Présentation générale

CONFRERIE MARIE COREDEMPTRICE

Crucifixion avec la Sainte Vierge, Saint Jean, et Marie Madeleine de Fra Angelico, 1419

 

La Confrérie de Marie Corédemptrice de la Paroisse Saint-Eugène Sainte-Cécile est avant tout une confrérie du saint Rosaire, inspirée par ces paroles de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans Le Secret Admirable du Très Saint Rosaire:

« La Sainte Vierge révéla un jour au bienheureux Alain de la Roche qu’après le saint sacrifice de la messe, qui est la première et la plus vive mémoire de la passion de Jésus-Christ, il n’y avait point de dévotion plus excellente et plus méritoire que le Rosaire, qui est comme une seconde mémoire et représentation de la vie et de la passion de Jésus-Christ. »

« … Comment abattre les forces de Satan ?  La sainte Vierge, protectrice de l’Eglise, n’a point donné de moyen plus efficace pour apaiser la colère de son Fils, pour extirper l’hérésie et réformer les mœurs des chrétiens que la confrérie du saint Rosaire… »[1]

 

Triple but de la confrérie 

  • Former une armée de l’Immaculée, dont l’arme privilégiée et invincible est le Très Saint Rosaire : Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans son Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge parle d’une armée mariale spécialement nécessaire dans les derniers temps qui seront marqués par une présence très forte de Notre Mère céleste et toute l’histoire du Très Saint Rosaire montre que celui-ci est une arme redoutable contre les forces du mal, contre Satan : « Marie doit être terrible au diable et à ses suppôts comme une armée rangée en bataille, principalement dans ces derniers temps. »[2].  Cette vérité a été profondément ressentie par certains des fidèles qui ont chanté le Rosaire au chevet de la Cathédrale Notre-Dame de Paris en proie aux flammes lors de l’incendie spectaculaire du 15 avril 2019, signe très manifeste envoyé du ciel afin de réveiller les fidèles de leur sommeil spirituel.

 

  • Faire des actes de réparation pour les péchés contre la Sainte Eglise, en associant à chacune des douleurs de la Sainte Vierge une intention de réparation pour un péché particulier qui blesse gravement l’Eglise.  Le but de réparation a été suggéré explicitement par Mgr Athanasius Scheider lors d’une conférence le 22 mai 2020, en réponse à une question posée sur ce que les fidèles pourraient faire dans la crise de l’Eglise que nous subissons.  Il a répondu : « D’abord, nous devons demander la grâce d’avoir toujours un cœur contrit, nous devons aller plus fréquemment à la Sainte Confession, organiser des Heures Saintes, des processions de réparation pour les grands péchés dans l’Eglise : les péchés contre la Sainte Eucharistie, les péchés contre le Premier Commandement de Dieu, les péchés contre  la vérité de l’unicité du salut en Jésus-Christ, les péchés contre la sainteté du mariage, les péchés contre la sainteté du sacerdoce… »[3].    Ce but de réparation a été inspiré également par ces paroles du Pape Benoît XVI en mai 2010 à Fatima, dans lesquelles il a exposé le lien entre les prophéties de Fatima et la crise ecclésiale sans précédent aussi dramatique et qui annonce la Passion de l’Eglise.  Lorsqu’on lui a demandé si le troisième secret de Fatima était lié aux scandales cléricaux, le pape, répondant à cette question qu’il avait lui-même personnellement sélectionnée auparavant, a révélé qu’il y a dans le Secret, «… des réalités de l´avenir de l´Eglise qui peu à peu se développent et se manifestent …  Concernant les nouveautés que nous pouvons découvrir aujourd´hui dans ce message, il y a aussi le fait que les attaques contre le pape et l´Eglise ne viennent pas seulement de l´extérieur mais que les souffrances de l´Eglise viennent précisément de l´intérieur de l´Eglise, du péché qui existe dans l´Eglise. On a toujours su cela mais aujourd´hui, nous le voyons de façon réellement terrifiante : la plus grande persécution de l´Eglise ne vient pas d´ennemis extérieurs mais elle naît du péché de l´Eglise et l´Eglise a donc profondément besoin de réapprendre la pénitence, d´accepter la purification, d´apprendre le pardon, mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice… »[4]

 

  • Honorer la Très Sainte Vierge Marie en tant que Corédemptrice de l’humanité, par une dévotion particulière à Notre-Dame des Sept Douleurs, et appeler de tous nos vœux la proclamation du cinquième dogme marial qui viendrait couronner Notre Dame du titre de Corédemptrice. Afin d’honorer Notre Dame en tant que Corédemptrice, les membres de la confrérie  pratiqueront spécialement la dévotion à Notre-Dame des Sept Douleurs, en récitant le chapelet des Sept Douleurs de Notre-Dame, puisque c’est par ses souffrances et ses larmes qu’elle est devenu Corédemptrice de l’humanité :  « …la Vierge est vraiment notre Mère car elle nous a enfantés à la vie de la grâce dans la souffrance de l’enfantement par son cœur transpercé d’un glaive de douleurs. Ceci nous fut explicitement manifesté quand le Christ du haut de la Croix dit à l’Apôtre St Jean et à travers lui à chacun d’entre nous « Voici votre Mère… Dans le mystère de l’Incarnation Marie obtient le titre de Mère de Dieu … Si Marie est Mère dès l’instant de l’Incarnation, Marie n’a jamais été plus Mère qu’au pied de la Croix. Et là le titre qui lui est donné est celui de Corédemptrice. » (Monsieur l’abbé Grodziski, dans son homélie pour la fête de Notre Dame des Douleurs du 15 septembre 2019)

 

Engagements

  • Récitation quotidienne du chapelet.
  • Récitation hebdomadaire du chapelet des Sept Douleurs de Notre-Dame (si possible dans l’église le dimanche à 16h45, diffusé en direct sur notre chaine You Tube « Ite missa est », avant les Vêpres et le Salut du Très-Saint Sacrement à 17h45).
  • Récitation d’une neuvaine de Notre-Dame des Sept Douleurs du 6 au 14 septembre.
  • Consécration à la Très Sainte Vierge Marie de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.Et dans la mesure du possible :

Et dans la mesure du possible :

  • Participation à la fête patronale de la confrérie à la paroisse le 15 septembre pour la fête de Notre Dame des Sept Douleurs
  • Adoration eucharistique (dans la mesure du possible une fois par semaine, le jeudi ou le vendredi soir à l’église SaintEugène).
  • Participation à une Retraite du Rosaire au Couvent Saint-Paul, 6 rue Bertran de Born, 24 800 Thiviers (ou à la Fraternité Saint Vincent Ferrier, 53340 Chémeré-le-Roi).

