aime, ainsi qu’Il nous l’a montré en Jésus-Christ, il est évident que la nature, qui est un Don de Dieu, est là pour nous aider à nous épanouir. Cette nécessité d’enraciner notre culture dans le concret est devenue une urgence dans notre société qui développe une culture du virtuel qui ne peut être qu’une culture de l’illusion et donc in fine de la désillusion et de la déception. C’est dans l’illusion, dans le flou que le démon se cache pour nous tromper.

Le contact avec la nature fait prendre conscience à l’enfant qu’il ne peut se développer et s’épanouir que dans un cadre qui lui est donné par le Créateur, que ce cadre n’est pas là pour brimer sa liberté mais au contraire pour l’aider à l’éduquer selon le plan d’amour de Dieu inscrit dans sa Création ; qu’il existe une vérité objective qui nous vient de Dieu qui est un Don de Dieu, qui est là comme une lumière qui nous guide sur le chemin de la Vie éternelle et qu’il nous faut apprendre à accueillir et à intégrer dans notre vie. Ces considérations ne sont pas secondaires, bien au contraire, car derrière se cachent tous les enjeux des questions de société qui sont débattus depuis plusieurs décennies et qui actuellement font la une des médias. Alors, inculquer ces valeurs chrétiennes aux enfants est d’autant plus nécessaire que la référence culturelle de notre société est celle, au contraire, du pur subjectivisme avec son monde de la virtualité où chacun peut créer ses propres règles de vie selon ses phantasmes, ses caprices et ses pulsions qui, en fin de compte détruise la personne humaine car celle-ci est faite, et donc, doit se construire à l’image et ressemblance de Dieu, i.e. telle que Dieu a disposé la Création. Par-delà ces 2 perspectives éducatives opposées se dessinent non seulement les choix de société mais aussi et surtout les destins individuels, les 2 chemins de vie qui nous sont décrits dans l’Évangile de ce jour : celui qu’a emprunté le bienheureux Lazare et celui qu’a emprunté le malheureux riche.

Qu’y a-t-il de plus beau en ce monde que la beauté d’une âme ainsi épanouie et vivant en Dieu car c’est elle qui fait notre beauté éternelle qui nous plongera dans la beauté de la Communion des saints qui reflètera la beauté de Dieu en ses élus. Aussi on peut le dire, le scoutisme est vraiment une école de la Beauté, mais de la vraie Beauté celle qui nous vient de Dieu car Dieu seul est saint, Dieu seul est beau, cette beauté qui fera notre joie éternelle dans la Vision béatifique.

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Dimanche 22 septembre 2019,
25ème du temps ordinaire, forme ordinaire, Lc 16, 1-13

            Comme nombre de paraboles de Jésus, celle que nous venons d’écouter peut nous mettre mal à l’aise car elle semble faire l’apologie de la malhonnêteté. En fait, bien sûr, il n’en est rien, car il faut d’abord ne pas oublier qu’une parabole est un exemple extrait de la vie de tous les jours pour en tirer avant tout un enseignement spirituel, et c’est ce dernier qui est important, vers lequel Jésus veut nous diriger et qu’il faut retenir.

Effet, le Verbe éternel s’est incarné et a pris chair de la Vierge Marie non pas pour venir nous donner un cours d’économie ou et de gestion, mais pour nous enseigner les mœurs de Dieu afin que nous devenions saints comme le Père est saint et que nous retrouvions notre condition d’enfant de Dieu. Jésus est venu nous enseigner les lois de la gratuité divine qui régissent le Royaume des Cieux auquel notre Baptême nous donne accès dans la mesure où nous vivons selon la morale évangélique qui est plus élevée et transcende la morale mondaine. C’est pour cela que ce qu’il faut essayer de scruter avant tout dans les paraboles que Jésus nous expose, est leur contenu spirituel.

Ainsi, il nous faut le reconnaître, dans le domaine spirituel, nous sommes tous des gérants malhonnêtes de la grâce divine et c’est ce que Jésus veut nous faire comprendre en prenant un exemple concret d’où il peut tirer en le transposant sur le plan spirituel un enseignement évangélique.

              Il y a plusieurs manières, en fait pour un gérant, de tromper la confiance de son employeur :
– ou bien il se désintéresse des affaires de son patron, néglige les intérêts de l’entreprise, ne tient pas les comptes à jour et laisse tout aller à vau-l’eau ;
– ou bien au contraire il s’occupe de très près des affaires de son maître, et je dirais même de trop près, à tel point qu’il en vient plus ou moins consciemment à en considérer une partie comme sienne, à se l’approprier et à détourner à son profit une partie des bénéfices.

