Edito

Le Linceul de Turin

Depuis dimanche dernier et jusqu’au 24 juin prochain, date à laquelle la visite du pape François viendra clore l’ostension, le Linceul de Turin est de nouveau offert à la vénération publique en la cathédrale S. Jean-Baptiste qui l’abrite depuis le 16e siècle. La dernière ostension remonte à 2010 et le pape Benoît XVI y avait alors médité, le 2 mai, le mystère du Samedi Saint, la mystérieuse césure entre les souffrances de la Passion et la glorification du matin de Pâques.

C’est que ce linge à nul autre pareil résume à lui seul le mystère pascal du Christ. Il porte en effet l’empreinte d’un corps supplicié selon la technique en cours chez les Romains du 1er siècle, avec des traces de sang et de liquide biologique qui présentent une analogie remarquable avec ce que nous savons grâce aux évangiles de la Passion du Christ. Et en surimpression ce que la foi nous suggère être l’effigie du Ressuscité au moment même de son éveil d’entre les morts. Les traces de supplice bien tangibles du Vendredi Saint d’un côté et de l’autre une image impossible à reproduire qui rend compte de la disparition, sans effraction, du corps qui y fut enveloppé.

Le Linceul de Turin est un objet dont la Providence divine a voulu réserver l’exploration à notre ère de haute technique, éprise de rationalisme. Il porte les marques bien réelles des supplices de la Passion et l’image qui s’est formée sur sa surface intérieure peut être interprétée comme la trace qu’a laissé dans notre monde promis à la caducité Celui qui inaugure, avec son corps transfiguré, le monde nouveau de la gloire, le monde eschatologique qui nous est promis si nous aussi « mourons avec le Christ avec lui nous vivrons », selon la parole de l’Apôtre (2 Tm 2, 11).

Abbé Eric Iborra

Croire à la Vie

L’archevêque de Paris, le cardinal Vingt-Trois, a redit de manière simple et claire, dans son entretien hebdomadaire, ce qui fait l’essentiel de notre foi chrétienne bien plus répandue qu’on pense. En voici le contenu substantiel.

« Cette année encore, il y a eu beaucoup de monde dans les églises parisiennes. Cette affluence des chrétiens pour Pâques dément l’idée que la foi n’attire plus personne. Au contraire. La foi attire beaucoup de monde. Plus de 30 chemins de croix ont eu lieu dans Paris. La mort et la résurrection du Christ est un événement qui ne passe pas inaperçu. C’est pour nous un motif d’espérance.

Ces grandes célébrations de l’année sont l’occasion pour les chrétiens de ne pas se contenter de regarder la télévision mais d’exprimer un choix libre et de faire quelque chose pour suivre le Christ. S’il y a une résolution à prendre à Pâques, c’est de croire que la vie est plus forte que la mort, c’est de ne pas se laisser intoxiquer par la « culture de mort » c’est-à-dire par cette idée d’une fatalité qui fait que dans notre monde c’est la mort qui l’emporte sur la vie et qu’il n’y a rien après. La résurrection est le mystère central du témoignage chrétien. Il n’y a pas de moyens intellectuels pour la démontrer. La seule façon d’ouvrir une porte sur ce mystère, c’est la façon de vivre des chrétiens qui consiste à ne pas vivre comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Si l’on vit dans la hantise de l’échec et de l’anéantissement permanent, on n’est pas dans la logique de la résurrection.

La résurrection se traduit dans la vie par la conviction que l’homme a la possibilité, avec la grâce de Dieu, de surmonter les difficultés de l’existence, et de ne pas se laisser emporter par l’obsession de l’hostilité ou de l’agression des autres, obsession qui est une sorte de renoncement à la victoire du Christ. Le Christ est ressuscité. Et si je crois en la résurrection, je crois qu’il me porte dans sa résurrection. Et donc je ne suis pas de ceux pour qui tout se résout sur cette terre. Tant mieux s’il y a là un soin palliatif de l’âme. Et s’il y a des gens qui n’ont pas besoin de soigner leur âme je les laisse faire l’expérience de la vie jusqu’au bout »

En ce temps pascal qui nous conduit jusqu’à l’Ascension et à la Pentecôte, nous pouvons demander à Dieu Notre Père de répandre sa bénédiction sur les hommes et sur les femmes qui sont passés pour Pâques dans les églises de notre ville. Que l’Esprit-saint ressuscite en eux la victoire du Christ sur la mort, et qu’il affermisse en eux l’espérance de la vie éternelle.

+ Abbé Patrick Faure, curé

 FIP 150419