 

[1] Les deux citations sont de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans Le Secret Admirable du Très Saint Rosaire, Troisième Dizaine : L’excellence du Saint Rosaire dans la méditation de la vie et de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.  La lecture de ce livre est hautement recommandée afin, justement, de pénétrer ce ‘secret admirable’ qu’est la prière du Rosaire.

[2] Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, 1ère partie, ‘Nécessité de la dévotion à Marie particulièrement dans les derniers temps’ ; cf. aussi Cantique des Cantiques 6, 4.

[3] Mgr Athanasius Scheider a suggéré ces actes de réparation le 22 mai dernier, lors d’une conférence qu’il a faite dans le cadre de la Rome Life Forumhttps://lifesite.kartra.com/page/DAYTHREE ; sa réponse commence à 8 :10.

[4]http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr//speeches/2010/may/documents/hf_ben-xvi_spe_20100511_portogallo-interview.html

 

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Histoire de la dévotion

à Notre-Dame des Sept-Douleurs

Le Chapelet aux Sept Douleurs a été développé par l’Ordre des Servites de Marie, fondé à Florence en Toscane en 1223, au cours du XIIIème siècle.  Il est parfois appelé le Chapelet aux Sept Épées en référence à la prophétie de Syméon :  « Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l’âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées. » (Lc 2, 34-35).  Par sa lettre Redemptoris du 26 septembre 1336, le pape Benoît XII enrichit la pratique, grâce à des indulgences. Le pape Clément XII confirma et augmenta celles-ci par sa bulle Unigeniti du 12 décembre 1734. Toutes ces indulgences furent de nouveau confirmées par un décret de la Congrégation Sacrée des Indulgences, émis selon la volonté du pape Clément XIII, du 13 mars 1763.  

L’éclosion de cette dévotion a été préparée par les auteurs spirituels des XIème et XIIème siècle, en particulier saint Pierre Damien († 1072), saint Anselme († 1109), Eadmer de Cantorbéry († 1124), saint Bernard († 1153) qui tous méditent sur la souffrance de la Vierge au pied de la Croix[1]. Ce courant spirituel qui médite sur les douleurs de la Vierge est illustré par l’admirable séquence Stabat Mater dolorosa, qui fut écrite par un ardent franciscain, le Frère Jacques de Benedetti de Todi (1236 † 1306).  La méditation sur les douleurs de la Vierge s’épanouit surtout au cours des XIVème et XVème siècles. Notre Dame a révélé à Sainte Brigitte de Suède, que la dévotion à ses Sept Douleurs apporterait de grandes grâces aux fidèles.  Une confrérie de Notre Dame des 7 Douleurs fut fondée à Bruges en 1492. Elle célébrait sa fête le dimanche dans l’octave de l’Ascension.

Une première fête de Notre Dame de Compassion, dite aussi Notre-Dame des Douleurs ou Notre-Dame de Pitié, ou encore de la Transfixion[2] de Notre-Dame, fut instituée par le Concile de Cologne en 1423 contre les Hussites qui désolaient alors les églises et détruisaient les images saintes. Cette fête est fixée au vendredi après le dimanche de la Passion : afin – dit le Concile – d’honorer l’angoisse et la douleur qu’éprouva Marie lorsque, les bras étendus sur l’autel de la Croix, notre Rédempteur Jésus-Christ s’immola pour nous et recommanda cette Mère bénie à saint Jean (…) surtout afin que soit réprimée la perfidie des impies hérétiques Hussites. Cette fête, qui existe toujours, a été inscrite au Martyrologe Romain par le pape Sixte IV (1471-1484) et étendue à toute l’Eglise latine par le pape Benoît XIII en 1727.  Cependant les règles liturgiques austères du Carême ne permettent pas un plein épanouissement de cette célébration en tant que fête. Aussi l’Ordre des Servites commença en 1668 à célébrer une seconde fête de Notre Dame des 7 Douleurs fixée de façon mobile au IIIème dimanche de septembre, ce qui lui fut confirmé comme un privilège propre par le pape Innocent XI. Rendu à la liberté, le pape Pie VII étendit cette fête à toute l’Eglise latine le 18 septembre 1814. Conséquence du changement du Bréviaire en 1908, on décida en 1914 de libérer un dimanche en fixant cette fête désormais au 15 septembre, octave de la fête de la Nativité de la sainte Vierge et lendemain de celle de l’Exaltation de la sainte Croix.[3] Enfin, lors des apparitions de la Sainte Vierge à Fatima, elle est apparue aux trois petits bergers comme Notre Dame des Douleurs.

 

Les promesses de Notre Dame

Selon les visions de Sainte Brigitte de Suède (1303-1373)[4], notre sainte Mère promet d’accorder sept grâces à ceux qui L’honorent et s’approchent d’Elle et de son Fils, chaque jour en méditant sur ses douleurs et en participant à son chagrin.

  • ‘J’accorderai la paix à leurs familles.’
  • ‘Ils seront éclairés sur les mystères divins.’
  • ‘Je les consolerai dans leurs douleurs et les accompagnerai dans leur travail.’
  • ‘Je leur donnerai tout ce qu’ils demanderont tant qu’ils ne s’opposeront pas à la volonté adorable de mon divin Fils ou à la sanctification de leurs âmes.’
  • ‘Je les défendrai dans leurs batailles spirituelles avec l’ennemi infernal, et je les protégerai à chaque instant de leur vie.’
  • ‘Je les aiderai visiblement au moment de leur mort, ils verront le visage de leur mère.’
  • ‘J’ai obtenu cette grâce de mon divin Fils, afin que ceux qui répandent cette dévotion à mes larmes et à mes peines soient emmenés directement de cette vie terrestre au bonheur éternel, puisque tous leur péchés seront pardonnés et que mon Fils sera leur consolation éternelle et leur joie.’