Alors, nous, qui sommes par notre Baptême, les intendants des Dons de Dieu, nous pouvons nous-même nous poser la question : comment gérons-nous les Biens de notre Seigneur, ceux qu’Il nous a confiés ? Or malheureusement, il nous faut reconnaître que bien souvent nous pouvons être classés dans la catégorie des intendants infidèles, et que nous sommes pour notre part aussi, doublement infidèles, soit par négligence à l’égard de ce qui nous est confié, soit par appropriation de ce qui ne nous appartient pas. En effet :

– D’abord, il y a donc les négligents qui laissent se perdre les biens que le Seigneur nous a confiés selon les charismes dont nous sommes porteurs : nous déprécions les dons de Dieu en refusant, à nos moments de paresse ou d’indifférence, de les mettre en œuvre et de porter du fruit. En effet nous pouvons être conscient des dons que le Seigneur nous a donnés et ne pas avoir le courage de les mettre à profit, de préférer les plaisirs de ce monde plutôt que l’effort de la vertu. Nous pouvons aussi être indifférent à ces dons, les mépriser comme les enfants gâtés qui considèrent que tout ce que leur donnent leurs parents leur sont dus, dons qu’ils gaspillent inconsidérément en vue d’autres plaisirs plus terre à terre et immédiats.

–  Et puis nous avons la 2nde catégories d’intendants infidèles, ceux qui s’approprient les biens spirituels de Dieu en les utilisant uniquement pour leur propre gloriole, en utilisant pour leur avantage personnel ce qui devrait servir à l’unique Gloire de Dieu. Nous profitons des largesses du Seigneur pour nous faire valoir aux yeux des autres ou nous établir à notre compte en tirant un profit personnel et égoïste. Il y a, là derrière, le grave péché d’orgueil, sur lequel il y aurait beaucoup à dire. A ceux-là, l’Apôtre saint Paul pose la question « Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu ? et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (ICor. 4, 7)

Alors l’habileté à laquelle nous invite Jésus est celle qui consiste à utiliser des biens spirituels qui ne nous appartiennent pas, à savoir la grâce divine, i.e. l’amour de Dieu en notre cœur, pour nous faire des amis dans le Royaume des Cieux, afin qu’ils nous reçoivent quand nous irons au Ciel. Si en ce monde, il est malhonnête d’utiliser le bien d’autrui qui ne nous appartient pas pour le distribuer afin de nous faire des amis, dans le Royaume des Cieux où tout est régi par la gratuité de Dieu qui donne tout gratuitement, à charge pour nous bien sûr de ne pas gaspiller inconsidérément ces biens reçus ; où nous sommes radicalement pauvres, où tout ce que nous sommes, tous les biens que nous possédons, à savoir les vertus, nous viennent de Dieu ; là au contraire il est louable d’utiliser les biens du Maître pour nous faire des amis en Dieu. i.e. nous préparer à la Communion des saints qui fera notre bonheur éternel.

          Ce qui caractérise l’intendant malhonnête est de savoir agir en fonction de son intérêt personnel. Il doit en être de même au niveau spirituel pour les fils de la Lumière : savoir là où est vraiment leur intérêt. Or pour un baptisé, Dieu est son unique fin, son seul intérêt s’il a vraiment conscience de son état de baptisé et des enjeux de son séjour terrestre. Dieu nous donne les moyens de réaliser cette fin, à nous d’être spirituellement habile, plus rusé que le démon, et de savoir les utiliser non pour nous faire des amis en ce monde, car ce monde et les amitiés terrestres passent, ils sont aux mains du prince de ce monde ; mais pour nous faire des amis dans l’autre où nous seront reçus quand le Maître aura décidé de mettre un terme à notre service terrestre.

Car pour nous aussi qui par nos péchés sommes de mauvais gérants des biens de Dieu, il sera mis un terme à notre gestion et nous aurons également à rendre compte pour cette gestion de notre vie terrestre. Alors pendant qu’il en est encore temps sachons, comme je viens de vous l’expliquer, nous faire avec les biens de notre Maître céleste des amis dans les demeures du Ciel afin qu’ils nous reçoivent quand le Maître aura décidé de mettre fin à la gestion de notre vie terrestre qui est le domaine qu’il nous a confié en ce monde.

