Les homélies de l’abbé Gabriel Grodziski

Abbé Gabriel Grodziski

Dimanche 17 novembre 2019, Solennité de Saint Eugène, forme extraordinaire

L’Église n’a eu de cesse de tenir en grande vénération les saints martyrs des 1ers  siècles car elle a toujours eu une conscience aigüe que l’effusion de leur sang les conformait au plus haut point au Roi des martyrs, achevant, à l’instar de leur Seigneur, leur mission terrestre dans l’apothéose du sacrifice total de leur vie et qu’ainsi ils continuaient à diffuser dans le temps et l’espace l’œuvre fondatrice de la Nouvelle Alliance scellée dans le sang de l’Agneau. Issue du côté transpercé du Christ, l’Église a déployé ses potentialités dans une Évangélisation attestée et dynamisée par le témoignage jusqu’au martyre de ses pasteurs. Nous connaissons bien l’antique adage : « sanguis martyrum, semen christianorum ».

Ces grands témoins de l’Évangile, marchant sur les trace de leur Seigneur et fidèles jusqu’au bout à l’exemple qu’Il leur a laissé, nous ont montré que l’évangélisation ne consiste pas à se mettre gentiment à l’écoute des peuples afin de recevoir et d’assimiler leurs coutumes et pratiques païennes comme on aimerait à nous le faire croire dans la nouvelle pastorale issue du dernier synode mais bien au contraire, dans son soucis de mettre en application l’ordre de Notre Seigneur Jésus-Christ de porter l’Évangile dans son intégralité et dans toutes ses exigences aux quatre coins du monde, ils ont toujours eu pour objectif 1er de renverser les idoles qui se présentaient devant eux, n’hésitant pas même parfois à recourir à une certaine violence exprimant une sainte colère contre les démons. En cela ils ne faisaient qu’imiter Notre Seigneur Jésus-Christ qui armé d’un fouet reflétant son indignation chassa du temple ceux qui avaient transformé la maison de son Père d’un lieu de prière en maison de commerce et de rapine. Alors que dire quand il s’agit du commerce avec le diable pratiqué par les religions païennes !

Des exemples laissés par ses illustres évangélisateurs, l’Église a appris à se méfier avant tout des pratiques locales qu’elle trouvait sur les terres de 1ère évangélisation dont la culture, privée des lumières purificatrices de la Révélation judéo-chrétiennes, demeurait sous l’influence du prince de ce monde, et loin de refléter le mythe du bon sauvage, était, au contraire, profondément imbibée par les pratiques multiséculaires des rites idolâtres et démoniaque.  Aussi pour sauvegarder la pureté de l’Évangile, elle jugea qu’il était plus sage d’imposer comme expression liturgique de l’annonce sans concession de la Bonne Nouvelle, la tradition cultuelle des évangélisateurs qui issue de la pratique apostolique et de son développement organique homogène avait été gardée pure de toute souillures et d’erreurs.

Si je vous dis tout cela, vous l’avez bien deviné c’est parce que nous trouvons là ce qu’enseigna et pratiqua le saint Patron de notre église, saint Eugène, que nous sommes heureux de fêter aujourd’hui avec solennité, en rappelant les exemples de Foi et de courage qu’il nous a laissés et qui demeurent pour nous des guides assurés pour notre action pastorale. Car nous aussi, comme lui, nous sommes confrontés à une société païenne, ou plus exactement, à une société qui ayant rejeté sa culture chrétienne, est redevenue païenne et est malheureusement fière de l’être et considère son apostasie comme une libération.

En évoquant ce drame, on ne peut s’empêcher de penser à la révolte des princes évoqués par le Ps 2ème : « Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples médité des choses vaines ? Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ. Rompons leurs liens, ont-ils dit, et rejetons loin de nous leur joug. Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, et le Seigneur se moquera d’eux. » (v.1-4)

C’est là une loi universelle : la nature a horreur du vide. En chassant le Christ de notre culture nationale, notre société a fait la part belle à ses ennemis. Et alors comment ne peut-on pas rire en effet, comme nous y invite le Psaume, et nous moquer de l’exemple donné au plus niveau de l’État il y a encore quelques semaines par un ministre exprimant sa sympathie pour la magie et la sorcellerie et s’associant aux centaines de personnalités ayant signé une tribune au titre évocateur « Sorcières de tout pays, unissons-nous » afin de « réhabiliter la figure de la sorcière ». Oui, comment ne pourrions-nous pas en rire si ce fait divers ne nous montrait clairement la réalité affligeante de l’effondrement religieux de notre pays et de sa paganisation en profondeur.

Ainsi, comme au temps de saint Eugène, Il nous faut de nouveau lutter contre le paganisme ambiant qui a installé ses idoles, celles de la culture de mort. Si Dieu est l’unique source de la Vie car ainsi que nous le rappelait l’Épître, « tout Don parfait vient d’en-haut, descendant du Père des Lumières », le diable, lui, est le prince de la mort, et si une culture de la Vie ne peut s’enraciner qu’en Dieu, celle de la mort est un culte rendu aux démons. Nous le voyons si les idoles ont pris au cours du temps des aspects différents, car le démon a plus d’un tour dans son sac, en fait elles ont toutes un point commun qui est de mener à la mort : soit la mort physique, comme par exemple lors des sacrifices humains des rites païens, soit et, ce n’est pas moins horrible et grave, à la mort spirituelle, qui peut être éternelle en cas de non repentir pour un chrétien se laissant séduire et abuser par les pratiques occultes.  

Si le renouveau de la sorcellerie lié à halloween, à Harry Potter… est ridicule et peut faire sourire dans un 1er temps jusqu’au bon Dieu Lui-même, ainsi que nous le relatait le Ps n° 2, ensuite, comme les conséquences sont gravissimes, ainsi que je viens de le dire, ce même Psaume nous indique que le Seigneur nous avertit en ces termes : « Et maintenant, ô rois, comprenez ; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. Servez le Seigneur dans la crainte, et réjouissez-vous en Lui avec tremblement. Embrassez la doctrine, de peur que quelque jour le Seigneur ne s’irrite, et que vous ne périssiez hors de la voie de la justice. Lorsque sa colère s’enflammera en un instant, heureux tous ceux qui se confient en Lui. » (v. 10-13)

Dans une société qui a perdu ses repères objectifs donnés par la Révélation judéo-chrétienne, et qui, alors, dans un relativisme généralisé, cherche à en poser d’autres qui ne viennent pas de Dieu, et qu’elle tente d’imposer dans le cadre d’une pensée unique, il nous faut, au milieu de cette grande confusion qui s’introduit même au sein de l’Église, demeurer ferme dans la Foi. Aussi, à cet égard, l’exemple et le patronage de saint Eugène demeure, spécialement pour notre paroisse, vital. Aimons à répéter comme prière lorsque que nous visitons la chapelle qui lui est dédiée dans notre église paroissiale et qui se trouve à droite du chœur, coté épître, et ce aujourd’hui d’autant plus que ses reliques y sont exposées, oui aimons à prier saint Eugène en lui disant l’oraison de sa fête que nous avons entendu comme collecte de cette Messe : « Dieu qui nous entoure et nous protège par la confession glorieuse de ton martyr, le bienheureux Eugène, accorde-nous que son intercession nous réjouisse et que sa prière nous soutienne. »

Oui, saint Eugène nous a été donné par l’Église comme protecteur et gardien tout spécial de notre paroisse. Ainsi que nous le rappelle en particulier la séquence, sa gloire est d’être demeuré ferme dans la Foi face au paganisme de la société de son époque. Dans une ambiance sociétale en bien des points comparables, qu’est la nôtre, quel meilleur intercesseur et meilleur soutien notre paroisse ne peut-elle avoir que saint Eugène à la fois proche de Dieu par sa sainteté et proche de nous par son patronage et son soucis pastoral de christianiser la société païenne de son temps et, donc, celle de notre temps.

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Dimanche 10 novembre 2019, 32ème du temps ordinaire, forme ordinaire, Lc 20, 27-38

          Le passage d’Évangile que nous venons d’écouter est intéressant en particulier parce qu’il nous met en garde contre tous nos raisonnements réductionnistes qui ont pour ambition d’enfermer Dieu dans l’étroitesse de notre intelligence humaine. Il faut d’abord reconnaître que l’argumentation des sadducéens est bien menée et semble imparable cependant elle se développe sur le plan purement humain, dans l’horizontalité de notre monde matériel et donc elle n’a pas de prise sur les réalités surnaturelles de la vie éternelle qui ne peuvent être enfermées dans une logique, qui est certes de rigueur, mais qu’elles transcendent de toute part. Et c’est bien ce que Jésus essaye d’expliquer à ses interlocuteurs. Les notions que nous utilisons dans notre vie quotidienne ou dans nos échanges intellectuels, sont tirées de notre expérience terrestre et sont donc liées à notre cadre spatio-temporel. Vouloir exprimer pleinement les réalités du Royaume des cieux avec ces notions humaines comme prétendent le faire les sadducéens de notre Évangile, c’est prendre le risque d’horizontaliser le transcendant et donc d’être complètement dans l’erreur comme le leur montre et leur fait remarquer Jésus dans un passage parallèle en saint Marc.

          La vie éternelle est au-delà de notre espace-temps et transcende donc toute connaissance que nous pouvons en avoir à partir de notre pauvre compréhension humaine. Si Jésus aime à utiliser des paraboles pour parler du Royaume des Cieux, c’est justement parce que ce dernier ne peut être décrit directement en terme humain sans prendre le risque, à l’instar des sadducéens de notre Évangile, de l’enfermer dans nos préoccupations terrestres même s’il s’incarne déjà dans le quotidien de notre existence. Cependant, on peut en avoir certaines intuitions à partir de l’analogie comme le fait d’une certaine façon Jésus en disant que lorsque l’on ressuscite on est « semblable aux anges ». Ce terme « semblable » montre bien que l’on ne peut pas transposer directement les réalités de ce monde dans l’autre monde, ainsi qu’osent le faire imprudemment les sadducéens même si une certaine comparaison peut les apparenter. Par cette expression « semblable aux anges » Jésus montre bien que le monde à venir est plus de l’ordre du monde angélique que de notre bas-monde, ce qui appelle à une grande prudence et humilité quand on désire en parler.

Seule la lumière de la Révélation peut guider nos esprits éclairés par la grâce dans cette quête de la connaissance de la Vie éternelle. Et c’est ce que fait Jésus quand Il se réfère aux paroles de Moïse lors de l’épisode du buisson ardent pour argumenter sa réponse aux sadducéens. Nous retrouvons ici la technique de l’exégèse traditionnelle qui, lorsqu’elle est confrontée à un passage scripturaire difficile à interpréter ou qui prête à controverse, fait appel à d’autre passage de l’Écriture pour éclairer notre intelligence et proposer une solution tirée des Saintes Écritures. Qui d’autre que l’Auteur principal des Écritures, i.e. l’Esprit-Saint qui les a inspirées, peut mieux éclaircir un passage qui apparaît comme obscur à l’intelligence humaine ? Cette façon de procéder, qui est celle des Pères de l’Église quand ils scrutent les Textes sacrés, l’emporte sur l’exégèse strictement rationaliste. Notre Évangile en est un merveilleux exemple : face aux sadducéens qui s’enferment dans des raisonnements purement humains rabaissant les questions sur la Vie éternelle à des considérations purement terrestres, Jésus se réfère d’une part à des éléments surnaturels, ici en l’occurrence les réalités angéliques, et d’autre part à un autre passage de l’Ancien Testament.   

          Alors face aux doctrines récurrentes qui remettent régulièrement en cause la réalité de la Résurrection et de la Vie éternelle ou qui proposent d’autres solutions, comme par exemple la réincarnation, c’est à la même prudence et à la même humilité que nous sommes appelés pour ne pas errer comme les sadducéens. La Résurrection est au fondement de notre Foi. Elle est affirmée par les témoignages des disciples de Jésus-Christ, témoignages qui sont consignés dans les livres du Nouveau Testament. Il nous faut être tout aussi catégorique pour ce qui concerne la doctrine de la réincarnation qui est une thèse qui revient en force avec les religions orientales : nous n’avons qu’une seule vie qui détermine notre destinée éternelle, c’est celle que nous vivons actuellement, et dès notre mort notre sommes confrontés au jugement particulier de notre vie terrestre qui nous détermine pour notre destinée éternelle. Jésus nous le rappelle régulièrement, en nous demandant, par exemple, de veiller car au moment où le maître de la maison viendra, il nous faudra rendre des comptes immédiatement sur notre gestion qui déterminera notre récompense éternelle. La théorie de la réincarnation ne peut avoir comme objectif que de nous distraire des enjeux fondamentaux de notre vie actuelle, comme le désire le diable.