 

Prière à Notre-Dame des Sept-Douleurs de Sainte Brigitte

Sainte Vierge Marie, Mère Immaculée de Dieu, qui avez enduré un martyre d’amour et de chagrin en voyant les souffrances et les peines de Jésus !  Vous avez coopéré au bénéfice de ma rédemption par vos innombrables afflictions, et en offrant au Père Eternel son Fils unique comme holocauste et victime de propitiation pour les péchés.  Je Vous remercie pour l’amour indicible qui Vous a conduit à Vous priver du fruit de vos entrailles, Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, pour me sauver, moi, pécheur.   Oh !  Profitez de l’intercession indéfectible de vos peines avec le Père et le Fils pour que je puisse faire amende de ma vie et ne plus jamais crucifier mon Rédempteur aimant, par de nouveau péchés ; et que, persévérant jusqu’à la mort dans sa grâce, je puisse obtenir la vie éternelle par les mérites de sa Croix et de sa Passion. Amen.

 

[1] Voici par exemple ce qu’écrit saint Anselme :  « Ta peine, Vierge sacrée, a été la plus grande qu’une pure créature ait jamais endurée ; car toutes les cruautés que nous lisons que l’on a fait subir aux martyrs, ont été légères et comme rien en comparaison de ta douleur. Elle a été si grande et si immense, qu’elle a crucifié toutes tes entrailles et a pénétré jusque dans les plus secrets replis de ton cœur. Pour moi, ma très pieuse Maîtresse, je suis persuadé que tu n’aurais jamais pu en souffrir la violence sans mourir, si l’esprit de vie de ton aimable Fils, pour lequel tu souffrais de si grands tourments, ne t’avait soutenue et fortifiée par sa puissance infinie. » (Saint Anselme, De l’exercice de la Vierge, I 5.) 

[2] Ce terme (qui vient du latin transfigere, transpercer) rappelle la prophétie du vieillard Siméon lors de la Présentation au Temple de Jérusalem : ‘… un glaive te transpercera l’âme …’

[3] Cette histoire de la dévotion est tirée du site de la Schola Sainte Cécile : https://schola-sainte-cecile.com/2019/09/14/programme-de-la-fete-de-notre-dame-des-7-douleurs/

[4] Sainte Brigitte de Suède, fille de Birger Persson, prince suédois et issu de la famille des Brahe, est née en 1303 en Suède. Mère de huit enfants, elle devient veuve en 1344. Après s’être retirée au monastère d’Alvastra, elle se fixe en 1349 à Rome où elle se consacre à des pèlerinages, une vie d’intense apostolat et de prière assidue. Renommée pour ses prophéties et ses révélations mystiques, elle est connue pour ses conseils politiques et religieux sur la gouvernance des États ainsi que sur la papauté réfugiée à Avignon.  Après un pèlerinage en Palestine, elle mourut à Rome le 23 juillet 1373. Canonisée dès 1391, elle fut d’abord fêtée le 8 octobre puis le 23 juillet. Jean-Paul II l’a proclamée co-patronne de l’Europe avec sainte Catherine de Sienne et la philosophe Edith Stein, canonisée sous le nom de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix.

 

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LA CORÉDEMPTION

 

Crucifixion avec la Sainte Vierge et Saint Jean, Giotto di Bondone (1267-1337), Collection Privée

 

 

Au pied de la Croix, Marie acquiert le titre de Corédemptrice

« …la Vierge est vraiment notre Mère car elle nous a enfantés à la vie de la grâce dans la souffrance de l’enfantement par son cœur transpercé d’un glaive de douleurs. Ceci nous fut explicitement manifesté quand le Christ du haut de la Croix dit à l’Apôtre St Jean et à travers lui à chacun d’entre nous « Voici votre Mère… Dans le mystère de l’Incarnation Marie obtient le titre de Mère de Dieu … Si Marie est Mère dès l’instant de l’Incarnation, Marie n’a jamais été plus Mère qu’au pied de la Croix. Et là le titre qui lui est donné est celui de Corédemptrice. Si au moment de l’Incarnation Marie acquiert le titre unique de Mère de Dieu, au pied de la Croix, elle acquiert le titre non moins unique de Corédemptrice par lequel elle devient Mère de tous les baptisés… son enfantement au jour de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ fût sans douleur… Mais par contre, à cause de nos péchés, ce fut dans la douleur qu’elle nous enfanta au pied de la Croix à la Vie de la Grâce… Tout comme Marie, de par le mystère de l’Incarnation après avoir enfanté son enfant Jésus, est lié à son Fils au pied de la Croix, nous aussi, qui avons été enfantés à la vie de la grâce par Marie, nous devons être liés à elle au pied de la Croix, tel saint Jean, le fils qui lui fut donné par Jésus du haut de la Croix. Là où Jésus est passé, il fallait que Marie passât. Là où Marie est passée à la suite de son Fils, il faut que l’Église passe.  L’Église militante est au pied de la Croix avec Marie, comme saint Jean au jour de la Passion. Mais il est des périodes où cette présence au pied de la Croix est plus forte, comme par exemple aux moments des persécutions… Dieu a voulu la Passion de son Fils et la Compassion de sa Mère au Pied de la Croix. Marie est l’image de l’Église : là où Jésus est passé, sa Mère qui lui est intimement lié est passée, et l’Église, à son tour, doit les suivre. » (Extrait de l’homélie de Monsieur l’abbé Grodziski lors de la fête de Notre-Dame des Douleurs, le 15 septembre 2019)

 

Marie participe au mystère de l’union hypostatique :