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Mercredi des quatre-temps de septembre,
Forme extraordinaire,
Mercredi 18 septembre 2019, Mc 9, 16-28

L’Évangile de ce jour nous rappelle cette vérité très importante, que notre société moderne a trop tendance à oublier, à savoir que notre combat en ce monde est fondamentalement un combat contre les forces des ténèbres. Saint Paul est très clair sur ce point : « nous n’avons point à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l’air » (Eph. 6, 12). Ce que veut dire Saint Paul, ce n’est pas, bien sûr, que les péchés de la chair n’existent pas mais que derrière les tentations du corps charnel il y a les esprits malins qui par des images, des sensations, des souvenirs qu’ils excitent en nous, suscitent la convoitise. L’Évangile de ce jour, nous rappelle la place et la responsabilité des forces diaboliques dans les épreuves qui parsèment toute existence terrestre. Tout mal, qu’il soit spirituel, psychologique ou même physique n’a qu’un seul père : l’antique ennemis, le démon.

Malheureusement, dans ce combat, le diable peut compter sur des connivences qui sont en nous et qui nous trahissent. Et à chacun d’entre nous Jésus peut dire : « O Génération incrédule, combien de temps devrais-Je vous souffrir ? ». Nos péchés, nos mauvaises habitudes laissent des traces en nous dans notre psychologie, dans nos souvenirs, dans notre corps où les passions du monde ont trouvé refuge et que seul un long travail de pénitence et de vie de prière peut effacer progressivement. C’est à cela que fait allusion Jésus dans la conclusion de notre Évangile : « On ne peut chasser ce genre de démon que par la prière et le jeûne ». C’est aussi pour cela que nous demandons à Dieu dans l’oraison dominicale non seulement de ne pas nous laisser succomber à la tentation mais aussi de nous délivrer du mal, de ce mal qui est en nous et qui constitue comme un territoire que nous avons cédé, pour ne pas dire concédé, à l’ennemi du genre humain, un état dans l’état de baptisé que nous sommes devenus le jour de notre Baptême. Plus nous tombons bas et plus nous demeurons longtemps dans les fanges d’une vie immorale, plus la remontée demande un effort important. L’exemple de Marie-Madeleine est là pour nous le montrer : il lui fallût de longues années de pénitence, de recluse  à la Sainte-Baume pour arracher les dernières racines du mal que les 7 démons qui l’avaient habitée avaient profondément enfuies en son âme et retrouver une pureté d’enfant de Dieu qui lui valut une place choix auprès de son Jésus, de son rabbouni, déjà dès ici-bas mais surtout au Ciel, comme récompense d’un combat héroïque.

Dans ce combat, il existe une arme que l’Eglise depuis la plus haute antiquité a eu à cœur de proposer à ses enfants : c’est la semaine des 4 temps qu’elle a disposée au tournant de chaque saison comme pour rappeler à ses fils que le temps et la nature ne leur appartenaient pas mais qu’ils devaient les consacrer en prémices au Créateur tout-puissant, par un moment de prières et de pénitences, afin que le Seigneur les bénisse, et comme nous le promet aujourd’hui Jésus, nous donne la force de mener le combat contre les ennemis de notre âme. Au sanctoral et au temporal qui règlent l’année liturgique de tout chrétien digne de ce nom, s’ajoute ainsi ce cycle lié lui à la nature dans sa révolution annuelle et qui nous rappelle que celle-ci est un don de Dieu.

A une époque bizarre comme celle que nous vivons aujourd’hui, où l’Église, à la remorque du monde, essaye d’inventer je ne sais quelle théologie de l’écologie en essayant d’en trouver les bases dans une culture amazonienne, malheureusement habitée par les forces des ténèbres, n’avons-nous pas là dans la spiritualité de nos semaines des 4 temps, la vraie et authentique écologie catholique qui s’enracine en Dieu via la sainte Liturgie remontant aux sources de la Tradition chrétienne et qui a nourrit tant de générations de baptisés, les appelant 4 fois l’an, i.e. à l’orée de chaque saison telle que sagement disposée par le Créateur, à offrir en sacrifice de prémices intérieures par la prière et de prémices extérieures par le jeûne les richesses que le Père éternel leur distribue si miséricordieusement pour cheminer le long de leur pèlerinage terrestre ? Après avoir jeté aux orties cette magnifique dévotion des 4 temps comme celle d’un autre temps révolu, l’Eglise n’aurait-elle pas intérêt plutôt que de chercher dans je ne sais quelles racines de je ne sais quelle culture païenne amazonienne où le démon règne en maître, à retrouver ses propres racines bénies car authentiquement chrétiennes ?

Aussi, c’est tout à l’honneur de la paroisse de Saint Eugène-Sainte Cécile que de solenniser cette magnifique liturgie des 4 temps pour mieux mettre en valeur les richesses qu’elle contient et nous aider dans notre sanctification.

