Edito

Deux enjeux d’un synode

« La conviction des chrétiens – que tous ne portent pas avec la même force et avec la même clarté – c’est que la communion avec le Christ, l’union baptismale qui a été conclue par le baptême et qui met en œuvre la vie chrétienne, permet à des hommes et à des femmes de vivre des situations plus difficiles et de les surmonter de manière satisfaisante. Donc nous pensons que cette conviction est une ressource, et une chance pour l’humanité, que cette chance n’est pas réservée seulement à ceux qui ont tout compris et qui sont déjà parfaits, mais qu’elle est destinée à tous les hommes. Et notre travail, notre mission de chrétiens, c’est d’être témoins de cette ressource et de cette force qui est disponible pour ceux qui veulent y avoir recours.

Cet enjeu est capital. Par rapport à la famille, la question est de savoir si vraiment nous sommes convaincus que le mariage unique, stable et définitif est une chance pour tous les mariages, pas seulement pour les mariages chrétiens. Le fait qu’il y ait des mariages chrétiens qui donnent un signe positif est un point d’appui pour d’autres qui ne sont pas forcément chrétiens, qui n’ont pas forcément les mêmes objectifs mais qui se disent en voyant les mariages chrétiens : « finalement, c’est quand-même mieux ». C’est un premier enjeu. C’est le témoignage que nous pouvons rendre à la permanence de l’amour de Dieu pour l’humanité à travers la stabilité de l’amour d’un homme et d’une femme.

Le deuxième enjeu, c’est de voir comment l’Eglise, à travers toutes ses strates, depuis l’évêque jusqu’au dernier chrétien, peut aider les gens à vivre, comment l’Eglise peut aider à vivre une femme africaine qui se trouve seule avec deux ou trois enfants à élever, comment l’Eglise peut aider à vivre des gens qui ne réussissent pas à se marier, qui sont des célibataires forcés, comment l’Eglise peut aider à vivre des gens qui connaissent le veuvage précoce, ou des gens qui échouent dans le mariage ou qui se trouvent abandonnés par leur conjoint et qui se trouvent seuls brusquement, ou des parents qui ont des difficultés avec leurs enfants etc. Cette dimension d’accompagnement, de soutien de fortification est un enjeu considérable dans toutes les périodes. Mais nous, nous le vivons dans la période actuelle avec les problèmes auxquels nous sommes confrontés »

Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris,
Président délégué de l’Assemblée synodale sur la Famille
(extraits entretien KTO, transcription Abbé P. Faure)

 

 

L’unité ?

En ces mois de synode sur la famille, chacun apporte son commentaire enthousiaste ou catastrophé sur les échanges entre pères synodaux. Il est alors tentant de se dire que les opinions divergentes des cardinaux montrent combien les divisions dans l’Eglise ont leur origine en haut lieu. Ce serait oublier ce que le pape François enseignait dans sa catéchèse du 27 août dernier : « …l’expérience nous dit que les péchés contre l’unité sont nombreux.

Et ne pensons pas seulement aux schismes, mais pensons aux manques très habituels dans nos communautés, aux péchés « paroissiaux »… Parfois, en effet, nos paroisses appelées à être des lieux de partage et de communion, sont tristement marquées par des envies, des jalousies, des antipathies… Et les médisances sont à la portée de tout le monde. Que de médisances dans les paroisses ! Ce n’est pas bon… Cela arrive quand nous visons les premiers postes, quand nous nous mettons au centre, avec nos ambitions personnelles et nos façons de voir les choses et que nous jugeons les autres, quand nous regardons les défauts de nos frères au lieu de regarder leurs dons, quand nous donnons plus d’importance à ce qui nous divise qu’à ce qui nous rapproche… Face à tout cela, nous devons faire sérieusement notre examen de conscience. Dans une communauté chrétienne, la division est… un signe… de l’œuvre du diable, qui… ruine les rapports, qui insinue les préjugés… Dieu au contraire, veut que nous grandissions dans la capacité à nous accueillir, à nous pardonner et à nous aimer, pour lui ressembler toujours davantage, lui qui est communion et amour.

Faisons résonner dans notre cœur ces paroles de Jésus : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9)… en sachant bien que l’on ne parvient pas à la communion sinon à travers une conversion continuelle. Qu’est-ce que la conversion ? C’est demander au Seigneur la grâce de ne pas dire du mal des autres, de ne pas critiquer, de ne pas médire, d’aimer tout le monde. C’est une grâce que le Seigneur nous donne. C’est cela, la conversion du cœur. Et demandons que le tissu quotidien de nos relations puisse devenir un reflet toujours plus beau et plus joyeux du rapport entre Jésus et son Père. »

Pape François
(extraits Abbé P. Faure)