« En dessous du sacrifice du Christ, il y a le Sacrifice de la Sainte Vierge, la Corédemption au pied de la Croix[1].  C’est quelque chose d’unique également, mais du point de vue de la créature, parce qu’elle a pu être élevée à un niveau au-dessus de toute autre créature.  Et c’est pour cela que la Sainte Vierge dépasse toutes les créatures, même les anges.  Elle est Regina Angelorum.  La Vierge occupe une place très spéciale.  Quand la Vierge Marie offre son Fils au pied de la Croix, elle l’offre sans murmurer ; elle le donne.  L’oblation, du point de vue de la créature, est parfaite.  L’oblation est finie du point de vue de la personne offrant ; elle est parfaite mais finie parce que la Vierge est une créature.  Mais l’oblation est infinie du point de vue de la victime offerte.  La Vierge, grâce à cela, est Corédemptrice.  Puis, le corps que Jésus offre sur la Croix est le corps qu’il a reçu de la Vierge Marie.  Et le corps auquel nous communions, c’est le corps que Jésus a reçu de la Vierge Marie.  Elle a donc un rôle à part dans tout le mystère de salut, dans le mystère hypostatique.   Le mystère de la Vierge Marie est de l’ordre de l’union hypostatique.  C’est pour cela que, avec autorité, le Concile d’Ephèse a dit que Marie est Mère de Dieu.  Au pied de la Croix elle est donc corédemptrice parce qu’elle est Mère de Dieu.  C’est pourquoi il y a à son égard un culte d’hyperdulie.  Le culte de latrie n’est dû qu’à Dieu.  Le culte de dulie est dû aux saints.  Le culte d’hyperdulie est réservé à la Sainte Vierge.   La Sainte Vierge est davantage que la plus belle des créatures, au sommet de toutes les autres créatures, de l’Eglise.  En fait, le mystère de la Sainte Vierge n’est pas de l’ordre de l’Eglise, mais de l’ordre de l’union hypostatique, c’est-à-dire du mystère de Jésus-Christ vrai Dieu, vrai homme.  La Sainte Vierge a une place spéciale dans ce mystère dans lequel la divinité se lie à l’humanité.  C’est pour cela qu’elle est Mère de Dieu et qu’elle a une place spéciale dans le mystère même de la Trinité.  Elle a un mystère  qui transcende tout le mystère de la création, tout en étant une créature.  Elle a une place intermédiaire : elle n’est pas dans la Trinité, mais elle transcende complètement toute la création.  Elle participe donc au mystère de l’union hypostatique.  Elle n’est donc pas simplement la créature la plus sainte de l’Eglise.  Elle est Corédemptrice. » (Extrait du cours de Monsieur l’abbé Grodziski sur la liturgie, le 5 décembre 2019)

 

 

Corédemption et consécration mariale à la lumière du message de Fatima

par le Père Serafino M. Lanzetta

⚜ La conférence suivante a été donnée le 20 mai 2020 lors du « Rome Life Forum » sur le thème «Coronavirus à la lumière de Fatima: une tragédie et une source d’espoir». La traduction de ce texte a été réalisée à partir de l’original en langue anglaise par Mme Karen Darantière, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

Le message de Fatima: un appel à la corédemption humaine avec le Cœur Immaculé de Marie

Le message de Fatima est dans son intégralité un appel à coopérer avec Notre Dame pour le salut de l’humanité.  Cette coopération, qui en langage technique peut être exprimée comme « corédemption », joue un rôle central dans l’ensemble du message, car elle est présente depuis la première apparition de la Dame Blanche le 13 mai 1917, lors de laquelle Elle demande aux trois petits bergers s’ils sont prêts à s’offrir à Dieu et à supporter toutes les souffrances qu’Il leur enverrait comme acte de réparation pour la conversion des pécheurs. Les enfants  répondent qu’ils sont prêts. Notre Dame, en acceptant déjà l’oblation de leur volonté, dit qu’ils auront beaucoup à souffrir, mais que la grâce de Dieu sera leur réconfort. Lors de l’apparition de juillet, Notre Dame apprend aux petits bergers une petite prière pour accompagner l’offrande de leurs sacrifices à Dieu:

«O Jésus, c’est par amour pour Vous, pour la conversion des pécheurs et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie.»

Il y a également un caractère corédempteur dans l’union du Cœur Immaculé de Marie avec le Très Sacré Cœur de Jésus, dont l’éclat brille déjà dans la seconde prière que l’Ange de la Paix a apprise aux trois bergers en 1916, afin de préparer la venue de la Dame vêtue de blanc. Cette prière concerne l’adoration de la Très Sainte Trinité et l’offrande du précieux Corps et Sang du Christ en réparation de tous les sacrilèges Eucharistiques. La prière se termine ainsi : « Et par les mérites infinis de son très Saint Cœur, et du Cœur Immaculé de Marie, je Vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »  Pourquoi cette référence aux mérites de Notre Dame, étant donné que les mérites infinis du Cœur du Christ sont plus que suffisants pour notre salut ?  C’est un point sur lequel Sœur Lucie elle-même insiste dans le livre qu’elle a écrit en 1998, intitulé « Appels » du Message de Fatima. Dans ce livre, la voyante explique que dans le message de Fatima le mystère de la Corédemption de Notre Dame est si éminent qu’il ne le cède en importance qu’au mystère du Cœur Immaculé de Marie, mais que les deux sont intimement liés. Citons seulement un passage de l’explication de Sœur Lucie sur la raison pour laquelle l’Ange mentionne les mérites du Cœur Immaculé de Marie. On y trouve une confirmation claire du fait que seul le Cœur de Marie est le digne «lieu», et le «tabernacle», qui garde le trésor de notre salut:

«Dieu a commencé l’œuvre de notre rédemption dans le Cœur de Marie, puisque c’est par son « fiat » que la rédemption a commencé: « Et Marie dit: Voici, je suis la servante du Seigneur; que cela me soit fait selon ta parole. » (Lc 1, 38). « Et la Parole s’est faite chair et a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Ainsi, dans l’union la plus intime entre deux êtres humains, le Christ a commencé, avec Marie, l’œuvre de notre salut.  Les battements du cœur du Christ sont ceux du cœur de Marie, la prière du Christ est la prière de Marie, les joies du Christ sont les joies de Marie ; c’est de Marie que le Christ a reçu le Corps et le Sang qui seront versés et offerts pour le salut du monde.  Par conséquent, Marie ne fait qu’un avec le Christ, et elle est la Corédemptrice du genre humain, avec le Christ dans son sein, avec Jésus-Christ dans ses bras, avec le Christ à Nazareth et dans sa vie publique.  Avec le Christ, elle est montée sur la colline du Calvaire, elle a souffert l’agonie avec Lui, recueillant dans son Cœur Immaculé les dernières souffrances du Christ, ses dernières paroles, sa dernière agonie et les dernières gouttes de son Sang, afin de les offrir au Père.»[1]

Qu’est-ce que la Corédemption?