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Notre-Dame des Sept Douleurs – 15 septembre 2019 – Forme extraordinaire

Même si cela peut paraître au 1er abord quelque peu incongru, c’est avec un réel contentement que je célèbre aujourd’hui avec vous la fête de ND des 7 douleurs. En effet, d’un côté pour nous qui aimons tendrement notre Mère du Ciel, c’est toujours un sujet de peine et d’amertume que de rappeler à notre conscience ce que ND a souffert au pied de la Croix pour nous, pour ses enfants pécheurs. Mais, d’un autre côté, comme pour son Fils avec la célébration liturgique du Vendredi saint ou de la fête de l’exaltation de la sainte Croix hier, cette commémoration d’aujourd’hui nous rappelle que nous sommes aimés à un point tel par Dieu en son Fils et par la Mère de Dieu, que ceux-ci ont volontiers, chacun à sa place et sa façon, accepté les plus cruelles souffrances pour chacun d’entre nous alors qu’ils étaient tout 2 totalement innocents et irresponsables de nos fautes.

Tout comme le Christ fut transpercé par la lance et que de là coula le sang signe de la vie de la grâce déversée sur l’humanité, de même la Vierge est vraiment notre Mère car elle nous a enfantés à la vie de la grâce dans la souffrance de l’enfantement par son cœur transpercé d’un glaive de douleurs. Ceci nous fut explicitement manifesté quand le Christ du haut de la Croix dit à l’Apôtre St Jean et à travers lui à chacun d’entre nous « Voici votre Mère ».

Dieu a voulu par un privilège inestimable que la Mère du Sauveur fut associée à toutes les grandes étapes de la vie de son Fils et tout particulièrement à sa Passion. C’est ce que nous commémorons aujourd’hui en la fête de notre Dame des 7 douleurs.

Marie est Mère de Dieu : c’est là son titre principal qui marque toute sa vocation de créature et qui la place dans une relation unique avec le mystère de l’union hypostatique. Le lien de maternité qui la lie à son Fils est tout pour elle, les autres privilèges ou états (son immaculée Conception, sa virginité, son mariage avec Joseph…) en dépendent ou sont au service de sa maternité divine

Ainsi Marie est intiment liée aux 2 mystères fondamentaux de son Fils : l’Incarnation et la Rédemption : et c’est le lien avec ce 2nd mystère que nous célébrons aujourd’hui. Mais on ne peut parler de celui-ci sans évoquer le 1er. Dans le mystère de l’Incarnation Marie obtient le titre de Mère de Dieu : le Verbe éternelle prend chair d’elle et en elle. L’humanité que Jésus-Christ assume est celle qu’Il reçoit de la Vierge Marie. Mais l’humanité qu’Il offre en sacrifice sur la Croix est aussi celle qu’Il a reçu de sa Mère au jour de l’Incarnation. Ce qui montre bien la relation étroite de l’Incarnation avec la Rédemption. L’Incarnation est en vue de la Rédemption qui est le mystère pour lequel Jésus est venu en ce monde afin de nous racheter du péché originel et nous rouvrir les portes du Paradis qui nous avaient été fermées par la faute de nos 1ers parents. Si Marie est Mère dès l’instant de l’Incarnation, Marie n’a jamais été plus Mère qu’au pied de la Croix. Et là le titre qui lui est donné est celui de Corédemptrice. Si au moment de l’Incarnation Marie acquiert le titre unique de Mère de Dieu, au pied de la Croix, elle acquiert le titre non moins unique de Corédemptrice par lequel elle devient Mère de tous les baptisés.

Le Lien qui unit Marie à son Fils Jésus sont à ce point constitutifs de leur humanité respective qu’il est indissoluble. Or, comme cela est rappelé lors de la célébration du Sacrement de Mariage, ce qui caractérise le lien indissoluble est qu’il est « pour le meilleur et pour le pire » car, si le meilleur est nécessaire pour avoir des moments de bonheur qui préfigurent le bonheur éternel et authentifie ce « meilleur » comme un réel Don de Dieu ; c’est dans « le pire » que se vérifie la profondeur et la solidité du lien et la fidélité nécessaire au respect de cette indissolubilité. En disant son « oui » au représentant du Dieu, l’Archange Gabriel, Marie est devenu l’Epouse du Saint-Esprit, elle a conçu de Lui et le Verbe s’est fait Chair : c’est là le mystère de l’Incarnation, l’évènement joyeux. Mais c’est au pied de la Croix que la fidélité du Oui de Marie s’est vérifiée comme indéfectible : c’est dans l’épreuve du feu qu’est vérifiée la pureté de l’or, qu’est vérifiée la pureté de nos sentiments. Après le meilleur vint le pire comme en toute vie.