Laissons de côté comme sans intérêts toutes les arguties de ceux qui développent des théories qui contredisent, à l’instar des sadducéens de notre Évangile, l’enseignement révélé des Saintes Écritures et de son interprétation magistérielle car elles relèvent de la curiosité mondaine qui nous détourne de la Sagesse divine qui nous est nécessaire si nous voulons comprendre le sens de notre existence terrestre et nous préparer au mieux à la Vie éternelle. Les enjeux sont tels qu’il nous faut rester vigilants et humbles sur ces questions si nous ne voulons pas errer et nous laisser détourner par le démon de l’essentiel, i.e. de la recherche du Royaume des Cieux qui conditionne notre Bonheur éternel. C’est pour cela que la réponse de Jésus est très importante car elle nous éclaire vraiment sur la façon dont nous devons répondre aux détracteurs de la doctrine catholique sur l’enseignement concernant la Vie éternelle.

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Dimanche 3 novembre, 21ème dimanche après la Pentecôte, Mt 18, 23 – 35, forme extraordinaire

          Même si en tant que Créateur, Dieu a établi et fixé les règles mathématiques et physiques qui assurent la cohésion et le fonctionnement harmonieux du Cosmos et de la Nature pour éviter le chaos, l’Agir de Dieu en Lui-même n’est pas réglé par les lois de l’arithmétique, et encore moins par les règles comptables : si pour Dieu en son mystère de la Très Sainte Trinité 3 égale 1, ceci nous montre que Dieu en Lui-même n’est pas mathématicien et encore moins comptable car Dieu est Amour  et, si l’amour a ses règles et ses exigences  dans le respect de l’autre, quand on aime on ne compte pas et Dieu ne peut pas mettre de limites à son Amour sans que celui-ci n’en soit altéré, dénaturé, anéanti.

          Aussi le mercantilisme et l’économie de marché par lesquels tout s’échange contre autre chose de même valeur, et qui sont à la base de notre vie sociale, et sans lesquels l’économie qui assure la prospérité des nations ne pourrait fonctionner, ne font pas partie des mœurs divines, i.e. des lois du Royaume des Cieux. Et si ces lois qui régissent notre monde sont réglées bien sûr par la vertu morale de justice, il nous faut croire que Dieu a une compréhension de la justice qui transcende celle des hommes, non en ce sens qu’elle l’abolirait, la réfuterait mais en ce sens qu’en tant que divine la justice de Dieu va bien au-delà de celle des hommes. Et c’est bien de cela dont il s’agit dans le passage de notre Évangile dans lequel Jésus veut nous exposer ce qu’est le Royaume de son Père qu’Il est venu prêcher et fonder.  Et si l’on dit que les bons comptes font les bons amis, ceci ne concerne que les amitiés terrestres, les relations mondaines et non pas les amitiés surnaturelles.

En effet, par nos péchés nous sommes constamment débiteurs vis-à-vis de Dieu et sans cesse, à notre simple demande, si nous le faisons avec un cœur contrit et sincère, Dieu efface l’ardoise. Il accepte d’être perdant dans la relation qui Le lie à l’homme, ou plutôt c’est en étant perdant qu’Il est gagnant, c’est en donnant sans mesure qu’Il nous dévoile sa Vie trinitaire et la diffuse, la communique au sein de sa Création. Nous recevons tout de Dieu sans mérite de notre part et même ce que nous Lui donnons sont déjà des Dons divins qu’Il nous a faits et que, pris dans la dynamique de l’amour surnaturel, nous Lui consacrons : en effet, plutôt que de nous les réserver égoïstement, mus par la vie de Dieu présente en nous par sa grâce qui nous transforme  à son image, nous donnons au Seigneur quelque chose qu’Il nous a déjà donnée ; et nous entrons alors dans le circuit de la Vie trinitaire qui est Don réciproque, où le Fils éternel qui reçoit tout, Lui aussi, du Père se donne totalement au Père. C’est ainsi que s’effectue toute croissance spirituelle. C’est en nous abaissant, comme Dieu le fait à notre égard, que nous sommes élevés jusqu’à Lui, entrant ainsi dans ce double mouvement fondamental de la Passion-Résurrection.

Ceci n’est pas inscrit, bien sûr, dans notre nature humaine marquée par le Péché Originel : dans cette nature blessée par le péché, chaque individu se pose en face de l’autre comme terme revendiquant son individualité, son autonomie, sa supériorité. Il est comme tel une unité numérique, comptabilisable, mesurable faisant nombre avec les autres, se développant au détriment d’autrui, car là où tout est compté, tout est limité. Dans ce monde matériel dominé par le quantitatif, la loi du marché règle de façon optimale la rareté des richesses dans leur répartition entre les hommes. Si ce cadre théorique apparaît comme idéal aux yeux des hommes pour régler au mieux leurs relations en ce bas-monde, dans la réalité l’homme pécheur en pervertit le fonctionnement et, quand bien même l’autorité publique intervient pour tenter de rétablir la justice, là aussi si en théorie cela se justifie, dans la pratique, l’homme irrémédiablement marqué par la blessure originelle ne fait que conforter la loi de la jungle ou la loi du plus fort, comme le dénonce régulièrement la Doctrine Sociale de l’Église.

          Dans le royaume des Cieux, au contraire, tout se passe comme si chacun n’avait d’autres raisons d’être que de permettre à la personne d’instaurer des relations de dons réciproques qui lui permettent d’entrer dans une communion où la personnalité de chaque individu résulte de sa relation et de son don aux autres qui fondent l’unité, et non pas d’entrer dans la revendication d’une individualité qui se pose et s’oppose à celle des autres et crée la division. On comprendra ainsi que dans le Royaume des Cieux, toute comptabilité n’a plus aucun sens, car tout y est don en vue de l’unité harmonieuse de la Communion des saints qui est à l’image du mystère de la Très Sainte Trinité où Trois y est égal à Un.

          Et là où le don sans limite est la règle, le pardon, qui est la manifestation du don dans un monde marqué par le péché, est lui-même sans limite. Seul le pardon sans limite et réciproque permet d’effacer toute larme et toute offense et ainsi d’entrer dans la Communion des saints qui caractérise le Bonheur éternel sans fin auprès de Dieu. Tant que nous n’aurons pas pardonné sans aucune restriction, nous ne pourrons donc entrer dans cette Communion parfaite des saints où tout est Lumière et où aucunes traces de ténèbres ou d’obscurités, reliquat de notre monde, ne peut subsister car tout y est transparent à la Lumière divine. En nous obstinant dans un esprit de vengeance, à compter et à retenir les offenses qui nous sont faites, nous nous enlisons en ce monde où tout est compté et où tout nous sera donc compté, comme nous l’enseigne magistralement Jésus dans l’Évangile de ce jour. Pour entrer dans le don parfait du Royaume parfait de Dieu, notre pardon aussi doit être parfait.

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2 novembre 2019, Commémoration des fidèles défunts, forme extraordinaire

Hier, nous fêtions la gloire éternelle des bienheureux dans la cité céleste. Aujourd’hui nous prions pour nos défunts. Alors certains pourraient poser la question : mais pourquoi ces deux célébrations distinctes concernant ceux qui nous ont quittés ? Parce que l’Église nous enseigne que pour vivre dans l’intimité de Dieu, et c’est ce que nous fêtions hier, il faut auparavant s’être purifié de toutes tâches, de toutes souillures contractées au cours de notre existence terrestre. C’est ce que nous rappelle le Catéchisme de l’Église Catholique quand il nous enseigne : « Pour ce qui est de certaines fautes légères, il nous faut croire qu’il existe avant le jugement final un feu purificateur (Saint Grégoire). Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel. L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. » (CEC, 1030). Cet enseignement catéchétique ne fait que préciser ce que St Paul écrivait dans sa 1ère Épître aux Corinthiens : « L’ouvrage de chacun sera manifesté ; car le jour du Seigneur le mettra en lumière, et il sera révélé par le feu ; ainsi le feu éprouvera l’œuvre de chacun. Si l’ouvrage de celui qui a bâti sur le fondement demeure, celui-ci recevra son salaire. Si l’œuvre de quelqu’un brûle, il en souffrira la perte ; cependant il sera sauvé, mais comme par le feu ». (ICor. 3, 13-15)

Si en ce monde la lumière de la Vérité est plus ou moins obscurcie par les ténèbres de nos péchés de tel sorte que notre conscience ne perçoit malheureusement plus les enjeux cruciaux de notre vie terrestre, une fois que notre âme a quitté son corps mortel et se retrouve face à la Vérité divine, elle perçoit désormais très clairement la laideur et l’absurdité de ses péchés, même les plus petits et surtout ce qu’ils ont coûté au Christ qui a volontairement enduré les souffrance immenses de sa Passion pour porter ces péchés.

Ainsi, après la mort, lorsque l’âme se retrouve en face de l’amour infini de Dieu rayonnant d’une une beauté indescriptible, elle a honte des tâches salissant la robe nuptiale qu’elle avait reçue immaculée au jour de son Baptême, et se sentant indigne dans cet accoutrement souillé de participer au Banquet céleste, elle demande à Dieu la grâce de pouvoir laver son vêtement tâché par ses péchés et dont elle a la pleine responsabilité, dans le sang de l’Agneau immolé sur la Croix pour le pardon des péchés de tous les hommes. C’est cette ultime participation à la Passion du Christ, que l’âme désire ardemment et demande à Dieu comme une extrême faveur de sa miséricorde, qui constitue ce que l’on appelle le Purgatoire.

En effet, ce qui caractérise le vrai disciple du Christ est de porter volontairement les croix de ce monde car c’est à travers ces croix que notre charité peut réellement et concrètement se développer, que nous pouvons vraiment ressembler à notre Sauveur. Car ce qui caractérise la charité, comme toutes les vertus, est qu’elle n’existe que dans la mesure où nous l’exerçons.  Par le Purgatoire, Dieu nous permet d’achever le chemin de croix terrestre qui était le nôtre et que nous n’avons pas su mener à son terme.

Nous le voyons ce n’est pas Dieu qui rejette cette âme. Au contraire, Dieu, l’Amour infini, continue sans cesse à attirer à Lui tout ce qu’il peut y avoir de bien dans sa création. Par contre ce sont nos péchés qui nous séparent de Lui, et c’est cela dont il faut nous purifier. Prise dans ce mouvement d’attrait vers le Bien absolu et qu’elle perçoit désormais très clairement comme l’unique Source de Bonheur, l’âme désire également et par la force de ce même amour divin cette purification car sa conscience morale qui perçoit l’infinie Beauté morale de Dieu éprouve alors, comme Dieu, un grand dégout de ses péchés et désire enfin sincèrement cette purification qu’elle a tant de fois détournée et repoussée au temps de sa vie terrestre. Son sincère repentir la meut à vouloir les purifier et c’est ce mouvement de charité vis-à-vis de Jésus, qui l’embrase, qui la purifie de ses dernières fautes et lui fait atteindre le niveau de charité parfaite qui lui faisait défaut et la détournait de la croix.

Le Purgatoire ayant une dimension essentiellement pénitentielle et purgative, il est perçu, à l’instar de tout temps d’expiation, comme un châtiment pour les fautes que nous n’avons pas expiées en ce monde mais il doit aussi être perçu comme une ultime grâce de la miséricorde divine qui répond positivement à cette âme désirant enfin se purifier et porter sa croix.

Alors nous pouvons nous poser la question : ne serait-il pas plus simple pour Dieu, et surtout pour nous, que le Juge suprême, dans sa toute-puissance et son infinie miséricorde nous purifie en un instant par un seul mouvement de sa volonté et nous fasse ainsi grâce de ce temps pénitentiel supplémentaire ?