Tournons notre regard maintenant vers le mystère sotériologique de la Corédemption Mariale. De quoi s’agit-il et où se manifeste-t-il?

Notre Dame a coopéré activement avec le Christ à la réalisation de la Rédemption de l’humanité. Sa contribution maternelle, quoique subordonnée à celle du Christ, a été, par la volonté de Dieu, jugée non seulement opportune mais aussi nécessaire par rapport à nous. De même que la première Ève a joué un rôle important dans la ruine de l’humanité, de même la Nouvelle Ève, Marie, par Son Fiat obéissant au plan de salut de Dieu, a causé dans le Christ et avec Lui la restauration de l’humanité.

L’union corédemptive de Marie avec son Fils se manifeste depuis l’Annonciation, lorsque la conception virginale de la Parole divine a eu lieu, jusqu’au Calvaire, en passant par tous les mystères de la vie du Christ, en particulier la Présentation de Jésus dans le temple − l’aube du salut −, et les noces à Cana, lorsque «l’heure» de nous donner le vrai vin du salut est officiellement inaugurée. Mais spécialement sur le Calvaire, au moment de la mort de Jésus, cette union salvifique est parfaitement consommée : Notre Dame au pied de la Croix a offert Son Fils à Dieu et avec Son Fils s’est offerte Elle-même.  Un sacrifice, un amour salvifique jusqu’à la fin, offert sur deux autels : le corps du Christ et le cœur de Marie. 

Au Calvaire, Marie est la Femme dont l’heure est venue d’enfanter, c’est pourquoi elle souffre des douleurs de l’enfantement de notre régénération (cf. Jean 16, 21, en rapport avec la Femme de l’Apocalypse 12,2, qui crie en enfantant, dont le symbolisme est pleinement révélé dans la Femme du Calvaire, Jean 19, 25-27). [2] En tant que véritable Mère des vivants, Notre Dame nous enfante véritablement. Sur le Calvaire, Elle engendre à nouveau le Christ pour nous en tant que Rédempteur sanglant; en Lui et pour Lui, Elle nous engendre à la vie surnaturelle. Sa contribution est rendue possible par le Christ et n’est offerte que dans le Christ, afin de préparer la coopération de chacun de nous à notre propre salut. Par conséquent, de même que la Rédemption est le « prix » que le Christ a payé pour nous (1 Pierre 1, 18-19), Son Sang en tant qu’Agneau de Dieu, de même la Corédemption est aussi un « prix » que Marie a payé pour nous : Son sacrifice maternel en même temps que ses mérites offerts pour notre salut. En tant qu’Immaculée Conception, Elle fut rachetée d’une manière unique pour devenir la Corédemptrice dans le Christ. Sa réponse à Dieu, son Oui maternel, prononcé au nom de chacun de nous, était en effet un don de la grâce et surélevé par la grâce. C’est aussi la grâce qui a permis à Marie de consentir librement à participer personnellement et activement à l’œuvre de notre salut; cependant, c’était un rôle qu’elle a adopté avec une pleine conscience sacrificielle et par amour pour nous.

Le magistère ordinaire de l’Église depuis plus de cent ans a réitéré la doctrine de la participation active de Notre Dame à notre Rédemption. De Léon XIII à Benoît XVI, l’enseignement de l’Église − même lorsque le mot technique de «corédemption/corédemptrice» est évité − est clair sur la contribution personnelle et directe de Marie à l’œuvre de la Rédemption [3]. En particulier, Jean-Paul II a beaucoup traité ce sujet [4].

On pourrait dire que Vatican II n’utilise pas le terme «coredemptrice» dans la Constitution Dogmatique sur l’Église, Lumen gentium, dont le dernier chapitre est entièrement dédié à Notre Dame (alors qu’il consacre le titre de «médiatrice», voir n ° 62). Ce choix suffirait pour abandonner non seulement le mot mais aussi la théologie que ce mot amène. Cependant, il y a une réponse officielle de la Commission Théologique de Vatican II expliquant la raison d’éviter cette terminologie. Bien que parfaitement vraies et présentes dans l’enseignement précédent des papes, certaines expressions, telles que corédemptrice, ont été omises pour une raison œcuménique, n’étant pas facilement comprises par les Protestants. [5] Avec le Discours d’Ouverture de Jean XXIII, Vatican II a opté d’emblée pour une approche pastorale et œcuménique de la doctrine de la foi. Puisque la coopération de l’homme avec Dieu dans le processus de justification est l’un des principaux sujets de discorde avec Luther et le Protestantisme en général – qui nie donc que la foi opère à travers la charité et ses œuvres (voir Gal.5: 6) −, les Pères, lors du dernier Concile, ont décidé de ne pas contrarier l’espoir d’un nouveau dialogue avec le monde de la Réforme Protestante.