En tant qu’Immaculée, Marie n’a pas été touchée par le péché originel : aussi son enfantement au jour de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ fût sans douleur, avec en plus pour elle le privilège de la Virginité non seulement ante partum, mais aussi in et post partum. Mais par contre, à cause de nos péchés, ce fut dans la douleur qu’elle nous enfanta au pied de la Croix à la Vie de la Grâce. Quel fut la plus grande souffrance de Jésus ? Je pense que nous pouvons l’affirmer sans risque de nous tromper : ce fut de voir sous ses yeux la souffrance inouïe de la créature qu’Il aimait le plus, de voir sa Mère tant aimée transpercée par un glaive de douleurs. Mais tout comme il fallait que Jésus souffrît pour entrer dans sa gloire, il fallait selon la même Sagesse divine que Marie souffrît elle aussi atrocement de voir son Fils sur la Croix : quel plus grand supplice pour une mère que de voir son fils unique qu’elle aime tendrement pendu au gibet de la Croix. Pour qu’il n’y ait aucun de doute sur la réalité de ce titre de Corédemptrice, je dis cela parce certains théologiens en doutent encore, et aussi pour que la Vierge se prépare à son Sacrifice, l’Esprit-Saint a illuminé le vieillard Siméon afin qu’il annonce à la Vierge son immolation future au pied du la Croix, à l’instar de Jésus qui prophétisera sa Passion aux Apôtres : « Un glaive de douleurs vous transpercera le cœur ». Du reste, ce titre de Corédemptrice traverse tout l’Ancien Testament avec d’abord le témoignage de ce que les exégètes appellent le Proto-Evangile par lequel, selon la version de la Vulgate, Dieu annonce au serpent juste après le péché originel que la Femme l’écrasera de son talon : « Elle t’écrasera la tête du talon ». La lecture de cette fête est un autre exemple qui annonce en Judith, la Victoire de la Nouvelle Eve sur les ennemis du Peuple de Dieu.

Ainsi, à la suite de toute la Tradition, le dernier Concile nous enseigne dans sa constitution Lumen Gentium : « Marie souffrit cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de la chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots : “Femme, voici ton Fils” ».

Tout comme Marie, de par le mystère de l’Incarnation après avoir enfanté son enfant Jésus, est lié à son Fils au pied de la Croix, nous aussi, qui avons été enfantés à la vie de la grâce par Marie, nous devons être liés à elle au pied de la Croix, tel saint Jean, le fils qui lui fut donné par Jésus du haut de la Croix. Là où Jésus est passé, il fallait que Marie passât. Là où Marie est passé à la suite de son Fils, il faut que l’Église passe.

L’Église militante est au pied de la Croix avec Marie, comme saint Jean au jour de la Passion. Mais il est des périodes où cette présence au pied de la Croix est plus forte, comme par exemple aux moments des persécutions. Ce n’est pas la peine, je pense d’aller chercher des exemples bien loin dans l’histoire. Soyons franc et lucide : avec le synode pour l’Amazonie qui débutera dans quelques semaines, l’Église n’entre-t-elle pas, à son tour, à la suite du Rédempteur et de la Corédemptrice, dans son Vendredi Saint ? Un glaive douleur n’est-il pas en train de lui être préparé pour s’enfoncer en plein cœur ? Dans une interview récente au sujet de son dernier livre, le Cardinal Sarah le déclarait explicitement : « L’Église est plongée dans l’obscurité du Vendredi saint».

Dieu a voulu la Passion de son Fils et la Compassion de sa Mère au Pied de la Croix. Marie est l’image de l’Église : là où Jésus est passé, sa Mère qui lui est intimement lié est passé, et l’Église, à son tour, doit les suivre.

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Dimanche 8 septembre 2019 – Lc 14, 25-33 Forme ordinaire

L’Évangile de ce dimanche, vous l’avez sûrement remarqué, comporte 2 parties distinctes mais reliées et complémentaires. Pour ne pas être trop prolixe, je m’arrêterai sur la 1ère partie.