Non, ce qui fait la grandeur et la dignité de l’être humain est que Dieu nous a créés à son image, qu’il nous a dotés de la liberté pour que nous puissions l’aimer comme Lui-même s’aime dans la Vie trinitaire, afin que nous puissions devenir « divinae consortes naturae » (IIP1, 4), participant de la nature divine, et que nous puissions participer à sa vie de charité éternelle qui ne peut s’exercer que dans la liberté. Nous ne sommes pas des machines ou des robots que Dieu pourrait réparer d’un coup de baguette magique ainsi qu’Il le fait quand Il opère des miracles physiques à Lourdes : ce qui montre qu’Il pourrait nous purifier spirituellement mais cela ne servirait à rien car si « Dieu nous a créé sans nous, Il n’a pas voulu nous sauver sans nous » (Saint Augustin, serm. 169, 11, 13). Ce n’est qu’en nous attirant à Lui pour que nous nous tournions librement et par amour vers Lui, par la conversion, i.e. par la purification librement consentie et réalisée, que nous pouvons entrer dans la Maison de Dieu. C’est pour cela qu’il fallait que le Christ fût crucifié pour nous montrer et enseigner que seul l’amour crucifiant peut nous faire entrer dans la dynamique de don qui nous purifie de nos péchés et pour qu’une fois élevé de terre cet Amour crucifié attire tout à Lui. C’est pour cela également que notre chemin vers Jésus passe nécessairement aussi par la croix : au baptisé Jésus ne donne qu’une seule recommandation : « qu’il porte sa croix et qu’il me suive » (Mt 16,24). C’est ce qu’ont fait les saints et ils sont partis directement, ou presque, au Paradis. Comme je le disais en ce même endroit il y a 2 semaines, notre vie terrestre n’est qu’un noviciat d’éternité, le temps nous est donné uniquement pour nous préparer à la Vie éternelle. Le purgatoire n’est donc qu’une rallonge de temps que Dieu nous accorde parce que nous avons gaspillé notre temps terrestre afin que nous puissions porter les croix que nous n’avons pas voulu porter en ce monde et ainsi porter à son achèvement notre mission sur Terre. Sans le Purgatoire la miséricorde de Dieu ne serait pas parfaite.

On comprend ainsi pourquoi la Tradition nous enseigne que les personnes qui sont au Purgatoire font partie de l’Église souffrante. En effet si en ce monde nous pouvons toujours trouver toute sorte de distraction pour nous détourner de la croix, là ce n’est plus possible : au Purgatoire ce qui détourne de Dieu, i.e. le péché n’a plus sa place mais seule ce qui purifie du péché, ce feu qui brule les dernières impuretés de notre âme y a sa place. De plus, et je pense que c’est là la raison principale de la souffrance psychologique au Purgatoire, l’âme, après avoir perçu avec suffisamment de clarté le bonheur des élus en Dieu, éprouve la souffrance de la séparation de l’Être aimé qu’elle ne peut encore atteindre. Nous avons tous plus ou moins fait l’expérience de cette souffrance indicible et mortelle que nous avons pu éprouver de ne pouvoir atteindre un être aimé dont nous étions séparés ou qui nous rejetait. Cette expérience, communément appelé le mal d’amour, qui a pu nous mettre au désespoir tant la souffrance psychologique était intense, n’est qu’une faible image de ce que ressent l’âme encore séparé de l’Amour infini dont elle vient de prendre pleinement conscience et qu’elle ne peut encore atteindre. C’est surtout cela la peine du Purgatoire qui est, elle, une image de la peine du dam en enfer, qui est là la souffrance de l’âme qui se sait définitivement séparé de l’Amour incréé.  Notre âme étant sortie directement des mains de Dieu qui est un Feu d’amour, est faite pour cet amour qui est sa seule raison de vivre et son unique bonheur.  

Alors, pour conclure, je dirai : n’ayons pas peur et ne fuyons pas les croix que la Providence divine dans son infaillible Préscience et son Amour infini a disposées sur notre route comme instrument adapté à notre sanctification car si Dieu a ainsi disposé ces épreuves c’est uniquement pour y déployer sa grâce qui les accompagnera et ne fera jamais défaut, nous fera croitre dans la charité et nous soutiendrons sur notre chemin vers Lui. Comprenne qui peut comprendre mais bienheureux celui qui a compris cela car il a tout compris du sens de la vie en ce monde.  C’est ce qui faisait dire à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui avait parfaitement compris cela, que tout est grâce, et qu’ainsi en refusant la croix, c’est la grâce que nous rejetons, qu’en rejetant la grâce c’est Dieu que nous repoussons.

Pendant mes 10 années d’aumônier en hôpital de gériatrie, combien de fois ai-je pu aider des personnes croyantes confrontées aux grandes souffrances physiques et psychologiques liées au grand âge, en leur expliquant qu’en embrassant la croix, elle faisait sur terre leur Purgatoire, et l’ayant fait sur terre elle pourrait ainsi aller directement au Ciel et si donc ces moments de grandes souffrances qu’elles vivaient et leur donnait un grand dégout de la vie terrestre pouvaient humainement paraître aux yeux du monde comme absurde et justifier même pour certains l’euthanasie, en fait elles se rendraient compte de l’autre côté que cette ultime période de leur vie aura été ainsi disposée par Dieu pour être la plus féconde spirituellement et la plus indispensable de toute leur existence terrestre en les détachant définitivement des fausses joies terrestres pour, dans un sursaut d’Espérance, leur faire tout aussi définitivement tourner leur regard vers le Ciel.

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1er novembre 2019, SOLENNITÉ  DE  LA  TOUSSAINT, Forme extraordinaire.

          La Toussaint, que nous célébrons aujourd’hui, fait partie de ces quelques grandes fêtes très populaires, car elle nous remet en mémoire cette vérité fondamentale, qui est pour nous une grande consolation, que notre existence terrestre, même avec toutes ses misères et ses souffrances a un sens car elle n’est qu’une étape vers la véritable vie en plénitude, pour laquelle Dieu nous a créé et que nous appelons : la vie éternelle. Issu de Dieu, l’homme est fait pour Dieu. Il est fait pour retourner à Dieu qui nous a créés uniquement pour nous faire participer à son bonheur éternel. Et c’est cette gloire pour laquelle nous sommes prédestinés, que nous fêtons aujourd’hui dans ce culte de tous les saints qui après leur pèlerinage terrestre participent éternellement à la Gloire de Dieu.

Le rappel annuel de cette réalité qui est notre véritable fin terrestre et sa célébration liturgique dont la solennité marque nos esprits est une sage disposition de Dieu pour nous qui sommes tellement accaparés et plongé dans la matérialité de notre existence quotidienne et absorbés par les soucis de tous ordres, que nous perdons trop souvent de vue la finalité pourtant incontournable de notre vie en ce monde. Mais cette fête de la Toussaint nous rappelle en même temps la réalité de la présence actuelle d’un monde spirituel qui tout en nous étant transcendant car d’un ordre au-delà de notre espace-temps, nous est aussi présent par son immanence. Ce que nous voyons et touchons n’est que le déploiement dans l’espace et le temps d’une réalité bien plus profonde qui nous demeure obscurcie depuis le péché originel et que nous ne pouvons atteindre actuellement que partiellement mais que nous connaîtrons dans sa plénitude lorsque nous serons définitivement réunis à Dieu dans une communion parfaite et que les obscurités de notre monde voilé se seront dissipées.

          Alors la fête de la Toussaint, avec ses magnifiques lectures et prières, est justement comme une fenêtre que Dieu nous ouvre pour nous laisser entrevoir la réalité sublime du bonheur au Ciel de ceux qui ont su vivre saintement sur Terre. D’où, alors, cette question légitime : Que sera ce monde que nous fêtons aujourd’hui en cette solennité de la Toussaint ?

          Les saintes Écritures, comme l’Apocalypse de l’Apôtre saint Jean dont nous venons d’écouter un extrait, nous en font des descriptions exactes mais limitées car dépeintes avec nos pauvres mots humains qui ne peuvent que refléter la réalité que nous vivons en ce bas-monde, alors que le Ciel transcende tout ce que nous sommes capables d’imaginer. Sommes-nous alors condamné à rester totalement à l’extérieur de ce spectacle extraordinaire qui nous est décrit par les Saintes Écritures ?

          En fait il existe un chemin qui dès ici-bas peut nous rapprocher de cette réalité du Ciel qui nous est décrite, mais sans pouvoir bien sûr pouvoir la toucher directement tant que nous sommes ici-bas.

N’oublions jamais, en effet, cette parole très importante du Christ : «  Le Royaume de Dieux est au-dedans de vous » (Lc, 17, 21), il est dans nos cœurs.  Il consiste avant tout dans la transformation intérieure, dans le passage de l’homme ancien guidé par ses passions à l’homme nouveau habité par l’Esprit-Saint. Il consiste à vivre en enfant de Dieu [comme nous le rappelle la 2ème lecture de ce jour] i.e. à vivre en enfants habité par l’Esprit d’Amour qui nous transformera progressivement intérieurement pour que nous devenions vraiment à l’image de Dieu et que nous approchant de Lui nous approchions de la même façon des réalités célestes,  de telle sorte que lorsque Dieu paraîtra  nous soyons semblable à Lui et que nous puissions vivre dans l’Éternité dans son intimité au milieu de tous ceux qui l’aurons également aimé.

          Vous voyez, pour essayer de comprendre en quoi consistera notre vie future, il ne s’agit pas de rentrer avant tout dans de grandes spéculations théologico-mystiques afin d’essayer d’imaginer comment sera la Jérusalem céleste, mais il s’agit surtout d’essayer de vivre de cette réalité future que par grâce de Dieu nous pouvons déjà, d’une certaine façon, rendre présente en rentrant dès maintenant dans le royaume de Dieu en vivant en fils de la lumière, cherchant à imiter Dieu par l’application dans notre vie quotidienne de ce que nous enseigne le Christ dans son Évangile. Alors progressivement notre existence se transformera, la charité habitant en nos cœurs nous permettant d’avoir un avant-goût de cette vie de communion et d’harmonie qui caractérise la vie du Bonheur éternel.

          Tout l’enseignement du Christ n’a pas d’autre fin : il a pour objet de nous stimuler dans la charité en luttant contre nos égoïsmes. L’Évangile des Béatitudes, que nous venons d’entendre, nous invite ainsi à une pratique héroïque de la charité, telle que la pratiquent les saints afin de nous arracher à la matérialité étouffante de notre monde. Le monde et tout ce qu’il contient passera. La Charité évangélique est la seule réalité dans notre monde qui a valeur d’éternité, car elle est la vie même de Dieu et si nous en vivons dès ici-bas, nous vivrons éternellement. En nous efforçant, avec la grâce, de Dieu de pratiquer avec amour chacun de nos petits actes de la vie quotidienne, c’est notre vie éternelle que nous commençons dès ici-bas., dès maintenant. Tout le reste, concernant le ciel, n’est que secondaire et peut même devenir vains bavardages et spéculations stériles s’ils nous détournent de l’essentiel.

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Dimanche 27 octobre 2019, forme ordinaire, Mt, 16,13-19

Chaque passage d’Évangile est une merveille car les Saintes Écritures étant inspirées de Dieu, chacune de ses composantes nous dévoile un aspect des mystères infinis de la Très Sainte Trinité, et la transcendance de cette Parole divine est telle qu’elle est capable d’éclairer chaque époque de l’histoire des hommes sans jamais perdre ni de son éclat ni de sa pertinence.

L’AELF, pour ce dimanche, a mis sur son site et donne à méditer pour la France le fameux passage dit de la Confession de saint Pierre où l’Apôtre professe clairement et sans hésitation et devant tous sa Foi en Jésus-Christ Fils du Dieu vivant, montrant ainsi qu’il ne s’exprimait pas selon ses propres lumières naturelles mais sous l’impulsion d’une grâce surnaturelle.

Nous avons ici rapportée la 1ère profession de Foi de saint Pierre qui a pour caractéristique de transcender toute vérité humaine et qui est comme le socle sur lequel se construira ensuite tout l’édifice du Magistère infaillible et révélé de l’Église. Et puis par la réponse que Jésus fait à Pierre, nous avons aussi, comme clef de lecture et comme commentaire exposant le cadre général de cette profession de Foi pétrinienne, la grande Prophétie de Notre Seigneur Jésus-Christ qui annonce qu’après son retour au Ciel au jour de l’Ascension, saint Pierre deviendra la pierre de fondement sur laquelle Dieu bâtira l’édifice de l’Église. Et enfin, Jésus explicite les conditions dans lesquelles doit s’exercer le charisme de saint Pierre et de ses successeurs, les Papes : ils devront parler non selon « la chair et le sang » mais selon « la Vérité révélée du Père qui est aux cieux ».

En fait pour être plus précis et comme nous l’indique saint Pierre lui-même dans sa 1ère Épître, Jésus-Christ est l’unique Pierre angulaire à proprement parler sur laquelle est édifiée l’Église. En tant que vrai Dieu et vrai homme, seul Jésus-Christ est capable d’être le vrai Pasteur qui rassemble dans l’unique Église de Dieu tous les hommes qui répondent à son appel car Il est l’unique Pont entre Dieu et l’humanité et uniquement en Lui tout a été créé et recréé et tout subsiste.

Cependant Dieu a ainsi disposé toute chose qu’il a voulu que les pouvoirs de sanctification, d’enseignement et de gouvernement que Jésus-Christ exerça durant le temps de son ministère public, furent transmis après le temps de son Incarnation au Pasteur légitime de son Troupeau, comme le prophétise Jésus à saint Pierre dans l’Évangile de ce dimanche.