Mais il est intéressant de noter que si Vatican II a évité la terminologie technique relative à l’unique coopération de Notre Dame à notre Rédemption, il n’a pas évité d’enseigner la doctrine elle-même, qualifiée de «coopération singulière» de Marie, celle qui est la «généreuse associée et humble servante du Seigneur» (Lumen gentium n ° 61). Le même paragraphe dit également:

«De cette manière singulière, elle a coopéré par son obéissance, sa foi, son espérance et sa charité ardente, à l’œuvre du Sauveur en redonnant la vie surnaturelle aux âmes. C’est pourquoi elle est notre mère dans l’ordre de la grâce. »

De plus, l’enseignement de Vatican II sur ce sujet est encore plus riche, car le discours continue en décrivant l’union parfaite que la Mère a gardée avec son Fils jusqu’à l’offrande suprême du Calvaire. De manière à «réitérer» l’enseignement précédent des papes, la Constitution dogmatique sur l’Église enseigne ceci:

«De cette manière, la Sainte Vierge a avancé dans son pèlerinage de foi et a fidèlement persévéré dans son union avec son Fils jusqu’à la croix, où elle se tenait debout, conformément au plan divin, souffrant douloureusement avec son Fils unique, s’unissant par son cœur maternel à Son sacrifice, et consentant avec amour à l’immolation de cette Victime qu’elle-même avait engendrée. Finalement, elle a été donnée, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, comme mère à Son disciple avec ces mots: «Femme, voici ton fils.» » (Lumen gentium, n ° 58).

Ici nous devrions considérer l’union du cœur de Marie avec Jésus dans l’offrande de l’unique sacrifice qui opère notre salut, et avant tout le consentement que Notre Dame a donné à l’immolation de Son divin Fils, afin de collaborer personnellement à son Offrande, au salut de tous. Ceci, par exemple, réitère ce que Léon XIII, dans l’encyclique Jucunda semper (8 septembre 1894), avait déjà enseigné. Ensuite, Benoît XV, dans son Encyclique Inter sodalicia (22 mai 1918), semble anticiper presque littéralement le texte de Lumen gentium, lorsqu’il dit:

«Marie a souffert et, pour ainsi dire, a failli mourir avec son Fils souffrant; pour le salut de l’humanité, elle a renoncé à ses droits maternels et, dans la mesure où cela dépendait d’elle, a offert son Fils afin d’apaiser la justice divine ; donc nous pouvons bien dire qu’elle a, avec le Christ, racheté l’humanité.»[6]

La même teneur du discours Mariologique est présente dans l’encyclique Miserentissimus Redemptor de Pie IX (8 mai 1928); dans l’encyclique Mystici Corporis de Pie XII (29 juin 1943) et dans l’exhortation apostolique Marialis cultus de Paul VI (2 février 1974, n ° 20).

Cette doctrine sotériologique montre qu’il y a aussi une «offrande sacerdotale» de Marie au Calvaire qui peut certainement être attribuée à la participation unique de Marie au sacerdoce du Christ; certainement pas en tant que ministre ordonné, mais d’une manière unique et exclusive, comme la Nouvelle Eve et la douloureuse Épouse du Christ, qui n’est littéralement qu’une seule chair avec Lui. Caro Christi caro Mariae − la chair du Christ est la chair de Marie. Par conséquent, il y a aussi un sacerdoce maternel unique de Marie à prendre en considération dans une approche théologique de la participation de Marie à notre salut, présenté et résumé par le fait qu’elle est Corédemptrice et Médiatrice de toutes grâces. [7] De même qu’un prêtre est essentiellement un médiateur entre Dieu et l’homme (voir Hébreux 5: 1-5), de même, et de manière unique, Marie est la Mère Médiatrice de toutes les grâces qu’elle a contribué à mériter pour nous au Calvaire. Nous devons à Marie ce que nous sommes : enfants de Dieu, et ce que nous pouvons être par la grâce de Dieu : des hommes et des femmes saints.

Consécration au Cœur Immaculé de Marie

Afin d’être vraiment efficace dans notre réponse humaine et de prendre part à Son rôle corédempteur dans le salut de l’humanité, la Dame Blanche de Fatima a demandé la consécration de la Russie, et plus tard de toutes les nations et de chaque âme à Son Cœur Immaculé. Cette consécration est compréhensible dans le contexte du Cœur Immaculé de Marie comme refuge du salut, et dans le cadre de sa théologie. Lors de l’apparition de juin, Notre Dame dit à Lucie que son Cœur sera le refuge et le chemin sûr menant la petite bergère à Dieu. Dans l’apparition de juillet, après la vision de l’enfer, où vont beaucoup d’âmes parce que personne n’est prêt à prier et à se sacrifier pour elles, Notre Dame dit qu’elle reviendra demander la consécration de la Russie et du monde entier à Son Cœur Immaculé (comme elle l’a fait en 1929) et la pratique des Cinq Premiers Samedis du mois (demandée en 1925).

Cela avait pour but d’empêcher la Russie de répandre les erreurs du matérialisme et de l’athéisme dans le monde. Malheureusement, la consécration a été retardée et ensuite n’a pas été faite exactement selon la demande de Notre Dame. Ce manque de promptitude a provoqué de facto l’extension de cette idéologie marxiste, qui a prospéré même au milieu des ruines d’États communistes effondrés. Le marxisme, après 1989, s’est transformé en une revendication mondiale d’une société égalitaire, grâce à laquelle serait façonné un homme nouveau, fait à l’image de l’homme avec ses instincts et ses désirs, sans même de différence fondée sur le sexe. C’est notre monde aujourd’hui. Et lorsque de telles idéologies sont adoptées même au sein de l’Église par certains membres du clergé, cela montre qu’est atteint le sommet de la crise de la foi dans laquelle nous sommes engloutis : une apostasie rampante.

Mais la consécration à Notre Dame est encore nécessaire et efficace dans ses effets salvifiques sur l’humanité et sur chaque être humain. Cependant, il est bon que nous prêtions attention au mot «con-sécration». En fait, nous sommes aujourd’hui placés devant un choix: faut-il opter pour la «consécration» ou devrions-nous plutôt choisir quelque chose de moins problématique, la voie de dévotion plus facile, celle de la «confiance»? Afin de répondre précisément à cette question, qui se présente parfois comme une sorte de dilemme Mariologique, nous devons maintenant passer au point suivant.

Qu’est-ce que la Consécration Mariale?