Celle-ci nous rappelle une vérité importante que nous connaissons bien car elle est évidente pour tout chrétien. Mais ce sont, justement, les vérités les plus évidentes que nous avons le plus tendance à oublier et qu’il faut régulièrement rappeler car elles sont, en tant qu’évidentes, fondamentales. Comme le dit l’expression : cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant. Cette vérité est que la Croix est au centre de toute vie en particulier de toute vie chrétienne ; ou plus exactement si la Croix est au centre de toute existence en ce bas-monde, accepter volontiers de porter sa croix est le signe distinctif du chrétien qui désire suivre Jésus joyeusement. Et nous sommes là au cœur de l’enseignement de cette 1ère partie de l’Évangile de ce dimanche qui est centrée sur le mystère de la Croix. Fuir sa croix, ce qui est d’une certaine façon humainement compréhensible, est, en fait, le signe d’une foi superficielle, mondaine, est le signe d’une croyance paganisée, diluée, qui a perdu son sel évangélique, qui n’est pas enracinée profondément dans l’amour du Christ mais dans l’amour de ce monde que l’on fait passer pour de l’amour de Dieu.

Jésus est très clair : celui qui ne me préfère pas, même à sa propre vie, i.e. à ce que nous possédons de plus précieux, ne peut pas être mon disciple. Bien sûr, si nous posons notre existence en ce monde comme un absolu, cette exigence du Christ peut apparaître excessive et irrespectueuse de notre dignité humaine. En fait, cette exigence de Jésus n’est rien d’autre que celle de l’amour évangélique, qui est don et que Jésus-Christ a vécu et est venu nous enseigner. En effet, Dieu seul est vie au sens plénier et absolu en tant qu’il est Trinité, Père et Fils et Saint-Esprit, qui dans leurs Dons réciproques d’Amour constituent la Vie divine et l’unique source de toute vie créée, et donc l’unique source de notre vie. En nous créant, Dieu nous fait participer à sa Vie, à son Être comme disent les philosophes.

Nous ne sommes donc pas les propriétaires mais uniquement les locataires d’une vie qui nous est octroyée par Dieu et surtout en Dieu, en tant que nous participons à sa Vie : c’est cela qui est important de comprendre. Dieu est tout et nous ne sommes rien sans Lui : Il nous a tiré du néant. Par notre vie, nous vivons d’une certaine façon chez Dieu : la vie que nous recevons de Dieu, nous fait participer à un certain degré à la Source de toute vie qu’est la Vie de la Sainte trinité, et nous sommes comme logé chez Dieu.

En nous invitant à préférer Le préférer à notre vie, en fait Jésus-Christ qui est Dieu nous invite à prendre conscience de cette réalité ontologique qui caractérise le fond de notre être : à savoir que d’une part, nous ne sommes pas propriétaire de notre vie, elle appartient à Dieu seul et donc notre vie ne doit pas être un absolu pour nous, Dieu seul est l’Absolu ; et d’autre part : il est normal de préférer l’Auteur de la Vie, qui est la Vie incréée, la Vie éternelle et bienheureuse, à notre pauvre vie créée et surtout depuis le péché originel, une vie mortelle marquée par la misère en ce bas-monde, d’autant qu’un jour ou l’autre, il nous faudra quitter cette vie terrestre.

En fait derrière cette préférence, ce renoncement à nous même, il y a une invitation à monter plus haut dans la participation à la Vie de Dieu, à monter plus haut dans la hiérarchie de la vie, à monter en quelque sorte d’un étage dans la Vie en Dieu, dans la vie chez Dieu. En clair, en préférant Dieu à toutes nos attaches naturelles, comme nous le demande Jésus dans notre Évangile, nous acceptons de renoncer à l’étroitesse du lieu de notre vie mondaine, horizontalisée pour aller loger chez Dieu en des lieux spacieux plus amples car plus spirituels.

Je dis : « nous acceptons de renoncer », car Dieu nous a créés libres : notre degré de participation à la vie de Dieu dépend de nous, de nos choix. Si nous préférons les petites joies de ce monde, nos petits égoïsmes, alors nous continuerons à loger dans les parties basses de la vie créée par Dieu et en Dieu. Par contre si nous renonçons librement, joyeusement à ce logement de pauvreté, parce que justement, par une grâce de lucidité, nous avons compris son indigence, alors Dieu, par sa grâce nous fait monter et accéder en des étages supérieurs dans ses demeures divines.

Mais derrière tout renoncement, et là nous revenons directement à notre Évangile, il y a la Croix ou si vous préférez la Croix est le nom chrétien, depuis que Jésus l’a sanctifiée sur le Golgotha pour désigner le renoncement à des joies inférieures afin d’accéder à un bonheur supérieur. Par la Croix, Jésus nous a ouvert de nouveau la porte du Ciel fermée par le Péché Originel et c’est par notre croix que nous pouvons nous aussi emprunter le même chemin en le suivant et donc être son disciple et accéder au Royaume des Cieux, qui ne l’oublions pas commence déjà en nous dès ici-bas. En renonçant aux avantages d’une vie de facilités, de futilités, d’égoïsmes, en prenant notre croix nous suivons le Christ qui nous fait entrer dans le royaume des Cieux : nous devenons locataire du Royaume des Cieux.