Aussi, compte tenu de toutes ces considérations, il est très important de souligner que ce pouvoir qui n’appartient en propre qu’à Notre Seigneur Jésus-Christ, n’appartient au Pape que par délégation : le successeur de saint Pierre n’est que le vicaire du Christ, le serviteur des serviteurs de la Parole qu’est Jésus-Christ, la Vérité éternelle incarnée. La Vérité de Dieu s’est manifestée et révélée à nous en Jésus-Christ qui est l’unique Vérité plénière et le Pape n’est que le serviteur de cette Vérité, il n’est que le gardien du Dépôt sacré de la Tradition sur lequel il n’a aucun pouvoir de transformation selon « la chair et le sang » mais qu’il ne peut qu’exposer en parlant selon ce que le Père qui est aux Cieux a révélé, ainsi que le précise Jésus dans notre Évangile de ce dimanche. Et c’est ce que fait saint Pierre : il expose une Vérité qui le dépasse complètement et surtout sans chercher à l’adapter à l’esprit du monde, à l’horizontaliser pour qu’elle apparaisse comme plus humaine, plus acceptable à la mentalité mondaine, comme s’il devait s’exprimer comme le ferait tout homme, serait-il même un homme très intelligent. Non la force de ce pouvoir est qu’il agit non pas « selon la chair et le sang » mais selon la Révélation du Père qui est aux Cieux i.e. selon l’Esprit-Saint.

Ainsi il apparaît clairement, que si le Pape veut être fidèle à cette mission qui vient de Dieu et qui lui est transmis en tant que successeur de Pierre, il n’a pas à avoir un discours qui cède aux impulsions  « de la chair et du sang » comme le précise Jésus à Pierre, i.e. il n’a pas à parler selon la moralité commune des hommes qu’est la morale païenne et laïciste ; il n’a pas pour charisme de se mettre à la remorque des grands thèmes mondains de la pensée unique de son époque, des pseudo-préoccupations qui permettent aux médias de faire le buzz mais qui détourne de l’essentiel qu’est la recherche du Royaume, comme le reprochera Jésus à Marthe dans un passage de l’Évangile selon saint Luc (10, 38-42) ; il n’a pas à se fondre dans le  chœur des faux prophètes de Baal qui comme jadis au temps du prophète Héli n’avaient qu’une seule préoccupation : plaire aux princes de ce monde et aux hommes qui nous commandent qui sont actuellement les pouvoirs mondialistes et les puissance financières internationales ; il ne peut pactiser avec toutes les fausses religions sous prétexte d’inculturation et qu’elles seraient voulues par Dieu comme si la Vérité éternelle pouvait vouloir l’erreur et le mensonge insinués par le père du mensonge afin d’occulter la Révélation de la Parole éternelle .

Non, si saint Pierre a eu le privilège de recevoir les éloges de Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est parce qu’il a parlé selon le Père qui est aux Cieux, et que Jésus-Christ a perçu en sa réponse le reflet de la Vérité éternelle et qu’Il s’est ainsi Lui-même reconnu dans les paroles de saint Pierre, Lui la Parole éternelle et immuable de Dieu, 2ème Personne de la Très Sainte Trinité. Oui, le charisme propre du successeur de Pierre est de proclamer haut et fort et avec courage les vérités éternelles et immuables qui viennent du Père céleste, car Dieu ne change pas selon les temps et les modes, et qui font, qu’au milieu des tempêtes du monde qui est aux mains  et sous l’emprise du prince de ce monde, sa voix demeure une référence sûre et inébranlable car fondée sur l’autorité même du Christ qui l’a établi Pierre de fondement de son Église.

Or qu’y a-t-il de plus immuable, de plus solidement stable qu’une pierre de fondement car c’est là son unique utilité : faire qu’en se reposant sur elle, sur sa solidité et sa stabilité tout l’édifice de l’Église puisse croître en sécurité et harmonieusement. Le devoir et la mission du Pape est fondamentalement de défendre et d’exposer les vérités naturelles qui ont leur source en Dieu qui en tant que Créateur les a inscrites de façon immuable dans la nature créée, et aussi de défendre les Vérités évangéliques surnaturelles que Dieu comme Rédempteur de façon tout aussi immuable a infusées dans notre nature recréée par le Baptême et dans son Église.

Sinon, si cette Pierre de fondement devient mouvante en se prêtant aux mouvements du sol qui l’entoure, si elle devient une pierre parmi d’autres et  qui s’adapte à elles, elle n’est plus pierre de fondement, et sans fondement c’est tout l’édifice de l’Église qui menace ruine et en fin de compte de s’effondrer : n’est-ce pas ce que, à notre grande stupeur, nous sommes en train de constater ?

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Dimanche 20 octobre 2019, 19ème après la Pentecôte, Dimanche de la propagation de la Foi, forme Extraordinaire, Mt 22, 1-14

            L’Évangile de ce dimanche nous met en garde contre l’esprit du monde qui peut envahir toute notre vie si nous n’y prenons garde, et nous invite à nous méfier de cette mentalité mondaine qui étouffe le sentiment religieux en plaçant Dieu au second plan, voire à la dernière place de notre existence terrestre.

            Il faut reconnaître que cet avertissement du Christ en ce dimanche de la propagation de la Foi est tout à fait d’actualité pour notre société contemporaine marquée depuis plusieurs siècles par un profond mouvement de sécularisation qui a expulsé progressivement la religion du domaine public et même de la sphère privée. Les questions religieuses sont exclues du monde médiatique et quand les médias abordent le thème de la religion, et a fortiori celui de l’Église, c’est pour en souligner les travers humains et les déviances qui, liés aux conséquences du péché originel, n’épargnent en fait aucune institution humaine, mais ont la dramatique conséquence de détourner encore davantage les personnes de la Foi et de les dissuader de se poser toute question sur les véritables enjeux de notre existence terrestre.

En fait, nous le savons, comme nous le rappelle les paraboles sur le Royaume des Cieux, dont la Liturgie de ce dimanche nous donne un exemple, la vie en ce bas-monde, n’étant qu’un noviciat d’éternité, n’a qu’un seul intérêt, n’a qu’une seule fin : entrer dans le Royaume des Cieux par le Baptême et développer sa réalité en nous afin de préparer notre âme à la vie éternelle en approfondissant la vie surnaturelle auprès de Dieu dès ici-bas. Parce que nous avons reçu un germe de vie surnaturel lors de notre Baptême, nous avons le devoir impérieux de le développer car tout germe de vie qui ne se développe pas meurt : c’est là une loi naturelle que nous rencontrons pour toute vie dans la nature mais également une loi divine pour la vie de notre âme spirituelle.

Dans l’Évangile de ce dimanche, le Christ nous met en garde contre cette tendance à la sécularisation qui renferme les individus sur eux-mêmes, limite leurs regards uniquement aux perspectives terrestres et les ferme à toute transcendance. Par ce comportement, nos contemporains empêchent leur âme de se développer spirituellement, de se revêtir du vêtement du Christ, de se préparer aux Noces de l’Agneau. Ils se coupent du Royaume des Cieux ou quand ils sont baptisés, le laissent mourir en eux-mêmes et compromettent alors leur salut éternel.

Or, Il est évident que notre société est organisée et fonctionne comme si Dieu n’existait pas, et que tout y est disposé pour nous distraire, dans le 2 sens du terme, et nous faire oublier l’existence en ce monde du Royaume des Cieux, qui pourtant a été réellement institué par Notre Seigneur Jésus Christ il y a presque 2000 ans et pour lequel Dieu Lui-même s’est incarné, a accepté d’assumer notre humanité déchue et a subit le supplice de la Croix pour nous rouvrir les portes du Ciel. Aussi on comprend la colère du Père face à la réponse désinvolte voire hostile de certains invités complétement absorbés par les réalités terrestres et parfois à un tel point qu’ils en viennent à rejeter avec violence les invitations à la vie surnaturelle.

Et pourtant, le Royaume des cieux devrait être au centre des préoccupations de tout être humain ayant un minimum de conscience du sens de son existence terrestre, car tout être humain a été doté par Dieu d’une intelligence et d’une volonté qui le rend apte à discerner ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est bon pour lui de ce qui ne lui convient pas, ce qui est nécessaire de ce qui est secondaire ou superflu. Ceci est encore plus vrai pour tout chrétien éclairé par la Lumière de l’Évangile. Et pourtant, bien que cette nécessité du Royaume soit au 2ème rang de la Prière du Notre Père que Dieu Lui-même nous a enseignée, juste après le demande de sanctifier, d’honorer le Nom de Dieu, ce qui est on en peut plus normal, bien peu mettent au 1er plan la recherche du Royaume car notre culture a réussi ce tour de force diabolique d’évacuer les préoccupations spirituelles en les ignorant, en les méprisant.

Certes dans le combat des 2 cités dont parlait saint Augustin dans son ouvrage monumental, La cité de Dieu, le monde païen a toujours eu cette fâcheuse tendance à prétendre étendre son règne en ambitionnant d’absorber le Royaume de Dieu, i.e. les droits de l’Église ; mais à notre époque la laïcisation de la société sous prétexte de respecter et de promouvoir la liberté individuelle atteint un tel paroxysme, qu’elle est devenue une des armes principales aux mains du démon dans son combat contre le salut des âmes. L’Évangile de ce jour met en relief cet aspect tragique du Royaume des Cieux et il nous met en garde contre la tendance humaine à vouloir le reléguer à la périphérie de notre quotidien en invoquant des raisons humainement compréhensibles mais qui en fin de compte rend l’individu amnésique des véritables enjeux de notre existence terrestre.

En effet, comme dans notre Évangile où certaines personnes récusent  l’invitation invoquant toute sorte de préoccupations en soi humainement légitimes, en fait, face à l’effondrement de la pratique religieuse, il n’y plus vraiment cette hostilité frontale et agressive anticléricale des siècles derniers et dont nous parle aussi l’Évangile, mais se développe plutôt une indifférence généralisée à la religion de telle sorte qu’elle ne fait plus partie des préoccupations quotidiennes de nos contemporains, même si de temps à autres, des évènements comme la Manif pour tous tentent de nous rappeler que, si la France n’est plus chrétienne, nos racines, elles, le demeurent.

            Ce qui est frappant quand on aborde la question de la Foi avec les gens que mon ministère d’aumônier d’hôpital me fait rencontrer, c’est l’impression d’anorexie spirituelle généralisée qui frappe nos contemporains. L’anorexie spirituelle est vraiment la grande maladie de notre société occidentale. La sécularisation qui sévit dans nos pays depuis de nombreuses générations a fait en sorte que nombre de nos concitoyens n’ont plus aucune soif spirituelle. La religion est reléguée à une question historique, culturelle et qui n’a aucun intérêt dans la vie concrète, ou si peu. Les personnes vivent comme si elles n’avaient plus de besoins spirituels, comme si elles n’avaient pas d’âme spirituelle, comme si la personne humaine se réduisait à ses besoins physiques et psychologiques. Sauf que les individus sont devenus de plus en plus fragiles justement psychologiquement car ils ne savent plus soigner leur psychologie en remontant à la racine du mal qui réside dans leur âme spirituelle. 

            Par son sang versé lors de sa Passion, Jésus-Christ est venu nous sauver et nous rouvrir les portes du Paradis : cet évènement majeur et central de l’histoire de l’humanité laisse nos contemporains indifférents car en dehors de leurs préoccupations quotidiennes. Et quand un sursaut survient, car nous avons tous une âme spirituelle qui à un moment ou un autre crie sa faim et sa soif ou sa détresse face aux épreuves et aux souffrances de la vie, en fait  c’est pour lui permettre uniquement de se tourner soit vers les pratiques ésotériques du monde des ténèbres, soit vers les techniques de relaxation et de concentration des sagesses orientales qui prennent de plus en plus d’importance actuellement dans notre pays, car ces religiosités qui  ont évacué le mystère de la Croix apparaissent comme plus compatibles avec l’esprit du monde. Cependant elles nous enracinent encore davantage dans le royaume de ce monde nous détournant du Royaume des Cieux. Ces religiosités, loin d’être un appel à la conversion en profondeur en revêtant les habits pour la participation aux noces de l’Agneau, confortent en général leurs adeptes dans les situations de péchés.

Alors en ce 3ème dimanche d’octobre qui est le dimanche de la propagation de la Foi, prions tout spécialement, comme nous y incitent les oraisons de cette Messe votive, pour que tous les peuples connaissent le Dieu unique et vrai et Celui qu’Il envoyé, Jésus-Christ, son Fils unique, qui s’est livré Lui-même en rançon pour tous les hommes afin que son nom soit magnifié sur toute la surface de la Terre et que la Foi progresse sans cesse.

