Edito


L’unité ?

En ces mois de synode sur la famille, chacun apporte son commentaire enthousiaste ou catastrophé sur les échanges entre pères synodaux. Il est alors tentant de se dire que les opinions divergentes des cardinaux montrent combien les divisions dans l’Eglise ont leur origine en haut lieu. Ce serait oublier ce que le pape François enseignait dans sa catéchèse du 27 août dernier : « …l’expérience nous dit que les péchés contre l’unité sont nombreux.

Et ne pensons pas seulement aux schismes, mais pensons aux manques très habituels dans nos communautés, aux péchés « paroissiaux »… Parfois, en effet, nos paroisses appelées à être des lieux de partage et de communion, sont tristement marquées par des envies, des jalousies, des antipathies… Et les médisances sont à la portée de tout le monde. Que de médisances dans les paroisses ! Ce n’est pas bon… Cela arrive quand nous visons les premiers postes, quand nous nous mettons au centre, avec nos ambitions personnelles et nos façons de voir les choses et que nous jugeons les autres, quand nous regardons les défauts de nos frères au lieu de regarder leurs dons, quand nous donnons plus d’importance à ce qui nous divise qu’à ce qui nous rapproche… Face à tout cela, nous devons faire sérieusement notre examen de conscience. Dans une communauté chrétienne, la division est… un signe… de l’œuvre du diable, qui… ruine les rapports, qui insinue les préjugés… Dieu au contraire, veut que nous grandissions dans la capacité à nous accueillir, à nous pardonner et à nous aimer, pour lui ressembler toujours davantage, lui qui est communion et amour.

Faisons résonner dans notre cœur ces paroles de Jésus : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9)… en sachant bien que l’on ne parvient pas à la communion sinon à travers une conversion continuelle. Qu’est-ce que la conversion ? C’est demander au Seigneur la grâce de ne pas dire du mal des autres, de ne pas critiquer, de ne pas médire, d’aimer tout le monde. C’est une grâce que le Seigneur nous donne. C’est cela, la conversion du cœur. Et demandons que le tissu quotidien de nos relations puisse devenir un reflet toujours plus beau et plus joyeux du rapport entre Jésus et son Père. »

Pape François
(extraits Abbé P. Faure)

Au lendemain de La Manif Pour Tous

H. Hude, professeur à l’ESM de Saint-Cyr, est l’un de nos paroissiens occasionnels. Voici son analyse, reprise sur le « Salon beige » au lendemain de la manifestation de dimanche dernier qui a rassemblé vraisemblablement plusieurs centaines de milliers de protestataires. Après avoir évalué le bloc des sympathisants à une dizaine de millions de personnes, il aborde trois points :

Comment expliquer que le mouvement reste marginalisé ?

Ce mouvement massif n’est pas majoritaire et une politique isolationniste le condamnerait à l’échec. Mais, pour pouvoir négocier des alliances, ce mouvement devra savoir ce qu’il est et où il va. Sans doute va-t-il ‘objectivement’ dans une certaine direction. Mais son leadership devrait définir ce que serait pour lui la victoire, au-delà du retrait de quelques textes législatifs ou réglementaires, et se donner une stratégie ambitieuse et claire. Une telle stratégie se doit d’être au niveau des enjeux de tout le pays et de tous les Français.

Quels sont les fondements du mouvement ?

Philosophiquement, ce mouvement se définit comme une redécouverte par un peuple de la nature comme norme. Cette redécouverte a d’abord eu lieu de manière plus superficielle dans les milieux écologistes, face aux dégâts causés à l’environnement. Elle s’est accomplie ensuite de façon bien plus profonde, en silence, et dans un nombre considérable d’esprits, face à la confusion pathogène causée en l’Homme et en la Société par la négation radicale de la nature et de sa normativité. Or, cette idée d’une nature comme facteur d’harmonie, est adaptée au multiculturalisme contemporain. En outre, cette idée force peut s’accorder à la tradition de l’humanisme.

Quelles seront les conséquences politiques du mouvement ?

Nous sommes en face d’un mouvement qui cherche sa place sur l’échiquier politique. Il fait partie des forces politiques modernes qui ont vocation à restructurer l’espace politique tout entier, mais n’en ont pas encore pris conscience. Modérés par tempérament, par éducation, par position sociale, les leaders du mouvement voudraient exister dans l’espace libéral classique. Ils préféreraient cela de beaucoup à d’autres tentatives plus ambitieuses. Mais, l’énergie propre de leur mouvement contrarie leur prudence. C’est  pourquoi ils peinent à trouver leur place dans le paysage, entre les partis existants. Si les partis ne se résolvent pas à lui faire une place et même, peu à peu, à se laisser restructurer à partir de son dynamisme, nous verrons les gens décrocher peu à peu du système politique et le rejeter dans son ensemble. C’est alors que les événements pourraient prendre un tour assez différent.

Ajoutons à cela – et c’est moi qui parle – que l’enjeu actuel – le refus de la soi-disant Gestation Pour Autrui (monstruosité conceptuelle quand on y réfléchit bien, tout à fait dans la ligne du langage dénoncé par Orwell) – ne fait que souligner les contradictions des libertaires issus du gauchisme de 68 : 

  • Comment concilier les idéaux féministes égalitaires avec la marchandisation du corps de la femme (payée pour porter un enfant qui n’est pas le sien) auquel aboutit ce système ?
  • Comment concilier l’anticapitalisme et la « haine des riches » qui l’accompagne avec les sommes considérables engagées pour un petit nombre de privilégiés et dégagées par ce fructueux « business » au profit d’un petit nombre d’intermédiaires dont le seul guide est le lucre, l’appétit du gain.

Abbé Eric Iborra