Et ceci nous renvoie à la belle fête que nous allons fêter à la fin de la semaine : la fête de la Croix glorieuse. Pour nous chrétiens la Croix est glorieuse car la croix est le seul chemin vers la Gloire du Ciel. Si Jésus a voulu subir le terrible martyre de la Croix, c’est pour nous enseigner cette vérité centrale qu’Il nous rappelle dans notre Évangile de ce dimanche : par sa Croix, Jésus nous ouvre le chemin vers la Gloire du Ciel et nous pouvons Le suivre si nous aussi nous acceptons de prendre librement et joyeusement ce même chemin, celui de la Croix glorieuse, celui de notre croix glorieuse.  

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Dimanche 1er septembre 2019 – Lc 10, 23-37, Messe selon la forme extraordinaire

La parole de Dieu est faite pour résonner dans le cœur de l’homme. En effet, en tant que Parole de Dieu qui est Amour, elle sort du Cœur du Père céleste comme un Don fait à ses enfants  et elle est faite, elle est prononcée par Dieu pour aller résonner dans un autre cœur, celui de l’homme, et ce d’autant plus que nous-même nous avons été façonnés par une Parole divine : l’âme de chacun d’entre nous a été créée par une Parole divine sortant du cœur de Dieu  et nous sommes faits, notre âme spirituelle a été pétrie pour résonner intérieurement par connaturalité à la Parole de Dieu.

Chaque passage des Saintes Écritures, et spécialement ceux qui nous ont été préparés maternellement par l’Église dans sa sainte Liturgie, ceux que nous venons écouter lors de la Messe du dimanche et qui nous sont proclamés ou chantés solennellement par le prêtre ou la schola, sont notre manne dominicale descendue du Ciel, mais aussi ont été déposés par notre sainte Mère l’Église dans le cœur de ses enfants afin de pétrir et façonner leur âme à l’image et ressemblance de leur Père céleste pour qu’ils résonnent toujours d’avantage et chantent dans la Communion des Saints la Gloire de Dieu qui remplit l’univers.

Et La Parole de Dieu étant d’une richesse infinie en ses modes de résonances, elle est capable de s’adapter à chaque cœur qui l’écoute et qui la reçoit pour résonner en lui de façon toute personnelle, tout à fait adaptée à lui, comme si elle ne s’adressait qu’à lui seul et avait été faite uniquement pour lui.

Un homme n’est vraiment humain au sens plénier du terme, i.e. au sens voulu par Dieu et qui est celui de sa pleine conformité à sa vocation d’enfant de Dieu, que dans la mesure où il accueille, se laisse nourrir, illuminer et façonner par la Parole de Dieu. L’exemple par excellence nous est donné par la Mère elle-même de Jésus lorsqu’elle répond à l’Archange Gabriel : « qu’il me soit fait, qu’il m’advienne selon votre parole » et un peu plus tard lors des noces de Cana, aux serviteurs, elle ne donne qu’un seul conseil : «  faites tout ce qu’Il vous dira » i.e. : faites tout selon sa Parole, selon la Parole de Dieu car nous le savons cette parole de Dieu dont je vous parle depuis le début n’est autre que Jésus-Christ Lui-même, le Verbe éternel de Dieu incarné.

Alors, on peut comprendre la Béatitude que Jésus proclame au début de notre Évangile de ce dimanche, qui est la Béatitude de ceux qui L’accueillent en tant que Parole divine incarnée : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont point vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont point entendu ».

Alors, comment, en ce 1er dimanche par lequel la Providence divine m’appelle à inaugurer mon ministère de vicaire en cette paroisse, oui, comment ne pas être interpellé au plus profond de moi-même par l’Évangile de ce jour, et ceci à un double titre. : d’abord en tant qu’il est Parole de Dieu qui s’adresse à tout homme comme je viens de vous l’expliquer, et puis tout particulièrement pour ce qui me concerne en tant qu’il donne une enseignement tout spécial sur les différentes attitudes que le pasteur peut adopter vis-à-vis des âmes que le Seigneur met sur son chemin et dont certaines sont à demi-mortes à la vie de la Grâce. Que doit-il faire ? Doit-il passer son chemin avec mépris voire même avec dégout ou doit-il au contraire s’approcher et se laisser attendrir ?