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Dimanche 13 octobre 2019, 28ème du Temps ordinaire, année C, Forme ordinaire, Lc 17, 11-19

              Les Évangiles ont ceci de merveilleux, qu’au-delà des faits historiques qu’ils nous rapportent, ils contiennent toujours un enseignement spirituel qui nous dévoile un aspect des mœurs de Dieu et nous donne une leçon pour notre salut et notre vie éternelle.

Ainsi, les commentateurs en conviennent, comment ne pas voir dans les 10 lépreux de l’Évangile de ce dimanche, l’évocation de notre humanité pécheresse, atteinte par cette maladie spirituelle, cette lèpre de l’âme qu’est le péché, et que le Christ est venu guérir et sauver ?

            Mais il y a aussi un autre point important évoqué par notre Évangile : c’est celui de l’ingratitude de l’homme vis-à-vis de l’immense bonté de Dieu. En fait, ce thème de l’ingratitude traverse toute la Bible qui est le récit de la miséricorde divine face à l’indifférence et à l’infidélité constantes de l’homme.

            Un ingrat, qu’est-ce que c’est ? Un ingrat, on pourrait dire que c’est celui qui confisque l’amour, le garde pour lui-même et ne le rend pas. Il le met à son service pour satisfaire son bien-être personnel, le considère comme quelque chose qui lui est dû et donc qu’il n’a pas à rendre. Son égoïsme est tel qu’il est incapable d’admettre que dans son essence l’amour est don mutuel et en refusant d’entrer dans ce flux réciproque, en fin de compte il tue cet amour. Nous avons là, depuis le péché originel, tout le drame de la condition humaine dans sa relation au Créateur.

            En ce sens, l’ingratitude peut réellement nous apparaître comme le contraire de la charité. Aussi, si la charité est la vie par excellence de l’âme, l’ingratitude est une maladie mortelle de l’âme, comme une lèpre du cœur. Et justement, si l’on essaye d’exploiter la symbolique de notre récit évangélique, on peut dire que la peau d’un être humain est l’élément corporel par lequel il entre en contact avec le monde qui l’entoure, elle est le point de contact et d’échange physique avec l’extérieur et en particulier avec les autres personnes. La lèpre détruit la peau et isole, coupe le lépreux de la société des hommes, le faisant vivre en reclus dans les léproseries : cette maladie est donc bien l’image de la lèpre de l’âme que constitue l’égoïsme qui nous sépare des autres et dont l’ingratitude est l’une des formes de manifestation la plus dramatique.

            On comprend ainsi que Jésus conclut l’Évangile d’aujourd’hui en affirmant au lépreux reconnaissant : « Ta foi t’a sauvé ». En effet, quand celui-ci se rend compte de la guérison physique dont il vient de bénéficier, son amour de Dieu devient tel, que son 1er réflexe irrésistible est de venir remercier le Seigneur. Non seulement il est guéri de la lèpre corporelle, comme les neuf autres lépreux, mais en plus, en venant remercier le Seigneur et rendre gloire à Dieu, il est entré dans l’échange de l’amour filial avec le Père céleste par le Fils et dans l’Esprit-Saint : la grâce de Dieu habite et demeure dans son âme, il entre dans la communion avec Dieu et obtient le salut éternel. Cette gratitude spontanée et débordante qui le comble de la vie surnaturelle, n’est pas sans nous rappeler celle de Naaman le Syrien, dans la 1ère lecture, qui plein de reconnaissance pour sa guérison miraculeuse, décide de se convertir au Dieu d’Israël, et obtient ainsi après sa guérison physique, le salut de son âme.

Comment ne pas voir à travers ces merveilleux mouvements d’action de grâce, l’image, le reflet du grand cantique d’action de grâce qu’est le chant du Magnificat de la Vierge Marie ? Le magnificat est resté dans la Tradition chrétienne comme le cantique par excellence parce qu’il rend grâce à Dieu pour les merveilles qu’Il a réalisées en son humble servante. Si l’action de grâce est si importante, ce n’est pas simplement parce qu’elle fait partie de la morale la plus élémentaire de la bienséance, de la politesse de base qui caractérise tout être bien élevé qui sait dire merci. Non, l’action de grâce est infiniment plus que cela car elle n’est autre que l’activité même des élus dans l’éternité. Comme nous le montre les passages de l’Apocalypse qui nous décrivent la merveilleuse Liturgie du Ciel, la grande joie des bienheureux dans le Ciel est de remercier éternellement Dieu pour les merveilles qu’Il a réalisées gratuitement dans sa Création. En effet, en réponse aux merveilles que Dieu a accomplies en ses créatures et qui est comme un grand mouvement descendant partant du Créateur vers les créatures, l’action de grâce est le grand mouvement de retour, remontant de la créature vers son Créateur. Et tout comme le mouvement descendant était un mouvement d’amour totalement gratuit, de même le mouvement de retour doit être, lui aussi, pour s’inscrire dans le même élan qui part de Dieu, chargé de l’amour qui sort du cœur de l’être humain pour retourner au Père de tout Don gratuit.

L’action de grâce est donc la réponse libre de l’homme qui reconnait humblement que ce qu’il reçoit de Dieu ne lui est pas dû mais est le fruit de son amour infini pour ses enfants. Par l’action de grâce nous renforçons et affermissons notre relation à Dieu qui constitue en ce monde notre vie spirituelle et qui constituera dans l’autre notre vie éternelle. C’est pour cela que l’action de grâce est fondamentale dans le Salut de l’homme et que c’est uniquement au lépreux qui est revenu se prosterner aux pieds de Jésus pour Le remercier que le Sauveur peut dire : « Ta Foi t’a sauvé ».                                            

                                           

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Fête de Notre Dame du Rosaire, dimanche 6 octobre 2019, forme extraordinaire

La fête de ND du rosaire a été instituée par le Pape saint Pie V pour remercier le Ciel d’une grande victoire navale, remportée le 7 octobre 1571, qui permit de desserrer l’étau par lequel la flotte mahométane tentait d’encercler l’Europe tout particulièrement en prenant possession du bassin méditerranéen, menaçant par-là la civilisation chrétienne. Au préalable, pour remporter cette victoire décisive, le Pape avait préparé le terrain en déployant ses efforts dans 2 directions : sur le plan politique, il avait œuvré à la constitution d’une « Sainte Ligue » regroupant plusieurs états chrétiens qui unirent leurs forces militaires puis, surtout, et ce qui fut déterminant, il organisa une grande campagne du Rosaire comme arme surnaturelle dans ce combat aux arrière-fonds civilisationnels. Il ordonna un jubilé solennel et des prières publiques centrées sur la prière du Rosaire. Ce sursaut spirituel porta ses fruits car la défaite de la flotte turque, qui subit de très lourdes pertes, permit de contenir et limiter sa suprématie à l’est de la méditerranée. Aussi à l’origine, avant de s’appeler ND du Rosaire, cette fête s’intitulait « ND de la Victoire », d’où le titre des églises se mettant sous le patronage de « ND des victoires ».

Dans sa Lettre encyclique sur le Rosaire du 1er septembre 1883, le Pape Léon XIII, pour inciter les catholiques à réciter le chapelet, rappelait avec émotion ce fait historique : « L’efficacité et la puissance de cette prière ont été aussi expérimentées au XVIe siècle, alors que les armées innombrables des Turcs étaient à la veille d’imposer le joug de la superstition et de la barbarie à presque toute l’Europe. Dans ce temps, le Souverain Pontife saint Pie V, après avoir réveillé chez tous les princes chrétiens le sentiment de la défense commune, s’attacha surtout et par tous les moyens à rendre propice et secourable au nom chrétien la toute-puissante Mère de Dieu, en l’implorant par la récitation du Rosaire. Ce noble exemple, offert en ces jours à la terre et aux cieux, rallia tous les esprits et persuada tous les cœurs. Aussi les fidèles du Christ, décidés à verser leur sang et à sacrifier leur vie pour le salut de la religion et de leur patrie, marchaient sans souci du nombre aux ennemis massés non loin du golfe de Corinthe ; pendant que les invalides, pieuse armée de suppliants, imploraient Marie, saluaient Marie, par la répétition des formules du Rosaire et demandaient la victoire de ceux qui combattaient.

La Souveraine ainsi suppliée ne resta pas sourde, car l’action navale s’étant engagée auprès des îles Echinades la flotte des chrétiens, sans éprouver elle-même de grandes pertes, remporta une insigne victoire et anéantit les forces ennemies. »

 Alors, en ce dimanche comment ne pas faire le parallèle avec d’autres combats qui menacent actuellement la culture chrétienne : la grande manifestation de ce jour nous a rappelé d’autres dangers et d’autres enjeux tout aussi cruciaux qui menacent notre société, notre civilisation. Comme en 1571, le combat revêt plusieurs dimensions qui se complètent. Aujourd’hui nous retrouvons des enjeux politiques comparables : par la marche de cet après-midi, les citoyens ont pu mobiliser pacifiquement leurs forces pour exprimer leurs désaccords afin de repousser les tentatives de légaliser des pratiques qui continuent le travail de sape des fondements de la civilisation chrétienne.

Et puis, pour nous catholiques, nous le savons, il y a l’arme décisive de la prière. Quand tout semble être emporté comme dans un mouvement irréversible et irrésistible, alors il ne reste que Dieu qui puisse retourner miraculeusement la situation en stoppant la débandade culturelle et la déchéance civilisationnelle. Dans ce cas la prière peut d’autant plus être efficace qu’elle implore le Ciel pour une cause légitime et grave qu’est la défense de l’Évangile et de la société chrétienne.

En ce mois du Rosaire, face aux grandes menaces, les chrétiens doivent de nouveau, comme autrefois, non seulement regrouper leurs forces politiques en manifestant, comme ils l’ont fait cet après-midi, devant toute la société leur angoisse et leur réprobation de lois qui remettent en cause les fondements naturels de la société tels que voulus et posés par le Créateur, mais surtout aussi ils doivent parallèlement redoubler de zèle et d’ardeur spirituels en profitant du mois du Rosaire pour dire avec fidélité et ferveur cette prière bénie par le Ciel et qui a autrefois permis d’obtenir de si grandes et manifestes victoires sur des forces qui semblaient l’emporter, pour ne pas dire, tout emporter dans leurs assauts.

Profitons de ce mois d’octobre, de ce mois du saint Rosaire pour nous réapproprier cette arme divine qui a sauvée dans le passé notre société chrétienne pour gagner de nouveau ces batailles cruciales pour l’avenir de notre nation. La sainte Vierge est au centre des grands combats contre les forces des enfers et par la récitation du Rosaire nous nous engageons dans cette « armée rangée en ligne de bataille » dont elle est à la tête. Sous un tel commandement, même si le combat est rude et humainement, politiquement en notre défaveur, nous ne pouvons qu’être certains de l’issue favorable.

Car ainsi que l’écrivait saint Louis-Marie Grignon de Montfort : « Le Rosaire est l’arme la plus puissante pour toucher le Cœur de Jésus, Notre Rédempteur, qui aime tellement Sa Mère. »

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Dimanche 29 septembre 2019
26ème du Temps ordinaire, selon la forme ordinaire, Lc 16, 19-31.
Messe de rentrée du groupe Scout Unitaire de France

L’Évangile de ce dimanche nous rappelle avec force le véritable défi de notre vie terrestre : cheminer vers le Ciel, vers la Vie éternelle. Si dans une société chrétienne comme celle des siècles passés, cet enjeu était bien présent, bien ancré dans l’esprit des chrétiens où la culture profondément imprégnée des valeurs de l’Évangile leur rappelait régulièrement cette vérité fondamentale que le seul but, la seule ambition de notre existence terrestre est de gagner notre Ciel ; dans notre société actuelle c’est exactement le contraire qui est mis en avant, pour ne pas dire mis en valeur : comment jouir au maximum de notre vie terrestre : « Buvons et mangeons, demain nous mourrons » (ICor. 15,33) selon la devise de ceux qui ne croient pas en la vie éternelle : c’est ce que nous pourrions appeler, en référence à la 1ère lecture : la culture des vautrés et c’est là le drame du riche de notre parabole, et je pense, fort de mon expérience d’aumônier d’hôpital en unité de soins palliatifs, que nous avons là également l’un des drames de notre société et l’une des racines principales de sa crise actuelle: tout est fait pour nous faire vivre comme si l’homme n’avait pas d’âme spirituelle, comme si ses seuls besoins étaient d’ordre matériel, psychologique et intellectuel en nous faisant oublier que notre existence terrestre nous est donnée par Dieu uniquement pour nous préparer à la Vie éternelle . Nous avons là le pire, oui on peut le dire, le pire des négationnismes, le négationnisme étant cette attitude idéologique qui consiste à nier la réalité, car comme nous l’enseigne Jésus lui-même dans notre Évangile de ce dimanche, ce négationnisme peut mener, si nous n’y prenons garde, à la damnation éternelle, qui est la pire des malédictions qui puisse arriver à un être humain.  