C’est se mettre à part pour Dieu et, de manière analogique, (par participation, passant de Dieu à Marie), pour Notre Dame. La question qui se pose immédiatement est la suivante: pouvons-nous nous consacrer à une créature humaine? Oui, nous le pouvons certainement, car Notre Dame est la Mère Immaculée de Dieu qui participe, de manière unique, au mystère de l’union hypostatique, c’est-à-dire de l’union de la nature divine avec la nature humaine dans la seule Personne divine du Christ.

Le fondement théologique de la consécration mariale est essentiellement la maternité spirituelle de Notre Dame, dont le noyau théologique, de nouveau, est la corédemption mariale : « femme, voilà ton fils », et « fils, voilà ta Mère » (Jean 19, 26-27).  Marie est en effet notre chère mère puisqu’Elle a contribué activement − comme indiqué plus haut − à nous enfanter à la nouvelle vie d’enfants de Dieu.  Notre vie éternelle est un don du Christ à travers Marie, obtenue par le Sang du Christ et les larmes de Marie.

Consécration signifie « être rendu sacré », « mettre à part », pour Dieu et pour Notre Mère Bénie.  Mais afin d’être sacré, c’est-à-dire d’appartenir exclusivement à Dieu, l’on doit Lui être offert: on doit être sacrifié.  Le sacrifice, mot dérivé de « sacrum facere » (rendre quelque chose sacré), est la source même d’où découle l’état sacré ou « consacré ». C’est peut-être la raison spirituelle pour laquelle certaines personnes et certains membres du clergé préfèrent la confiance à la consécration. Peut-être souhaitent-ils choisir un engagement plus facile et éviter la théologie du sacrifice, qui a sombré dans l’oubli et qui n’a plus de sens, en préférant plutôt une simple approche pastorale et existentielle de la foi. Or, ce n’est pas seulement une question de choix linguistique. D’une claire théologie corédemptrice de la collaboration de Notre Dame à notre salut découle l’expression « consécration » à Marie; au contraire, d’une considération superficielle de Marie dans notre salut, d’une approche minimaliste de la sotériologie Mariale, découle le souhait d’opter pour la confiance ou pour ses synonymes, tels que dévouement, affiliation, accueil, etc.

Il est opportun de faire également un bref excursus historique sur le remplacement de la «consécration» par la «confiance». Pour cela, il faut remonter aux années qui ont tout juste précédé Vatican II. Le mot de «consécration» commence à inspirer des doutes quant à son application correcte à Notre Dame seulement à partir des années 60 [8], et surtout avec la révision des «Principes Généraux» des Congrégations Mariales, dans lesquelles le mot «consécration» a été évité et remplacé par «engagement permanent», car «se consacrer» exprimerait un acte d’adoration qui ne serait donc rendu qu’à Dieu. L’analogie entre Jésus et Marie, enracinée profondément dans la Maternité divine de Notre Dame, et dans sa participation à l’ordre de l’union hypostatique, a été ignorée. Dans la Congrégation Mariale, un tel acte devait être dirigé vers le Christ par les mains de Marie comme confirmation de la consécration baptismale. Deux théologiens Jésuites, en particulier, se sont distingués en s’opposant à la Consécration Mariale comme à quelque chose de théologiquement inexact, à comprendre uniquement de manière métaphorique: le Père Juan Alfaro et le Père Karl Rahner [9]. Dans cette ligne de pensée, on retrouve aussi le travail d’un Mariologue réputé et influent, R. Laurentin, avec son livre de 1991, Retour à Dieu avec Marie. De la sécularisation à la consécration. Du fait que Dieu seul est Celui qui consacre, Laurentin conclut qu’il n’y a aucune consécration sinon celle faite à Dieu, en excluant, au sens strict, une consécration à Notre Dame. Cela a provoqué une évolution progressive vers le choix d’un vocabulaire nouveau et davantage biblique.

                  Ainsi, la voie a été ouverte pour le mot «confiance», proposé par le Recteur Majeur des Salésiens en 1984, puis adopté officiellement aussi par Jean-Paul II dans son Encyclique Mariale Redemptoris Mater (1987). Plus récemment, le mot «accueil» a été préféré par le Mariologue italien Stefano De Fiores [10] en raison de sa connotation biblique et donc plus œcuménique. Ce mouvement progressif de distanciation, en un certain sens, du terme de «consécration» devient cependant assez inquiétant quand on dit qu’aujourd’hui «il est opportun, ou plutôt nécessaire, de substituer un autre langage, immédiatement compréhensible dans les cultures d’aujourd’hui ». [11]

                  Notre Dame de Fatima a demandé la « consécration » et non ses substituts, conformément, somme toute, au long développement organique de la doctrine de la consécration Mariale, qui s’est manifesté depuis saint Jean Damascène († 749), le premier à écrire une formule de consécration à Marie avec le mot anatithemis’offrir et ainsi se consacrer), jusqu’à Jean-Paul II, qui, dans les mêmes circonstances, a opté pour ce mot exclusivement. [12]

Notre réponse aujourd’hui

Qu’est-ce que tout cela implique sur le plan pratique? Étant sauvés par l’amour sacrificiel de Jésus et de Marie, nous devrions toujours le reconnaître en prenant Notre Dame dans nos vies. Nous devrions nous consacrer à Elle. C’est la seule réponse qu’un enfant aimant peut avoir envers sa mère. De même que la consécration nous mène à considérer soigneusement que Marie est vraiment Corédemptrice, qu’Elle a joué un rôle maternel unique dans notre régénération surnaturelle, réciproquement, notre consécration à Marie nous permet de vivre pleinement le mystère de la Corédemption Mariale, comme demandé par Notre Dame de Fatima. De cette manière, nous pouvons vraiment répondre à la demande de Notre Dame d’offrir des sacrifices afin que de nombreuses âmes puissent être sauvées d’une chute imminente dans la perdition éternelle. Cet appel est urgent et actuel, pour la vie au sein de l’Église, afin de donner vie à un monde décadent. L’enfer n’est ni fermé ni vide, car le péché n’est pas absent simplement parce qu’il est oublié ou ignoré, et supposément guéri par une approche théologique de la «miséricorde-seule».