En effet, le prêtre a pour mission 1ère le soin des âmes qui sur le chemin de la vie quotidienne subissent les attaques sournoises du démon qui les agressent parfois si sauvagement, avec une telle violence qu’elles demeurent à demi-mortes à la Vie surnaturelle sur le bord du chemin de leur existence terrestre. Oui, en ce 1er dimanche que je partage avec vous, je ne peux qu’être profondément interpelé par cet Évangile qui résonne au plus profond de mon âme sacerdotale.

Le hasard n’existant pas, ce que l’homme cache derrière le terme fourre-tout hasard n’étant rien d’autre que la complexité pour lui du Plan divin qui échappe à sa raison naturelle, la Providence divine dans son infaillible précision et toute-puissance, nous place dans des conditions de vie bien précises de telle sorte que le prochain pour chacun d’entre nous n’a pas à être chercher, rechercher dans je ne sais en quel lieu lointain que notre imagination très fertile est tout à fait capable d’imaginer, mais là où le Seigneur nous place : d’abord dans notre famille, dans notre communauté, puis chez nos amis, dans le lieu de notre habitation, de notre travail, ou aussi là où nous sommes amenés à nous déplacer, à voyager comme c’est le cas dans notre Évangile : c’est là que le Seigneur nous attend concrètement et qu’il nous fait passer sur le chemin où se trouve notre prochain.

Ainsi, pour le Prêtre, le prochain est avant tout celui qu’il rencontre dans le lieu de son ministère, là où le Seigneur l’envoie : pour le Curé ou le vicaire, ce lieu privilégié est celui de sa paroisse : c’est là qu’il est amené à rencontrer les âmes que le Seigneur met ordinairement sur sa route, qui dans le cadre du ministère que Dieu lui a confié par l’entremise de ceux qui ont autorité dans l’Église, sont son prochain pour lequel il aura à déployer les énergies et les grâces que le Seigneur lui donne et pour lequel il aura compte à rendre au jour de son jugement.

Priez pour moi pour que le Seigneur me donne la compassion des âmes, que je me laisse aussi fasciner et façonner par sa Parole afin qu’elle me donne la ressemblance du bon samaritain mais que je ne me donne pas celle du personnel clérical qui après avoir rempli administrativement ses fonctions au Temple de Jérusalem, passe sa route et se tient loin des âmes attaquées en chemin par le démon sans voir que les 2 missions, celle du culte et celle du soin des âmes, sont liées et complémentaires.

Il faut donc la compassion des âmes, mais cela ne suffit pas, il faut aussi la force pour les tirer jusqu’à l’auberge du Seigneur et là les ressources nécessaires pour que les soins spirituels leur soient conférés. De nouveau je vous le demande, priez, ici pour la sanctification du votre clergé car ce qui est arrivé sur le chemin de retour de Jérusalem à ce pauvre voyageur descendant de Jérusalem, cela aurait pu aussi arriver au Prêtre ou au Lévite qui passaient après lui.

L’Église militante en ce monde est de nos jours férocement attaquée de toute part et c’est par la force de la Communion des saints qu’elle peut résister et repousser les attaques du monde des enfers qui triomphe ici et là avec d’autant plus de succès, que les murailles ont été disloquées par un demi-siècle de crise qui en ont ébranlé les fondements, ceux de la doctrine et des institutions.

Ce que ne nous dit pas la parabole et que l’on peut malheureusement imaginer, est que peut-être que ce voyageur descendant de Jérusalem a été imprudent et n’a pas pris les précautions nécessaires pour ce genre de voyage, comme voyager en groupe ou avoir de quoi se défendre, ce qui transposé sur le plan surnaturel signifie vivre dans la Communion de l’Église où la Charité qui unit les membres s’enracine dans la Vérité, et aussi recevoir d’elle la force des Sacrements et des autres moyens spirituels de sanctification. Ce qui contribue à la force des âmes est la sainteté de son clergé, mais aussi ce qui contribue à la force du clergé est la sainteté du troupeau qui, à sa place, œuvre, spécialement au moyen de la prière, à protéger les pasteurs des attaques du monde des enfers. L’Église, en effet, comme nous l’enseigne saint Paul, est un corps organisé selon le Plan divin et la faiblesse de l’un de ses membres fragilise l’ensemble du corps. Bien sûr, les défaillances de la tête, de la raison ont des conséquences bien plus graves, bien plus dramatiques sur le salut de l’ensemble du Corps ecclésial que les défaillances des autres membres. Cependant, il n’empêche que si pour le Prêtre ses paroissiens sont son prochain, l’inverse est également vrai : pour les paroissiens leurs pasteurs sont leur prochain.