Alors dans cette ambiance négationniste généralisée de notre société, comme nous voulons tous, au moins implicitement, être heureux éternellement, et, comme Lazare, aller auprès de Jésus dans l’éternité, et comme c’est là le souhait le plus profond de tout parent vis-à-vis de ses enfants, le rôle du scoutisme dans l’éducation de la jeunesse de notre pays apparaît non seulement comme un plus, mais comme une réelle chance à saisir et même comme un élément qui devient irremplaçable pour  parfaire l’éducation de leurs enfants et contribuer à former en eux une personne équilibrée en ses différentes dimensions et qui puisse vraiment s’épanouir en ce monde afin de vivre dans la plénitude du bonheur dans l’autre. Oui, la culture scoute est aux antipodes de la culture des vautrés.

Les différentes dimensions de l’être humain font que tout enfant a besoin d’être aidé dans son développement physique et intellectuel mais surtout moral et spirituel car ce sont ces 2 dernières dimensions qui conditionneront son bonheur éternel. Ayons le courage de voir la situation en face : qu’est-ce qui distingue fondamentalement le bienheureux Lazare du malheureux riche : Lazare avait développé la dimension morale et spirituelle de sa personnalité durant sa vie terrestre, vivant les valeurs de l’Évangile, ce qui lui a donné accès au sein d’Abraham alors que le riche avait négligé son âme spirituelle et c’est cela qui l’a mené à sa perte.

Le scoutisme est donc là pour aider l’enfant et l’adolescent à développer toutes les potentialités que Dieu lui a données. Si les dimensions morales et spirituelles sont essentielles pour le Salut éternelle, il est évident que la santé de l’âme dépend aussi de la santé du corps et de notre intelligence : anima sana in corpore sano » (Juvenal, 10ème Satyre). Le scoutisme a pour ambition de développer la dimension physique de la personne par toutes les activités manuelles et sportives qui sont proposées à ses membres, et la dimension culturelle en complétant leur instruction intellectuelle par la connaissance de la nature i.e. de la réalité telle que Dieu l’a voulue et créée comme cadre dans lequel l’homme peut s’épanouir. Comme Dieu est Amour et qu’Il nous aime, ainsi qu’Il nous l’a montré en Jésus-Christ, il est évident que la nature, qui est un Don de Dieu, est là pour nous aider à nous épanouir. Cette nécessité d’enraciner notre culture dans le concret est devenue une urgence dans notre société qui développe une culture du virtuel qui ne peut être qu’une culture de l’illusion et donc in fine de la désillusion et de la déception. C’est dans l’illusion, dans le flou que le démon se cache pour nous tromper.

Le contact avec la nature fait prendre conscience à l’enfant qu’il ne peut se développer et s’épanouir que dans un cadre qui lui est donné par le Créateur, que ce cadre n’est pas là pour brimer sa liberté mais au contraire pour l’aider à l’éduquer selon le plan d’amour de Dieu inscrit dans sa Création ; qu’il existe une vérité objective qui nous vient de Dieu qui est un Don de Dieu, qui est là comme une lumière qui nous guide sur le chemin de la Vie éternelle et qu’il nous faut apprendre à accueillir et à intégrer dans notre vie. Ces considérations ne sont pas secondaires, bien au contraire, car derrière se cachent tous les enjeux des questions de société qui sont débattus depuis plusieurs décennies et qui actuellement font la une des médias. Alors, inculquer ces valeurs chrétiennes aux enfants est d’autant plus nécessaire que la référence culturelle de notre société est celle, au contraire, du pur subjectivisme avec son monde de la virtualité où chacun peut créer ses propres règles de vie selon ses phantasmes, ses caprices et ses pulsions qui, en fin de compte détruise la personne humaine car celle-ci est faite, et donc, doit se construire à l’image et ressemblance de Dieu, i.e. telle que Dieu a disposé la Création. Par-delà ces 2 perspectives éducatives opposées se dessinent non seulement les choix de société mais aussi et surtout les destins individuels, les 2 chemins de vie qui nous sont décrits dans l’Évangile de ce jour : celui qu’a emprunté le bienheureux Lazare et celui qu’a emprunté le malheureux riche.

Qu’y a-t-il de plus beau en ce monde que la beauté d’une âme ainsi épanouie et vivant en Dieu car c’est elle qui fait notre beauté éternelle qui nous plongera dans la beauté de la Communion des saints qui reflètera la beauté de Dieu en ses élus. Aussi on peut le dire, le scoutisme est vraiment une école de la Beauté, mais de la vraie Beauté celle qui nous vient de Dieu car Dieu seul est saint, Dieu seul est beau, cette beauté qui fera notre joie éternelle dans la Vision béatifique.

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Dimanche 22 septembre 2019,
25ème du temps ordinaire, forme ordinaire, Lc 16, 1-13

            Comme nombre de paraboles de Jésus, celle que nous venons d’écouter peut nous mettre mal à l’aise car elle semble faire l’apologie de la malhonnêteté. En fait, bien sûr, il n’en est rien, car il faut d’abord ne pas oublier qu’une parabole est un exemple extrait de la vie de tous les jours pour en tirer avant tout un enseignement spirituel, et c’est ce dernier qui est important, vers lequel Jésus veut nous diriger et qu’il faut retenir.

Effet, le Verbe éternel s’est incarné et a pris chair de la Vierge Marie non pas pour venir nous donner un cours d’économie ou et de gestion, mais pour nous enseigner les mœurs de Dieu afin que nous devenions saints comme le Père est saint et que nous retrouvions notre condition d’enfant de Dieu. Jésus est venu nous enseigner les lois de la gratuité divine qui régissent le Royaume des Cieux auquel notre Baptême nous donne accès dans la mesure où nous vivons selon la morale évangélique qui est plus élevée et transcende la morale mondaine. C’est pour cela que ce qu’il faut essayer de scruter avant tout dans les paraboles que Jésus nous expose, est leur contenu spirituel.

Ainsi, il nous faut le reconnaître, dans le domaine spirituel, nous sommes tous des gérants malhonnêtes de la grâce divine et c’est ce que Jésus veut nous faire comprendre en prenant un exemple concret d’où il peut tirer en le transposant sur le plan spirituel un enseignement évangélique.

              Il y a plusieurs manières, en fait pour un gérant, de tromper la confiance de son employeur :
– ou bien il se désintéresse des affaires de son patron, néglige les intérêts de l’entreprise, ne tient pas les comptes à jour et laisse tout aller à vau-l’eau ;
– ou bien au contraire il s’occupe de très près des affaires de son maître, et je dirais même de trop près, à tel point qu’il en vient plus ou moins consciemment à en considérer une partie comme sienne, à se l’approprier et à détourner à son profit une partie des bénéfices.

Alors, nous, qui sommes par notre Baptême, les intendants des Dons de Dieu, nous pouvons nous-même nous poser la question : comment gérons-nous les Biens de notre Seigneur, ceux qu’Il nous a confiés ? Or malheureusement, il nous faut reconnaître que bien souvent nous pouvons être classés dans la catégorie des intendants infidèles, et que nous sommes pour notre part aussi, doublement infidèles, soit par négligence à l’égard de ce qui nous est confié, soit par appropriation de ce qui ne nous appartient pas. En effet :

– D’abord, il y a donc les négligents qui laissent se perdre les biens que le Seigneur nous a confiés selon les charismes dont nous sommes porteurs : nous déprécions les dons de Dieu en refusant, à nos moments de paresse ou d’indifférence, de les mettre en œuvre et de porter du fruit. En effet nous pouvons être conscient des dons que le Seigneur nous a donnés et ne pas avoir le courage de les mettre à profit, de préférer les plaisirs de ce monde plutôt que l’effort de la vertu. Nous pouvons aussi être indifférent à ces dons, les mépriser comme les enfants gâtés qui considèrent que tout ce que leur donnent leurs parents leur sont dus, dons qu’ils gaspillent inconsidérément en vue d’autres plaisirs plus terre à terre et immédiats.

–  Et puis nous avons la 2nde catégories d’intendants infidèles, ceux qui s’approprient les biens spirituels de Dieu en les utilisant uniquement pour leur propre gloriole, en utilisant pour leur avantage personnel ce qui devrait servir à l’unique Gloire de Dieu. Nous profitons des largesses du Seigneur pour nous faire valoir aux yeux des autres ou nous établir à notre compte en tirant un profit personnel et égoïste. Il y a, là derrière, le grave péché d’orgueil, sur lequel il y aurait beaucoup à dire. A ceux-là, l’Apôtre saint Paul pose la question « Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu ? et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (ICor. 4, 7)

Alors l’habileté à laquelle nous invite Jésus est celle qui consiste à utiliser des biens spirituels qui ne nous appartiennent pas, à savoir la grâce divine, i.e. l’amour de Dieu en notre cœur, pour nous faire des amis dans le Royaume des Cieux, afin qu’ils nous reçoivent quand nous irons au Ciel. Si en ce monde, il est malhonnête d’utiliser le bien d’autrui qui ne nous appartient pas pour le distribuer afin de nous faire des amis, dans le Royaume des Cieux où tout est régi par la gratuité de Dieu qui donne tout gratuitement, à charge pour nous bien sûr de ne pas gaspiller inconsidérément ces biens reçus ; où nous sommes radicalement pauvres, où tout ce que nous sommes, tous les biens que nous possédons, à savoir les vertus, nous viennent de Dieu ; là au contraire il est louable d’utiliser les biens du Maître pour nous faire des amis en Dieu. i.e. nous préparer à la Communion des saints qui fera notre bonheur éternel.

          Ce qui caractérise l’intendant malhonnête est de savoir agir en fonction de son intérêt personnel. Il doit en être de même au niveau spirituel pour les fils de la Lumière : savoir là où est vraiment leur intérêt. Or pour un baptisé, Dieu est son unique fin, son seul intérêt s’il a vraiment conscience de son état de baptisé et des enjeux de son séjour terrestre. Dieu nous donne les moyens de réaliser cette fin, à nous d’être spirituellement habile, plus rusé que le démon, et de savoir les utiliser non pour nous faire des amis en ce monde, car ce monde et les amitiés terrestres passent, ils sont aux mains du prince de ce monde ; mais pour nous faire des amis dans l’autre où nous seront reçus quand le Maître aura décidé de mettre un terme à notre service terrestre.

Car pour nous aussi qui par nos péchés sommes de mauvais gérants des biens de Dieu, il sera mis un terme à notre gestion et nous aurons également à rendre compte pour cette gestion de notre vie terrestre. Alors pendant qu’il en est encore temps sachons, comme je viens de vous l’expliquer, nous faire avec les biens de notre Maître céleste des amis dans les demeures du Ciel afin qu’ils nous reçoivent quand le Maître aura décidé de mettre fin à la gestion de notre vie terrestre qui est le domaine qu’il nous a confié en ce monde.

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Mercredi des quatre-temps de septembre,
Forme extraordinaire,
Mercredi 18 septembre 2019, Mc 9, 16-28

L’Évangile de ce jour nous rappelle cette vérité très importante, que notre société moderne a trop tendance à oublier, à savoir que notre combat en ce monde est fondamentalement un combat contre les forces des ténèbres. Saint Paul est très clair sur ce point : « nous n’avons point à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l’air » (Eph. 6, 12). Ce que veut dire Saint Paul, ce n’est pas, bien sûr, que les péchés de la chair n’existent pas mais que derrière les tentations du corps charnel il y a les esprits malins qui par des images, des sensations, des souvenirs qu’ils excitent en nous, suscitent la convoitise. L’Évangile de ce jour, nous rappelle la place et la responsabilité des forces diaboliques dans les épreuves qui parsèment toute existence terrestre. Tout mal, qu’il soit spirituel, psychologique ou même physique n’a qu’un seul père : l’antique ennemis, le démon.

Malheureusement, dans ce combat, le diable peut compter sur des connivences qui sont en nous et qui nous trahissent. Et à chacun d’entre nous Jésus peut dire : « O Génération incrédule, combien de temps devrais-Je vous souffrir ? ». Nos péchés, nos mauvaises habitudes laissent des traces en nous dans notre psychologie, dans nos souvenirs, dans notre corps où les passions du monde ont trouvé refuge et que seul un long travail de pénitence et de vie de prière peut effacer progressivement. C’est à cela que fait allusion Jésus dans la conclusion de notre Évangile : « On ne peut chasser ce genre de démon que par la prière et le jeûne ». C’est aussi pour cela que nous demandons à Dieu dans l’oraison dominicale non seulement de ne pas nous laisser succomber à la tentation mais aussi de nous délivrer du mal, de ce mal qui est en nous et qui constitue comme un territoire que nous avons cédé, pour ne pas dire concédé, à l’ennemi du genre humain, un état dans l’état de baptisé que nous sommes devenus le jour de notre Baptême. Plus nous tombons bas et plus nous demeurons longtemps dans les fanges d’une vie immorale, plus la remontée demande un effort important. L’exemple de Marie-Madeleine est là pour nous le montrer : il lui fallût de longues années de pénitence, de recluse  à la Sainte-Baume pour arracher les dernières racines du mal que les 7 démons qui l’avaient habitée avaient profondément enfuies en son âme et retrouver une pureté d’enfant de Dieu qui lui valut une place choix auprès de son Jésus, de son rabbouni, déjà dès ici-bas mais surtout au Ciel, comme récompense d’un combat héroïque.

