Edito

Les fins dernières : la Toussaint et les fidèles défunts

Nous avons célébré samedi les saints, tous les saints. Nous avons célébré la foule innombrable de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui au cours de leur existence terrestre se sont pleinement ouverts à Dieu et au prochain. Pour les uns – peut-être en avons-nous connu – ce fut la note dominante de toute leur vie ; pour d’autres ce fut à l’occasion d’une conversion, progressive ou subite ; pour d’autres enfin ce fut au moment de leur mort, lors de cette brusque prise de conscience de la vanité de toute chose. Dans tous ces cas, précocement ou tardivement, ces hommes et ces femmes ont compris qu’il faut consentir, toujours plus ou moins douloureusement, à se dépouiller de soi pour faire l’expérience de la joie. Nous avons fêtés hier cette foule de témoins discrets de l’amour qui au terme de leur pèlerinage terrestre ont été accueillis dans la gloire de Dieu. Aujourd’hui (dans la forme ordinaire) ou demain (dans la forme extraordinaire), nous tournons notre regard vers la foule immense des autres fidèles défunts, et par extension vers tous les morts que notre terre a portés.

Pourquoi deux jours consacrés aux morts ? Parce qu’il ne s’agit pas des mêmes ! Hier nous nous tournions vers les saints, aujourd’hui nous nous tournons vers ceux qui ne le sont pas, ou plus précisément qui ne le sont pas encore. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ont besoin de nous, comme nous nous avons besoin des saints. Hier c’était un jour de fête, et nous avons demandé aux saints de veiller sur nous, avec les anges, dans le pèlerinage terrestre que nous effectuons encore. Aujourd’hui ce n’est pas un jour de fête, c’est un jour de supplication : nous nous souvenons des autres défunts et nous prions pour eux.

Dans un cas comme dans l’autre, nous illustrons ce qu’est la communion des saints. La communion des saints, c’est une autre manière de dire que l’Eglise est une. C’est la même Eglise sur terre, au ciel et en ce lieu, ou mieux, cet état qu’on appelle purgatoire. Les saints et les anges agissent pour nous et ils nous associent à leur action pour tous ces morts qui ne sont pas encore des saints. C’est une manière d’aimer, et non des moindres, que de prier pour les morts afin qu’ils soient prêts à voir Dieu, d’offrir la messe pour leur salut éternel. Le purgatoire est probablement loin d’être dépeuplé. Car la sainteté, qui permet de passer directement à la gloire de Dieu, va plus loin que le respect des commandements ou même l’acceptation stoïque des malheurs de la vie. Qui peut dire, face à Dieu, qu’il est « parfait comme le Père céleste est parfait », qu’il a pleinement accompli le double commandement en lequel se résume la perfection de la vie chrétienne ?

Le purgatoire n’est pas une croyance païenne qui se serait introduite dans le christianisme. C’est une réalité qui touchera probablement chacun de nous, et qui nous touche déjà si tant est que ce feu nous purifie déjà sur terre ; c’est une réalité qui ne peut se comprendre qu’à la lumière de l’infinie sainteté de Dieu et de sa non moins infinie miséricorde. Sainteté devant laquelle aucun pécheur ne peut tenir. Miséricorde dont l’humilité désarme, nous l’espérons, jusqu’au cœur le plus endurci.

Abbé Eric Iborra

FIP 141102

Deux enjeux d’un synode

« La conviction des chrétiens – que tous ne portent pas avec la même force et avec la même clarté – c’est que la communion avec le Christ, l’union baptismale qui a été conclue par le baptême et qui met en œuvre la vie chrétienne, permet à des hommes et à des femmes de vivre des situations plus difficiles et de les surmonter de manière satisfaisante. Donc nous pensons que cette conviction est une ressource, et une chance pour l’humanité, que cette chance n’est pas réservée seulement à ceux qui ont tout compris et qui sont déjà parfaits, mais qu’elle est destinée à tous les hommes. Et notre travail, notre mission de chrétiens, c’est d’être témoins de cette ressource et de cette force qui est disponible pour ceux qui veulent y avoir recours.

Cet enjeu est capital. Par rapport à la famille, la question est de savoir si vraiment nous sommes convaincus que le mariage unique, stable et définitif est une chance pour tous les mariages, pas seulement pour les mariages chrétiens. Le fait qu’il y ait des mariages chrétiens qui donnent un signe positif est un point d’appui pour d’autres qui ne sont pas forcément chrétiens, qui n’ont pas forcément les mêmes objectifs mais qui se disent en voyant les mariages chrétiens : « finalement, c’est quand-même mieux ». C’est un premier enjeu. C’est le témoignage que nous pouvons rendre à la permanence de l’amour de Dieu pour l’humanité à travers la stabilité de l’amour d’un homme et d’une femme.

Le deuxième enjeu, c’est de voir comment l’Eglise, à travers toutes ses strates, depuis l’évêque jusqu’au dernier chrétien, peut aider les gens à vivre, comment l’Eglise peut aider à vivre une femme africaine qui se trouve seule avec deux ou trois enfants à élever, comment l’Eglise peut aider à vivre des gens qui ne réussissent pas à se marier, qui sont des célibataires forcés, comment l’Eglise peut aider à vivre des gens qui connaissent le veuvage précoce, ou des gens qui échouent dans le mariage ou qui se trouvent abandonnés par leur conjoint et qui se trouvent seuls brusquement, ou des parents qui ont des difficultés avec leurs enfants etc. Cette dimension d’accompagnement, de soutien de fortification est un enjeu considérable dans toutes les périodes. Mais nous, nous le vivons dans la période actuelle avec les problèmes auxquels nous sommes confrontés »

Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris,
Président délégué de l’Assemblée synodale sur la Famille
(extraits entretien KTO, transcription Abbé P. Faure)

 FIP 141026