Il pourrait advenir une grâce spéciale capable de répondre à tous nos vœux  de voir Notre Dame davantage aimée et ses demandes entendues, nous comblant de nombreuses autres grâces célestes: cette grâce, c’est la proclamation du 5ème Dogme Marial, sur la contribution sotériologique et personnelle de Notre Dame à notre salut. Cet éventuel nouveau dogme qui joindrait indissolublement Corédemption et Consécration, définissant l’identité du Chrétien dans ce monde, son essence et son opération.  Ceci  serait le meilleur moyen de rassembler officiellement cette armée Mariale spéciale nécessaire pendant les temps derniers, marqués par une présence spéciale de Notre Mère et Reine. Sans doute, cela préparerait aussi le triomphe du Cœur Immaculé si cher à chacun de nous. Œuvrons ensemble pour cela.


Notes:

[1] Sister Lucia, ‘Calls’ from the Message of Fatima (Coimbra: 2000), p.137.

[2] Sur les «douleurs d’enfantement» maternelles et corédemptives de Notre Dame, à la lumière de la compréhension juive des «douleurs d’enfantement du Messie», voir B. Pitre, Jesus and the Jewish roots of Mary. Unveiling the Mother of the Messiah (New York: Image, 2018), p.132-148.  
[3] Voir B.A. Calkins, The Mystery of Mary the Coredemptrix in the Papal Magisterium, in Mark I.Miravalle (ed.), Mary Co-redemptrix: Doctrinal Issues Today (Goleata, CA: Queenship Publishing Company, 2002) p.25-92.
[4] Idem., Pope John Paul II’s Ordinary Magisterium on Marian Coredemption: Consistent Teaching and More Recent Perspectives, in Mary at the Foot of the Cross, vol. II: Acts of the Second International Symposium on Marian Coredemption (New Bedford, MA: Academy of the Immaculate, 2002) p.1-36.

[5] Voir Schemata Constitutionum et Decretorum de quibus disceptabitur dans Concilii sessionibus. Série secunda. De Ecclesia et de B.Maria Virgine, Typis Poliglottis Vaticanis, 10 novembre 1962, p.100.
[6] Dans AAS 10 (1918) 181-182.
[7] J’ai écrit sur ce sujet ma thèse de doctorat en théologie: Il sacerdozio di Maria nella teologica cattolica del XX secolo. Analisi storico-teologica (Frigento, AV: Casa Mariana Editrice, 2006).
[8] Pour avoir un aperçu général, voir S. De Fiores, La problematica della consacrazione mariana, dans E. Peretto (édité par), La spiritualità mariana: legittimità, natura, articolazione (Rome: Marianum, 1994) p.357-361.
[9] Cf. La Civiltà Cattolica, 119/3 (1968) 70. A l’origine de cette révision, la «Chronique» de Civiltà Cattolica indique d’un côté l’institution de la Fédération mondiale des Congrégations Mariales (1953) et de l’autre le Second Concile du Vatican, ainsi que le travail de deux théologiens jésuites (cf. Ivi, pp. 69-70): K. Rahner, La consacrazione a Maria nella Congregazione Mariana (Rome: Stella matutina, 1964) e J. Alfaro, Il cristocentrismo della consacrazione a Maria nella CM (Rome: Stella matutina, 1962).
[10] Cf. S. De Fiores, p.365.
[11] Ivi., P. 367. De Fiores lui-même montre une évolution dans sa pensée: partant d’une défense sincère du terme «consécration» (cf. son article Riflessioni teologiche sulla consacrazione a Maria, in Id., Maria presenza viva del popolo di Dio, Monfortane, Rome 1980, pp. 365-380), il développe une préférence différente, comme «accueil» ou «authentique spiritualité Mariale» dans l’article précité, jusqu’au récent dictionnaire Maria. Nuovissimo Dizionario, vol. 1 (Bologne: Dehoniane, 2006) 395.
[12] Voir A.B. Calkins Totus Tuus. Pope Saint John Paul II’s Program of Marian Consecration and Entrustment (New Bedford, MA: Academy of the Immaculate 2017) p.19-73.

 

 

 

Un sacrifice, un amour salvifique jusqu’à la fin, offert sur deux autels :

le corps du Christ et le cœur de Marie.

 

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Prière indulgenciée en réparation des injures

contre la Sainte Vierge [1] :

 

Ô Sainte Vierge, Mère de Dieu, du haut du Ciel où vous êtes intronisée comme Reine, daignez abaisser votre regard miséricordieux sur moi, pauvre pécheur, votre indigne serviteur. Bien que je connaisse parfaitement ma propre  indignité, du plus profond de mon cœur, je vous loue et je vous glorifie comme la plus pure, la plus sainte et la plus belle de toutes les créatures de Dieu, afin de réparer les outrages dont se rendent coupables envers vous tant de langues impies et blasphématrices.

Je bénis votre saint Nom; je loue votre privilège exalté d’être vraiment Mère de Dieu, toujours Vierge, conçue sans la tâche du péché, et corédemptrice de la race humaine. Je bénis le Père éternel qui vous a élue entre toutes pour sa Fille; je bénis le Verbe Incarné qui, dans votre sein très pur, a revêtu la nature humaine et a fait de vous sa Mère; je bénis l’Esprit-Saint qui vous a choisie pour son Épouse. Toute honneur, louange et action de grâces à la Très Sainte Trinité qui vous a prédestinée et aimée d’un tel excès d’amour de toute éternité au point de vous exalter au-dessus de toutes les créatures vers les hauteurs les plus sublimes.

Ô Vierge sainte, Vierge miséricordieuse, obtenez à tous ceux qui vous offensent la grâce de la repentance et daignez agréer ce pauvre acte d’hommage de ma part, votre serviteur, obtenant également pour moi de votre divin Fils le pardon et la rémission de tous mes péchés.

Ainsi soit-il.

 

[1] Source: Raccolta delle orazioni e pie opere per le quali sono sono concedute dai Sommi Pontefici le SS. Indulgenze (1950).  Prière enrichie par le Saint Office d’une indulgence de 500 jours (janvier 22, 1914), dans laquelle la Vierge Marie est appelée ‘corédemptrice de la race humaine’