Dans ce combat, il existe une arme que l’Eglise depuis la plus haute antiquité a eu à cœur de proposer à ses enfants : c’est la semaine des 4 temps qu’elle a disposée au tournant de chaque saison comme pour rappeler à ses fils que le temps et la nature ne leur appartenaient pas mais qu’ils devaient les consacrer en prémices au Créateur tout-puissant, par un moment de prières et de pénitences, afin que le Seigneur les bénisse, et comme nous le promet aujourd’hui Jésus, nous donne la force de mener le combat contre les ennemis de notre âme. Au sanctoral et au temporal qui règlent l’année liturgique de tout chrétien digne de ce nom, s’ajoute ainsi ce cycle lié lui à la nature dans sa révolution annuelle et qui nous rappelle que celle-ci est un don de Dieu.

A une époque bizarre comme celle que nous vivons aujourd’hui, où l’Église, à la remorque du monde, essaye d’inventer je ne sais quelle théologie de l’écologie en essayant d’en trouver les bases dans une culture amazonienne, malheureusement habitée par les forces des ténèbres, n’avons-nous pas là dans la spiritualité de nos semaines des 4 temps, la vraie et authentique écologie catholique qui s’enracine en Dieu via la sainte Liturgie remontant aux sources de la Tradition chrétienne et qui a nourrit tant de générations de baptisés, les appelant 4 fois l’an, i.e. à l’orée de chaque saison telle que sagement disposée par le Créateur, à offrir en sacrifice de prémices intérieures par la prière et de prémices extérieures par le jeûne les richesses que le Père éternel leur distribue si miséricordieusement pour cheminer le long de leur pèlerinage terrestre ? Après avoir jeté aux orties cette magnifique dévotion des 4 temps comme celle d’un autre temps révolu, l’Eglise n’aurait-elle pas intérêt plutôt que de chercher dans je ne sais quelles racines de je ne sais quelle culture païenne amazonienne où le démon règne en maître, à retrouver ses propres racines bénies car authentiquement chrétiennes ?

Aussi, c’est tout à l’honneur de la paroisse de Saint Eugène-Sainte Cécile que de solenniser cette magnifique liturgie des 4 temps pour mieux mettre en valeur les richesses qu’elle contient et nous aider dans notre sanctification.

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Notre-Dame des Sept Douleurs – 15 septembre 2019 – Forme extraordinaire

Même si cela peut paraître au 1er abord quelque peu incongru, c’est avec un réel contentement que je célèbre aujourd’hui avec vous la fête de ND des 7 douleurs. En effet, d’un côté pour nous qui aimons tendrement notre Mère du Ciel, c’est toujours un sujet de peine et d’amertume que de rappeler à notre conscience ce que ND a souffert au pied de la Croix pour nous, pour ses enfants pécheurs. Mais, d’un autre côté, comme pour son Fils avec la célébration liturgique du Vendredi saint ou de la fête de l’exaltation de la sainte Croix hier, cette commémoration d’aujourd’hui nous rappelle que nous sommes aimés à un point tel par Dieu en son Fils et par la Mère de Dieu, que ceux-ci ont volontiers, chacun à sa place et sa façon, accepté les plus cruelles souffrances pour chacun d’entre nous alors qu’ils étaient tout 2 totalement innocents et irresponsables de nos fautes.

Tout comme le Christ fut transpercé par la lance et que de là coula le sang signe de la vie de la grâce déversée sur l’humanité, de même la Vierge est vraiment notre Mère car elle nous a enfantés à la vie de la grâce dans la souffrance de l’enfantement par son cœur transpercé d’un glaive de douleurs. Ceci nous fut explicitement manifesté quand le Christ du haut de la Croix dit à l’Apôtre St Jean et à travers lui à chacun d’entre nous « Voici votre Mère ».

Dieu a voulu par un privilège inestimable que la Mère du Sauveur fut associée à toutes les grandes étapes de la vie de son Fils et tout particulièrement à sa Passion. C’est ce que nous commémorons aujourd’hui en la fête de notre Dame des 7 douleurs.

Marie est Mère de Dieu : c’est là son titre principal qui marque toute sa vocation de créature et qui la place dans une relation unique avec le mystère de l’union hypostatique. Le lien de maternité qui la lie à son Fils est tout pour elle, les autres privilèges ou états (son immaculée Conception, sa virginité, son mariage avec Joseph…) en dépendent ou sont au service de sa maternité divine

Ainsi Marie est intiment liée aux 2 mystères fondamentaux de son Fils : l’Incarnation et la Rédemption : et c’est le lien avec ce 2nd mystère que nous célébrons aujourd’hui. Mais on ne peut parler de celui-ci sans évoquer le 1er. Dans le mystère de l’Incarnation Marie obtient le titre de Mère de Dieu : le Verbe éternelle prend chair d’elle et en elle. L’humanité que Jésus-Christ assume est celle qu’Il reçoit de la Vierge Marie. Mais l’humanité qu’Il offre en sacrifice sur la Croix est aussi celle qu’Il a reçu de sa Mère au jour de l’Incarnation. Ce qui montre bien la relation étroite de l’Incarnation avec la Rédemption. L’Incarnation est en vue de la Rédemption qui est le mystère pour lequel Jésus est venu en ce monde afin de nous racheter du péché originel et nous rouvrir les portes du Paradis qui nous avaient été fermées par la faute de nos 1ers parents. Si Marie est Mère dès l’instant de l’Incarnation, Marie n’a jamais été plus Mère qu’au pied de la Croix. Et là le titre qui lui est donné est celui de Corédemptrice. Si au moment de l’Incarnation Marie acquiert le titre unique de Mère de Dieu, au pied de la Croix, elle acquiert le titre non moins unique de Corédemptrice par lequel elle devient Mère de tous les baptisés.

Le Lien qui unit Marie à son Fils Jésus sont à ce point constitutifs de leur humanité respective qu’il est indissoluble. Or, comme cela est rappelé lors de la célébration du Sacrement de Mariage, ce qui caractérise le lien indissoluble est qu’il est « pour le meilleur et pour le pire » car, si le meilleur est nécessaire pour avoir des moments de bonheur qui préfigurent le bonheur éternel et authentifie ce « meilleur » comme un réel Don de Dieu ; c’est dans « le pire » que se vérifie la profondeur et la solidité du lien et la fidélité nécessaire au respect de cette indissolubilité. En disant son « oui » au représentant du Dieu, l’Archange Gabriel, Marie est devenu l’Epouse du Saint-Esprit, elle a conçu de Lui et le Verbe s’est fait Chair : c’est là le mystère de l’Incarnation, l’évènement joyeux. Mais c’est au pied de la Croix que la fidélité du Oui de Marie s’est vérifiée comme indéfectible : c’est dans l’épreuve du feu qu’est vérifiée la pureté de l’or, qu’est vérifiée la pureté de nos sentiments. Après le meilleur vint le pire comme en toute vie.

En tant qu’Immaculée, Marie n’a pas été touchée par le péché originel : aussi son enfantement au jour de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ fût sans douleur, avec en plus pour elle le privilège de la Virginité non seulement ante partum, mais aussi in et post partum. Mais par contre, à cause de nos péchés, ce fut dans la douleur qu’elle nous enfanta au pied de la Croix à la Vie de la Grâce. Quel fut la plus grande souffrance de Jésus ? Je pense que nous pouvons l’affirmer sans risque de nous tromper : ce fut de voir sous ses yeux la souffrance inouïe de la créature qu’Il aimait le plus, de voir sa Mère tant aimée transpercée par un glaive de douleurs. Mais tout comme il fallait que Jésus souffrît pour entrer dans sa gloire, il fallait selon la même Sagesse divine que Marie souffrît elle aussi atrocement de voir son Fils sur la Croix : quel plus grand supplice pour une mère que de voir son fils unique qu’elle aime tendrement pendu au gibet de la Croix. Pour qu’il n’y ait aucun de doute sur la réalité de ce titre de Corédemptrice, je dis cela parce certains théologiens en doutent encore, et aussi pour que la Vierge se prépare à son Sacrifice, l’Esprit-Saint a illuminé le vieillard Siméon afin qu’il annonce à la Vierge son immolation future au pied du la Croix, à l’instar de Jésus qui prophétisera sa Passion aux Apôtres : « Un glaive de douleurs vous transpercera le cœur ». Du reste, ce titre de Corédemptrice traverse tout l’Ancien Testament avec d’abord le témoignage de ce que les exégètes appellent le Proto-Evangile par lequel, selon la version de la Vulgate, Dieu annonce au serpent juste après le péché originel que la Femme l’écrasera de son talon : « Elle t’écrasera la tête du talon ». La lecture de cette fête est un autre exemple qui annonce en Judith, la Victoire de la Nouvelle Eve sur les ennemis du Peuple de Dieu.

Ainsi, à la suite de toute la Tradition, le dernier Concile nous enseigne dans sa constitution Lumen Gentium : « Marie souffrit cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de la chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots : « Femme, voici ton Fils » ».

Tout comme Marie, de par le mystère de l’Incarnation après avoir enfanté son enfant Jésus, est lié à son Fils au pied de la Croix, nous aussi, qui avons été enfantés à la vie de la grâce par Marie, nous devons être liés à elle au pied de la Croix, tel saint Jean, le fils qui lui fut donné par Jésus du haut de la Croix. Là où Jésus est passé, il fallait que Marie passât. Là où Marie est passé à la suite de son Fils, il faut que l’Église passe.

L’Église militante est au pied de la Croix avec Marie, comme saint Jean au jour de la Passion. Mais il est des périodes où cette présence au pied de la Croix est plus forte, comme par exemple aux moments des persécutions. Ce n’est pas la peine, je pense d’aller chercher des exemples bien loin dans l’histoire. Soyons franc et lucide : avec le synode pour l’Amazonie qui débutera dans quelques semaines, l’Église n’entre-t-elle pas, à son tour, à la suite du Rédempteur et de la Corédemptrice, dans son Vendredi Saint ? Un glaive douleur n’est-il pas en train de lui être préparé pour s’enfoncer en plein cœur ? Dans une interview récente au sujet de son dernier livre, le Cardinal Sarah le déclarait explicitement : « L’Église est plongée dans l’obscurité du Vendredi saint».

Dieu a voulu la Passion de son Fils et la Compassion de sa Mère au Pied de la Croix. Marie est l’image de l’Église : là où Jésus est passé, sa Mère qui lui est intimement lié est passé, et l’Église, à son tour, doit les suivre.

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Dimanche 8 septembre 2019 – Lc 14, 25-33 Forme ordinaire

L’Évangile de ce dimanche, vous l’avez sûrement remarqué, comporte 2 parties distinctes mais reliées et complémentaires. Pour ne pas être trop prolixe, je m’arrêterai sur la 1ère partie.

Celle-ci nous rappelle une vérité importante que nous connaissons bien car elle est évidente pour tout chrétien. Mais ce sont, justement, les vérités les plus évidentes que nous avons le plus tendance à oublier et qu’il faut régulièrement rappeler car elles sont, en tant qu’évidentes, fondamentales. Comme le dit l’expression : cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant. Cette vérité est que la Croix est au centre de toute vie en particulier de toute vie chrétienne ; ou plus exactement si la Croix est au centre de toute existence en ce bas-monde, accepter volontiers de porter sa croix est le signe distinctif du chrétien qui désire suivre Jésus joyeusement. Et nous sommes là au cœur de l’enseignement de cette 1ère partie de l’Évangile de ce dimanche qui est centrée sur le mystère de la Croix. Fuir sa croix, ce qui est d’une certaine façon humainement compréhensible, est, en fait, le signe d’une foi superficielle, mondaine, est le signe d’une croyance paganisée, diluée, qui a perdu son sel évangélique, qui n’est pas enracinée profondément dans l’amour du Christ mais dans l’amour de ce monde que l’on fait passer pour de l’amour de Dieu.

Jésus est très clair : celui qui ne me préfère pas, même à sa propre vie, i.e. à ce que nous possédons de plus précieux, ne peut pas être mon disciple. Bien sûr, si nous posons notre existence en ce monde comme un absolu, cette exigence du Christ peut apparaître excessive et irrespectueuse de notre dignité humaine. En fait, cette exigence de Jésus n’est rien d’autre que celle de l’amour évangélique, qui est don et que Jésus-Christ a vécu et est venu nous enseigner. En effet, Dieu seul est vie au sens plénier et absolu en tant qu’il est Trinité, Père et Fils et Saint-Esprit, qui dans leurs Dons réciproques d’Amour constituent la Vie divine et l’unique source de toute vie créée, et donc l’unique source de notre vie. En nous créant, Dieu nous fait participer à sa Vie, à son Être comme disent les philosophes.

Nous ne sommes donc pas les propriétaires mais uniquement les locataires d’une vie qui nous est octroyée par Dieu et surtout en Dieu, en tant que nous participons à sa Vie : c’est cela qui est important de comprendre. Dieu est tout et nous ne sommes rien sans Lui : Il nous a tiré du néant. Par notre vie, nous vivons d’une certaine façon chez Dieu : la vie que nous recevons de Dieu, nous fait participer à un certain degré à la Source de toute vie qu’est la Vie de la Sainte trinité, et nous sommes comme logé chez Dieu.

En nous invitant à préférer Le préférer à notre vie, en fait Jésus-Christ qui est Dieu nous invite à prendre conscience de cette réalité ontologique qui caractérise le fond de notre être : à savoir que d’une part, nous ne sommes pas propriétaire de notre vie, elle appartient à Dieu seul et donc notre vie ne doit pas être un absolu pour nous, Dieu seul est l’Absolu ; et d’autre part : il est normal de préférer l’Auteur de la Vie, qui est la Vie incréée, la Vie éternelle et bienheureuse, à notre pauvre vie créée et surtout depuis le péché originel, une vie mortelle marquée par la misère en ce bas-monde, d’autant qu’un jour ou l’autre, il nous faudra quitter cette vie terrestre.

En fait derrière cette préférence, ce renoncement à nous même, il y a une invitation à monter plus haut dans la participation à la Vie de Dieu, à monter plus haut dans la hiérarchie de la vie, à monter en quelque sorte d’un étage dans la Vie en Dieu, dans la vie chez Dieu. En clair, en préférant Dieu à toutes nos attaches naturelles, comme nous le demande Jésus dans notre Évangile, nous acceptons de renoncer à l’étroitesse du lieu de notre vie mondaine, horizontalisée pour aller loger chez Dieu en des lieux spacieux plus amples car plus spirituels.

Je dis : « nous acceptons de renoncer », car Dieu nous a créés libres : notre degré de participation à la vie de Dieu dépend de nous, de nos choix. Si nous préférons les petites joies de ce monde, nos petits égoïsmes, alors nous continuerons à loger dans les parties basses de la vie créée par Dieu et en Dieu. Par contre si nous renonçons librement, joyeusement à ce logement de pauvreté, parce que justement, par une grâce de lucidité, nous avons compris son indigence, alors Dieu, par sa grâce nous fait monter et accéder en des étages supérieurs dans ses demeures divines.

Mais derrière tout renoncement, et là nous revenons directement à notre Évangile, il y a la Croix ou si vous préférez la Croix est le nom chrétien, depuis que Jésus l’a sanctifiée sur le Golgotha pour désigner le renoncement à des joies inférieures afin d’accéder à un bonheur supérieur. Par la Croix, Jésus nous a ouvert de nouveau la porte du Ciel fermée par le Péché Originel et c’est par notre croix que nous pouvons nous aussi emprunter le même chemin en le suivant et donc être son disciple et accéder au Royaume des Cieux, qui ne l’oublions pas commence déjà en nous dès ici-bas. En renonçant aux avantages d’une vie de facilités, de futilités, d’égoïsmes, en prenant notre croix nous suivons le Christ qui nous fait entrer dans le royaume des Cieux : nous devenons locataire du Royaume des Cieux.

Et ceci nous renvoie à la belle fête que nous allons fêter à la fin de la semaine : la fête de la Croix glorieuse. Pour nous chrétiens la Croix est glorieuse car la croix est le seul chemin vers la Gloire du Ciel. Si Jésus a voulu subir le terrible martyre de la Croix, c’est pour nous enseigner cette vérité centrale qu’Il nous rappelle dans notre Évangile de ce dimanche : par sa Croix, Jésus nous ouvre le chemin vers la Gloire du Ciel et nous pouvons Le suivre si nous aussi nous acceptons de prendre librement et joyeusement ce même chemin, celui de la Croix glorieuse, celui de notre croix glorieuse.  

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Dimanche 1er septembre 2019 – Lc 10, 23-37, Messe selon la forme extraordinaire

La parole de Dieu est faite pour résonner dans le cœur de l’homme. En effet, en tant que Parole de Dieu qui est Amour, elle sort du Cœur du Père céleste comme un Don fait à ses enfants  et elle est faite, elle est prononcée par Dieu pour aller résonner dans un autre cœur, celui de l’homme, et ce d’autant plus que nous-même nous avons été façonnés par une Parole divine : l’âme de chacun d’entre nous a été créée par une Parole divine sortant du cœur de Dieu  et nous sommes faits, notre âme spirituelle a été pétrie pour résonner intérieurement par connaturalité à la Parole de Dieu.

Chaque passage des Saintes Écritures, et spécialement ceux qui nous ont été préparés maternellement par l’Église dans sa sainte Liturgie, ceux que nous venons écouter lors de la Messe du dimanche et qui nous sont proclamés ou chantés solennellement par le prêtre ou la schola, sont notre manne dominicale descendue du Ciel, mais aussi ont été déposés par notre sainte Mère l’Église dans le cœur de ses enfants afin de pétrir et façonner leur âme à l’image et ressemblance de leur Père céleste pour qu’ils résonnent toujours d’avantage et chantent dans la Communion des Saints la Gloire de Dieu qui remplit l’univers.

Et La Parole de Dieu étant d’une richesse infinie en ses modes de résonances, elle est capable de s’adapter à chaque cœur qui l’écoute et qui la reçoit pour résonner en lui de façon toute personnelle, tout à fait adaptée à lui, comme si elle ne s’adressait qu’à lui seul et avait été faite uniquement pour lui.

Un homme n’est vraiment humain au sens plénier du terme, i.e. au sens voulu par Dieu et qui est celui de sa pleine conformité à sa vocation d’enfant de Dieu, que dans la mesure où il accueille, se laisse nourrir, illuminer et façonner par la Parole de Dieu. L’exemple par excellence nous est donné par la Mère elle-même de Jésus lorsqu’elle répond à l’Archange Gabriel : « qu’il me soit fait, qu’il m’advienne selon votre parole » et un peu plus tard lors des noces de Cana, aux serviteurs, elle ne donne qu’un seul conseil : «  faites tout ce qu’Il vous dira » i.e. : faites tout selon sa Parole, selon la Parole de Dieu car nous le savons cette parole de Dieu dont je vous parle depuis le début n’est autre que Jésus-Christ Lui-même, le Verbe éternel de Dieu incarné.

Alors, on peut comprendre la Béatitude que Jésus proclame au début de notre Évangile de ce dimanche, qui est la Béatitude de ceux qui L’accueillent en tant que Parole divine incarnée : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont point vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont point entendu ».

Alors, comment, en ce 1er dimanche par lequel la Providence divine m’appelle à inaugurer mon ministère de vicaire en cette paroisse, oui, comment ne pas être interpellé au plus profond de moi-même par l’Évangile de ce jour, et ceci à un double titre. : d’abord en tant qu’il est Parole de Dieu qui s’adresse à tout homme comme je viens de vous l’expliquer, et puis tout particulièrement pour ce qui me concerne en tant qu’il donne une enseignement tout spécial sur les différentes attitudes que le pasteur peut adopter vis-à-vis des âmes que le Seigneur met sur son chemin et dont certaines sont à demi-mortes à la vie de la Grâce. Que doit-il faire ? Doit-il passer son chemin avec mépris voire même avec dégout ou doit-il au contraire s’approcher et se laisser attendrir ?

En effet, le prêtre a pour mission 1ère le soin des âmes qui sur le chemin de la vie quotidienne subissent les attaques sournoises du démon qui les agressent parfois si sauvagement, avec une telle violence qu’elles demeurent à demi-mortes à la Vie surnaturelle sur le bord du chemin de leur existence terrestre. Oui, en ce 1er dimanche que je partage avec vous, je ne peux qu’être profondément interpelé par cet Évangile qui résonne au plus profond de mon âme sacerdotale.

Le hasard n’existant pas, ce que l’homme cache derrière le terme fourre-tout hasard n’étant rien d’autre que la complexité pour lui du Plan divin qui échappe à sa raison naturelle, la Providence divine dans son infaillible précision et toute-puissance, nous place dans des conditions de vie bien précises de telle sorte que le prochain pour chacun d’entre nous n’a pas à être chercher, rechercher dans je ne sais en quel lieu lointain que notre imagination très fertile est tout à fait capable d’imaginer, mais là où le Seigneur nous place : d’abord dans notre famille, dans notre communauté, puis chez nos amis, dans le lieu de notre habitation, de notre travail, ou aussi là où nous sommes amenés à nous déplacer, à voyager comme c’est le cas dans notre Évangile : c’est là que le Seigneur nous attend concrètement et qu’il nous fait passer sur le chemin où se trouve notre prochain.

Ainsi, pour le Prêtre, le prochain est avant tout celui qu’il rencontre dans le lieu de son ministère, là où le Seigneur l’envoie : pour le Curé ou le vicaire, ce lieu privilégié est celui de sa paroisse : c’est là qu’il est amené à rencontrer les âmes que le Seigneur met ordinairement sur sa route, qui dans le cadre du ministère que Dieu lui a confié par l’entremise de ceux qui ont autorité dans l’Église, sont son prochain pour lequel il aura à déployer les énergies et les grâces que le Seigneur lui donne et pour lequel il aura compte à rendre au jour de son jugement.

Priez pour moi pour que le Seigneur me donne la compassion des âmes, que je me laisse aussi fasciner et façonner par sa Parole afin qu’elle me donne la ressemblance du bon samaritain mais que je ne me donne pas celle du personnel clérical qui après avoir rempli administrativement ses fonctions au Temple de Jérusalem, passe sa route et se tient loin des âmes attaquées en chemin par le démon sans voir que les 2 missions, celle du culte et celle du soin des âmes, sont liées et complémentaires.

Il faut donc la compassion des âmes, mais cela ne suffit pas, il faut aussi la force pour les tirer jusqu’à l’auberge du Seigneur et là les ressources nécessaires pour que les soins spirituels leur soient conférés. De nouveau je vous le demande, priez, ici pour la sanctification du votre clergé car ce qui est arrivé sur le chemin de retour de Jérusalem à ce pauvre voyageur descendant de Jérusalem, cela aurait pu aussi arriver au Prêtre ou au Lévite qui passaient après lui.

L’Église militante en ce monde est de nos jours férocement attaquée de toute part et c’est par la force de la Communion des saints qu’elle peut résister et repousser les attaques du monde des enfers qui triomphe ici et là avec d’autant plus de succès, que les murailles ont été disloquées par un demi-siècle de crise qui en ont ébranlé les fondements, ceux de la doctrine et des institutions.

Ce que ne nous dit pas la parabole et que l’on peut malheureusement imaginer, est que peut-être que ce voyageur descendant de Jérusalem a été imprudent et n’a pas pris les précautions nécessaires pour ce genre de voyage, comme voyager en groupe ou avoir de quoi se défendre, ce qui transposé sur le plan surnaturel signifie vivre dans la Communion de l’Église où la Charité qui unit les membres s’enracine dans la Vérité, et aussi recevoir d’elle la force des Sacrements et des autres moyens spirituels de sanctification. Ce qui contribue à la force des âmes est la sainteté de son clergé, mais aussi ce qui contribue à la force du clergé est la sainteté du troupeau qui, à sa place, œuvre, spécialement au moyen de la prière, à protéger les pasteurs des attaques du monde des enfers. L’Église, en effet, comme nous l’enseigne saint Paul, est un corps organisé selon le Plan divin et la faiblesse de l’un de ses membres fragilise l’ensemble du corps. Bien sûr, les défaillances de la tête, de la raison ont des conséquences bien plus graves, bien plus dramatiques sur le salut de l’ensemble du Corps ecclésial que les défaillances des autres membres. Cependant, il n’empêche que si pour le Prêtre ses paroissiens sont son prochain, l’inverse est également vrai : pour les paroissiens leurs pasteurs sont leur prochain.